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TKMS achète le chantier brésilien Oceana
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TKMS achète le chantier brésilien Oceana

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Le groupe allemand TKMS, qui ne possédait plus de chantier naval dédié aux navires de surface, a annoncé le 20 mai qu’il avait conclu l’acquisition d’Oceana, au Brésil. C’est ce chantier, situé à Itajaí (dans l’Etat de Santa Catarina) et appartenant jusqu’ici au groupe Companhia Brasileira de Offshore (CBO), qui va réaliser les quatre corvettes du programme Tamandaré. Des bâtiments conçus par TKMS, qui s’est allié à Embraer et Atech au sein du consortium Águas Azuis pour emporter ce marché au terme d’une farouche compétition internationale. Le gouvernement brésilien, qui avait choisi début 2019 ce consortium, a signé le 5 mars dernier le contrat de développement et de réalisation des Tamandaré, unités de 107 mètres et 3450 tonnes livrables non plus entre 2022 et 2024 comme initialement prévu mais entre 2025 et 2028.

 

Le chantier d'Oceana est spécialisé dans les navires de services à l'offshore (© : CBO)

Le chantier d'Oceana est spécialisé dans les navires de services à l'offshore (© : CBO)

 

Une acquisition surprenante pour TKMS. D’abord, du fait que la filiale marine du géant allemand ThyssenKrupp s’est désengagée depuis longtemps de la construction de bâtiments de surface dans son propre pays, en vendant en 2011 la partie du chantier HDW de Kiel dédiée à cette activité à Privinvest, la holding d’Iskandar Safa. Le site, devenu German Naval Yard, va d’ailleurs fusionner avec le groupe allemand Lürssen, qui concentre le reste des capacités allemandes dans ce domaine. TKMS, lui, n’a conservé que la partie du chantier de Kiel spécialisée dans la construction de sous-marins, ne gardant dans le domaine des bâtiments de surface que son ingénierie et sa force commerciale, les navires vendus étant soit réalisés dans les pays acheteurs, soit construits en sous-traitance par ses compatriotes allemands, à l’image des nouvelles corvettes israéliennes voyant le jour chez GNY.

Alors que TKMS et sa maison-mère sont en difficulté dans le contexte de la crise actuelle et que la branche marine se retrouve isolée par le projet de fusion GNY/Lürssen, pourquoi donc faire cette acquisition ? « Avec Oceana, nous avons une excellente infrastructure pour construire la (corvette) la plus moderne de la marine brésilienne. Le chantier nous offre également la perspective de prendre d’autres commandes. Non seulement localement, mais aussi dans d’autres pays d’Amérique latine », explique Rolf Wirtz, président de TKMS.

L’industriel allemand, qui a déjà de l’expérience avec les Brésiliens après la construction en transfert de technologie de sous-marins du type 209/1400 dans les années 90, sait que mener à bien des programmes dans les délais et coûts impartis est très complexe dans ce pays. En prenant le contrôle d’Oceana, il veut peut-être s’assurer que le programme Tamandaré, décroché à un prix plutôt bas (1.6 milliard de dollars) ne dérape pas pour se transformer en gouffre financier, ce qu’il ne peut aujourd’hui se permettre. Mais le groupe allemand n’avait peut être également pas vraiment le choix vu la crise qui frappe l’industrie offshore brésilienne depuis une dizaine d’années et qui s’aggrave avec l’effondrement du prix du pétrole. Dans ces conditions, l’avenir d’Oceana, qui compte 800 salariés et dont l’activité est depuis 2013 essentiellement tournée vers la construction de navires de services à l’offshore pour le marché national, n’était peut-être plus évident.

Quoiqu’il en soit, en prenant les rênes du chantier brésilien, TKMS peut espérer mieux maîtriser la construction des Tamandaré et comme l’explique Rolf Wirtz, miser sur de nouveaux contrats nationaux, par exemple dans le domaine de la maintenance mais aussi pour de futurs projets de la marine brésilienne, à commencer par sa prochaine génération de frégates lourdes. Ce qui ne sera pas pour tout de suite dans le contexte économique actuel du Brésil. Devenir un acteur local ne permet cependant pas de décrocher automatiquement des contrats, comme le Français Naval Group a pu le constater malgré sa forte présence locale via le nouveau chantier de construction de sous-marins d’Itaguaí (au sud-est de Rio, à ne pas confondre avec Itajaí). Comme son concurrent tricolore, TKMS espère en tous cas faire de son implantation une base pour le marché brésilien et au-delà sud-américain. Ce qui n’est là encore pas évident pour des questions politiques et industrielles entre pays de la région. La reprise d’Oceana ne semble en tous cas pas devoir constituer une menace sérieuse pour la navale allemande sur le marché export, du fait en particulier du manque de compétitivité assez connu (et redouté des entreprises européennes qui y travaillent) de l’industrie brésilienne. C’est pourquoi, d’ailleurs, la construction du chantier d’Itaguaí et la réalisation en transfert de technologie complet de sous-marins du type Scorpène n’ont jamais été considérés par la France comme pouvant constituer à terme une concurrence sur le marché international.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Thyssen Krupp Marine Systems (TKMS) Marine brésilienne