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Total, Shell et Equinor vont stocker du CO2 liquéfié en mer du Nord

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Total, Shell et Equinor vont stocker du CO2 liquéfié en mer du Nord

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La capture et le stockage de CO2 comme élément indispensable pour atteindre les objectifs des accords de Paris ? C’est une approche de plus en plus populaire et qui pourrait devenir un véritable marché dans les années à venir. En témoigne l’intérêt des majors pétrolières, qui de pourvoyeuses de CO2, se placent désormais également à l’autre bout de la chaîne. Et elles ne lésinent pas sur l’affichage des vertus environnementales de cette solution d’enfouissement du trop-plein de gaz émis par les énergies carbonées.

Total, Shell et Equinor ont annoncé cette semaine le lancement d’un projet commun de capture et de stockage de CO2 en mer du Nord, baptisé Northern Lights. Si la décision d’investissement avait été actée en mai, le projet était suspendu à l’accord du Storting, le parlement norvégien, puisque la zone de stockage se trouve sur le plateau continental du royaume scandinave. Le projet, qui pourrait démarrer dès 2024, permettrait le stockage d'1.5 million de tonnes CO2 par an, capté directement « à la source ». Dans une conférence de presse à laquelle Mer et Marine a assisté, Patrick Pouyanné, patron de Total, a ainsi évoqué le captage des émissions des raffineries de son groupe en Normandie. Il s’agirait ensuite de les transporter sous forme liquide à bord de navires spécialement dédiés à cet usage vers le terminal de Naturgassparken, dans la commune d’Øygarden sur la côte ouest norvégienne.

 

 

 

Une usine, pilotée à distance par les terminaux Equinor de Sture et la plateforme Oseberg A, liquéfiera le CO2 pour ensuite l’injecter dans une couche géologique située à 2500 mètres sous le fond marin. Le lieu de stockage, un réservoir constitué d’argile et bordé de grès, a été testé par Equinor durant plusieurs mois avec un puits expérimental et une injection de 37.5 millions de tonnes. Les résultats de ce test, concluants à la possibilité de stockage de CO2 à cet endroit, ont été mis à disposition en opensource.

 

 

L’amorce du projet va être effectuée par le traitement des 4000 tonnes de CO2 annuels émises par une usine de ciment près d’Oslo, partenaire de départ du projet Longskip, lancé par le gouvernement norvégien et dont Northern Lights fait partie. « Nous avons déjà neuf autres sociétés prêtes à signer un accord avec nous », souligne Anders Opedal, patron d’Equinor. Et, selon les patrons des trois majors et la ministre norvégienne du pétrole, il devrait y en avoir encore davantage rapidement. De quoi rentabiliser les 6.9 milliards de couronnes (environ 700 millions d’euros) d’investissement initial, répartis entre Equinor et le gouvernement norvégien et désormais également partagés par Total et Shell. « A 4.5 millions de tonnes de stockage, ce qui est l’objectif, l’installation sera rentable ».

« Le potentiel en matière de capture et stockage de carbone est très important en Europe », dit Patrick Pouyanné, « avec l’extraction de pétrole qui va continuer à diminuer en mer du Nord, les réservoirs peuvent être utilisés pour ce stockage ». Total est engagé dans quatre projets de ce type, au Danemark, Pays-Bas et Royaume-Uni. « En Europe, nous avons les réservoirs, les capacités et les compétences des ingénieurs de l’Oil&Gas pour ouvrir un marché viable », confirme Anders Opedal. Qui rappelle également que, « si l’on veut atteindre les objectifs des accords de Paris, il faudra 400 projets de type Northern Lights ».

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