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Toujours aucune solution de remplacement pour les Gardian basés outre-mer

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Il semble de plus en plus évident que la Marine nationale n’aura pas les moyens de remplacer ses avions de surveillance maritime Falcon 200 basés en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie. Agés de 30 ans, les cinq « Gardian » de la flottille 25F devaient normalement cesser de voler en 2015, date de la fin de leur programme d’entretien. Trop vieux, ces biréacteurs nécessitent un soutien technique de plus en plus lourd, le coût de leur maintenance ayant littéralement explosé. Les problèmes concernent notamment les moteurs Honeywell, qui ne sont plus aujourd’hui produits par le motoriste américain et que Sabena Technics, chargé de l’entretien des Gardian, éprouve de plus en plus de difficultés à entretenir.  Malheureusement, comme souvent, faute de pouvoir acquérir en temps voulu des matériels récents,  les militaires sont donc techniquement obligés, pour remplir leurs missions, de faire de l’acharnement thérapeutique sur des machines à bout souffle. Sans cela, la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie seraient privées de moyens de surveillance maritime, c'est-à-dire de la capacité à veiller sur une vaste zone économique exclusive et de mener des opérations de secours en mer à grande distance. La France ne serait, par ailleurs, plus en mesure de remplir ses obligations dans le cadre ses accords avec l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), au travers desquels elle doit pouvoir mettre en œuvre des moyens aériens de secours en cas où un avion s’abimerait dans ses eaux.

 

 

Un Falcon 200 Gardian © : MARINE NATIONALE)

 

 

Le programme AVSIMAR renvoyé aux calendes grecques

 

 

Initialement, il était prévu de remplacer les Gardian dans le cadre du programme AVSIMAR (Avion se Surveillance et d’Intervention Maritime), qui devait en même temps assurer la succession des Nord 262 de la 28F, dont les 10 derniers exemplaires ont été retirés du service en 2009. Mais aussi, en fin de programme, des 4 Falcon 50 M de la 24F, entrés en service à partir de 1999. En tout, jusqu’à 18 AVSIMAR étaient prévus à l'origine pour une livraison à compter de 2015. Mais, faute de crédits, le programme n’a pas été inscrit à la précédente Loi de Programmation Militaire (2009 – 2013) et rien ne permet de penser, pour le moment, qu’il le sera sur la prochaine LPM (2014 – 2019). Dans l’absolu, il faudrait donc prolonger les Gardian jusqu’en 2020 avant de voir, éventuellement, arriver leurs remplaçants. Ce serait l’idée actuelle de l’état-major de la marine mais, sur le terrain, on doute sérieusement que les avions tiendront jusque là.

Le plus vraisemblable est donc qu’un jour, les Gardian finissent cloués au sol, victimes d’une grave défaillance technique ou, tout simplement, tombent sous le coup d'une interdiction de vol. Privant de facto la France de moyens très précieux dans es grands territoires ultra-marins, pour lesquels elle réclame d’ailleurs auprès des instances internationales une extension de sa ZEE (ce qui implique d’ailleurs d’avoir les moyens de surveiller et d’assurer l’ordre public dans ces eaux…) Si les Gardian finissaient par être hors service, plusieurs solutions sont envisageables.

 

 

Deux Falcon 50 M de la flottille 24F © : MARINE NATIONALE)

 

 

Les Falcon 50 à la rescousse en cas de pépin ?

 

 

La plus plausible serait un redéploiement  de Falcon 50 depuis la métropole. La 24F va, en effet, voir ses moyens doublés avec l’arrivée, à compter de cet été, de quatre ex-Falcon 50 gouvernementaux convertis en avions de surveillance maritime. Sauf que ces anciens appareils de l’Escadron de Transport, d’Entrainement et de Calibration (ETEC) de l’armée de l’Air, en raison de restrictions budgétaires, reçoivent uniquement un radar, une boule optronique et des hublots d’observation. Ils ne seront pas équipés, comme les Falcon 50 M et les Gardian,  d’un système de lancement de chaîne SAR (Search and Rescue) pour le sauvetage en mer. Leur déploiement en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie n’aurait donc pas grand intérêt. Seuls les quatre premiers Falcon 50 de l’aéronautique navale, gréés SAR, offriraient des moyens adéquats. Sauf que la marine a besoin en métropole de cette micro-flotte, déjà très sollicitée. Surveillance maritime, police des pêches, lutte contre le narcotrafic et l’immigration clandestine, sauvetage en mer… De l’Atlantique à la mer du Nord, en passant par la Méditerranée, les Falcon 50 basés à Lann-Bihoué, dans le Morbihan, ont déjà beaucoup de pain sur la planche, d’autant qu’ils sont amenés à remplacer les avions de patrouille maritime Atlantique 2 lorsque ceux-ci sont appelés sur différents théâtres. De plus, ils sont déjà régulièrement déployés, notamment en Guyane ou encore en océan Indien (surveillance des tirs de fusées Ariane, lutte contre la piraterie et les trafics illicites…). Autant dire que l’arrivée des quatre ex-Falcon 50 gouvernementaux ne sera pas un luxe pour la 24F, qui fonctionne actuellement à flux tendu. En tout état de cause, la flottille ne semble donc pas en mesure, sauf sur une courte période, d’assurer la relève des Gardian sans obérer sa capacité à remplir ses actuelles missions.  

