Divers
Total suspend la construction de Mozambique LNG après des attaques

Actualité

Total suspend la construction de Mozambique LNG après des attaques

Divers

Au Mozambique, la situation sécuritaire s’est encore dégradée. L’insurrection jihadiste qui sévit dans le Nord du pays a lancé, mercredi 24 mars, trois attaques simultanées sur la ville portuaire de Palma, qui compte plus de 75.000 habitants. Elle est parvenue à prendre le contrôle pendant un temps de cette ville qui se situe à seulement 10 kilomètres du site gazier d’Afungi de Total (projet Mozambique LNG) et à couper les moyens de communication. De nombreux contractants, en particulier sud-africains, stationnent d'ailleurs à Pemba. Dimanche, l'armée mozambicaine reprenait le contrôle des rues, repoussant les insurgés vers la brousse. Mais environ la moitié des habitants auraient fui la ville, marchant pendant plusieurs jours pour atteindre les villes voisines et des dizaines de civils auraient été tués.

Lors de l'attaque, des milliers de personnes se sont ruées vers la plage où une flotte hétéroclite de cargos, remorqueurs et bateaux de pêche ont transporté les rescapéss. Ainsi, des centaines de personnes, dont des étrangers, ont pu fuir devant l'arrivée des jihadistes. Mais près de 200 personnes, dont des employés étrangers des projets gaziers, se sont retranchés dans le principal hôtel de la ville, l'Amarula Palma, qui s'est trouvé assiégé. Des hélicoptères, opérés par des sociétés de sécurité privées, sont intervenus, tentant de récupérer des gens à l'hôtel ou sur les plages, sans y parvenir. Sous la pression, un convoi de 17 tout-terrains a tenté de prendre la fuite de l'Amarula Palma par la route, mais il est tombé dans deux embuscades et seuls sept véhicules sont parvenus à passer. Au moins un Sud-Africain a alors été tué. L'hôtel est désormais évacué. Des responsables américains ont déclaré au New York Times qu'ils redoutaient que 40 à 50 étrangers aient été tués à Palma. Des médias sud-africains évoquent le chiffre de 40 expatriés dont on est sans nouvelle.

 

(© GOOGLE MAPS)

(© GOOGLE MAPS)

 

Total a immédiatement suspendu ses opérations. Environ 1000 personnes ont été évacuées par ferry du site d'Afungi, où stationnent des éléments des forces mozambicaines, vers le port de Pemba, plus au sud. Cette attaque a débuté le jour où la major française annonçait pourtant, après de nouvelles mesures sécuritaires, la reprise des travaux de construction de la zone Offshore 1, qui recèle 1.8 milliard de m3 de gaz naturel récupérable, situé dans le bassin du Rovuma, au large de la province de Cabo Delgado. Elle se félicitait que le gouvernement du Mozambique ait déclaré la zone située dans un périmètre de 25 km autour du projet comme « zone spéciale de sécurité ». Elle précisait qu' « une feuille de route complète, comprenant le renforcement des infrastructures de sécurité et le renforcement des forces de sécurité publique, a été définie et mise en œuvre, permettant une remobilisation graduelle du personnel du projet et la reprise des activités de construction de l’usine GNL et des programmes sociétaux menés par le projet ». 

Le projet doit entrer en production en 2024, mais les travaux sont entravés par l’insurrection jihadiste Ahlu Sunna wal Jamaa, qui a prêté allégeance à l’Etat islamique en 2019. Elle a fait plus de 2500 morts et entraîné le déplacement de 670.000 personnes. Le 1er janvier, des échanges de tirs avaient eu lieu dans un village distant de seulement 5 kilomètres de l’usine, Quitupo. Total, qui s'est engagé à ne pas avoir recours à des sociétés de sécurité privées, avait alors évacué une partie de ses employés, invoquant les récentes attaques, mais aussi l’épidémie de coronavirus.

Le gaz doit être pompé en mer, acheminé par pipeline vers Afungi pour être transformé en GNL puis exporté par méthaniers. Le projet de Total, dans lequel 17 milliards d'euros ont été investis (il s'agirait du plus gros investissement dans les hydrocarbures en Afrique subsaharienne), comprend la construction d’une usine terrestre avec deux trains de liquéfaction pouvant aller jusqu’à 43 millions de tonnes par an. Une piste d’atterrissage et une autoroute reliant Palma à Afungi ont aussi été construits.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.