 

 

Le Falcon 2000 MRA de Dassault Aviation © : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

 

Partenariat public privé et financement interministériel

 

 

Pour en revenir au remplacement des Gardian, différentes solutions furent étudiées pour compenser le retard pris par le programme AVSIMAR. Dassault Aviation avait notamment proposé à la marine ses nouveaux Falcon 2000 MRA, y compris au travers d’un partenariat public-privé, qui permettait de réduire les investissements (par exemple au travers d'une location des appareils à l'industriel). Mais, pour le moment, cette piste n’a pas été retenue. Le nerf de la guerre étant budgétaire, une approche par financement interministériel a également été envisagée. Une voie logique puisque les Gardian effectuent pour l’essentiel des missions d’action de l’Etat en mer, qui ne relèvent donc pas uniquement de la Défense. Elles intéressent également d’autres ministères, comme la Pêche, Bercy ou encore les Transports. L’idée que ceux-ci puissent contribuer à l’acquisition de nouveaux moyens aériens tombe donc sous le sceau du bon sens. Mais, évidemment, personne ne souhaite mettre la main à la poche, surtout quand les militaires, lorsqu’ils en appellent aux financements interministériels, précisent bien qu’ils veulent rester aux commandes.

 

 

Un Falcon 200 Gardian © : MARINE NATIONALE)

 

 

Externalisation

 

 

Une autre hypothèse serait, purement et simplement, d’externaliser cette fonction de surveillance maritime, c'est-à-dire la confier à une société privée, qui exploiterait ses propres avions pour le compte de l’Etat. Avec il est vrai des difficultés d’ordre juridique pour certaines missions. Reste que cette approche se pratique déjà dans certains pays. Ainsi, dans le cadre de l’opération européenne de lutte contre la piraterie au large de la Somalie, le gouvernement luxembourgeois a signé un contrat avec la société nationale CAE pour la mise en œuvre de deux avions de surveillance maritime Fairchild SW 3A Merlin au sein d’Atalante. En France, une telle approche passe mal car, si le ministère de la Défense a recours aux externalisations pour certaines fonctions (support, entrainement, formation…), certains domaines sont considérés comme régaliens et y toucher provoquerait sans doute un certain traumatisme. Mais, pour éviter d’en passer par là, encore faut il avoir les moyens de ses ambitions.

 

 

Un Fairchild SW 3A Merlin luxembourgeois (© : EU-NAVFOR)

 

 

Plus de permanence

 

 

Il reste enfin un scénario encore plus radical, qui consisterait à pousser les Gardian jusqu’à leurs limites puis, tout simplement, mettre un terme à la présence permanente d’un détachement en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie. Certes, au regard des conventions internationales, un pays doit être en mesure de contrôler son espace maritime, ce qui passe dans le cas des immenses territoires ultramarins par l’emploi de moyens aériens. Et ceci est d’autant plus vrai avec la mise en place des zones marines protégées, qui vont représenter 20% de la Zone Economique Exclusive (représentant 11 millions de km² pour la France sur toutes les mers du globe). Toutefois, dans les faits, ceci n’est déjà plus toujours le cas. Ainsi, la plus grande ZEE française, celle de Kerguelen et des autres terres australes et antarctiques françaises, ne dispose plus depuis bien longtemps d’un hélicoptère, faute d’argent. Quant à Mayotte et aux îles Eparses, dans le canal du Mozambique, la France s’en « tire » en y faisant voler, de temps à autres, un Transall de l’armée de l’Air basé à La Réunion. Et que dire de Clipperton, au large du Mexique ? En dehors de l’hélicoptère embarqué sur la frégate de surveillance qui vient au mieux une fois par an réaffirmer la souveraineté française sur l’île, ce caillou perdu du Pacifique est, le reste du temps, livré à lui-même et ses eaux riches en poisson à la pêche illicite.

En somme, malgré les grands discours sur l'importance stratégique de l’espace maritime français et du potentiel économique que représentent ses ressources naturelles, sa protection n’est aujourd’hui qu’un mirage dans bon nombre d’endroits. Et, en dépit des efforts de l’armée et des autres administrations concernées, qui font comme elles peuvent avec ce qui leur reste, l’Etat, à force de réduire les moyens, ne fait plus que sauver les apparences. Une situation qui n’a d’ailleurs pas échappé à certains pays riverains, qui voient avec délectation la présence militaire de la France s’effacer progressivement de ces territoires ultramarins…

 

 

Falcon 50 M (© : DASSAULT AVIATION)

 

Marine nationale Aéronavale