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Toulon : Bilan et perspectives de l’Union maritime

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Voici le communiqué de Philippe Garo, président de l’Union Maritime de la Rade de Toulon (UMRT) à l’occasion des traditionnels vœux :

Notre Union Maritime, forte désormais de plus de 45 entreprises, continue son développement ; elle peut désormais songer à s’inscrire durablement dans le paysage maritime local pour faire entendre la voix de ce secteur d’activité dynamique tout en restant une force de proposition.

Notre territoire a des atouts maritimes.

Les entreprises savent les mettre en avant dans les différents secteurs économiques maritimes de notre rade. Elles ont aussi besoin des décideurs publics.

La Base Navale est évidemment un moteur économique vital pour le territoire avec 1,5 mds par an de dépenses pour 26.000 emplois militaires et civils dans la base navale – chiffre porté à 29.000 actuellement avec la refonte du PAN « CHARLES DE GAULLE » et la construction des quais pour les FREMM (Frégate Multi Missions) - et environ 4.000 emplois privés (directs et indirects) hors Base Navale.

C’est bien sûr considérable et vital pour notre territoire.

Toutefois, notre propos s’inscrira dans le cadre de l’activité économique hors Base Navale car c’est ce que nous représentons.

QUEL EST LE BILAN DE 2017 ?

La GRANDE PLAISANCE semble inopportunément ciblée.

Cette branche à haute valeur ajoutée (1,7 mds de chiffres d’affaires en France et quasiment 20.000 emplois directs dont une grande part en Méditerranée) a du faire face en 2017 aux effets dévastateurs du décret n°2017-307 du 9 mars 2017 sur la sécurité sociale des marins.

Nous avons soutenu RIVIERA YACHTING NETWORK et son président, notre ami Laurent Falaize, tout comme les élus locaux qui ont écrit pour attirer l’attention des autorités nationales, dans son combat pour faire suspendre le décret. Ce décret a finalement et fort heureusement été suspendu avec un arbitrage du 1er ministre en faveur du maintien de l’exonération de charges des armateurs hors ENIM. Ce Décret prévoyait en effet que les marins de la plaisance professionnelle résidant en France plus de trois mois et embarqués sur des navires sous pavillon étranger hors Union Européenne devaient être obligatoirement affiliés au régime de sécurité sociale des marins (ENIM).

Ce décret, applicable dès le 1er juillet 2017, a fait fuir les clients des côtes méditerranéennes françaises vers l’Italie, la Croatie ou encore l’Espagne. Autre conséquence, pour l’emploi cette fois : les marins français sont restés à quai et ont trouvé peu d’embarquements au cours de la période estivale. Malgré sa suspension, les effets économiquement néfastes d’un tel décret sont encore ressentis par la profession.

Que dire également de l’application ultra rigoureuse en France, à la suite d’un arrêt européen, de la taxation du gasoil des yachts. En fait, tout serait parfait si désormais la taxation se faisait uniformément partout en Europe. Hors, ni l’Espagne, ni l’Italie ne l’appliquent ! Pourtant, ces pays devraient se conformer à la réglementation européenne. Il existe dès lors une disparité concurrentielle anormale. La France, qui se veut, « européo-exemplaire » applique la taxe. Il serait hautement souhaitable qu’une action concrète soit menée pour que les autres partenaires européens en fassent de même. En effet, le résultat économique de cette disparité est une baisse très forte des avitaillements en France des grands yachts, ce qui défavorise fortement leurs escales en France, et notamment sur la côte méditerranéenne française. Les sociétés françaises d’avitaillement sont donc négativement impactées par cette situation. Il est ainsi nécessaire de continuer l’action pour que cette disparité soit traitée et que les grands yachts reviennent s’avitailler en France.

L’année 2017 a également vu de nouvelles dispositions fiscales contenues dans la loi de finance pour 2018 et qui vont grever les navires de grande plaisance. Pour étayer cette nouvelle vague « taxatoire », il fut argumenté que le secteur de la grande plaisance n’était pas « partie prenante de l’économie productive ». Ce propos est surprenant.

Laurent Falaize rappelle que l’activité de la grande plaisance génère dans notre région quelques 6.000 emplois directs et indirects et « qu’en moyenne, un yacht dépense 1,27 million d'euros par an quand il est en escale en faisant appel à tout un écosystème de commerces – traiteurs, fleuristes, pressings, etc. –, de prestataires techniques et de sociétés de services ». Il est possible dès lors d’affirmer que l’économie de la grande plaisance est, malgré ce qui fut exprimé, manifestement économiquement productive.

Il est important de la préserver et de continuer à soutenir son développement.  

La PETITE et LA MOYENNE PLAISANCE ont le vent en poupe après une période très difficile à la suite de la crise financière de 2008 qui a lourdement impacté le secteur. L’année 2017 a vu une croissance à deux chiffres (plus de 12%) et 2018 s’annonce sous les meilleurs auspices.

Il importe que les ports de plaisance relèvent aussi le défi de cette croissance. Nous soutiendrons les initiatives et les projets en faveur du développement portuaire et des infrastructures des ports de plaisance.

Nous avons organisé un focus sur cette activité en octobre dernier à Toulon pour mettre en avant le poids économique de la filière. Le Var est le 1er département de France pour la petite et moyenne plaisance ; il appert que dans notre département, cette activité génère un chiffre d’affaires pour les sociétés de la plaisance à hauteur de 500 M€ et une somme équivalente en retombées économiques, soit un total d’1 milliard€ ; cette dernière somme donne la mesure de l’impact considérable de cette activité économique pour le territoire.

Nous nous en félicitons et nous comprenons dès lors le souhait de certaines sociétés de vouloir venir s’implanter sur le port de Toulon qui exerce une attractivité certaine. Nous soutiendrons ces initiatives d’installations et nous collaborerons avec les pouvoirs publics pour aider à ces implantations

L’AQUACULTURE est toujours dynamique dans la rade du côté de Tamaris. La presse s’est fait l’écho de la remise, à M.Jean-Christophe Giol, en conchyliculture, de la médaille d'argent au Salon de l'agriculture de Paris en février 2017 ce qui est une très belle reconnaissance.

Il existe des projets de développement de fermes aquacoles, projets également rattachés à l’activité d’écotourisme.

L’UMRT soutient ces projets.

Nous sommes en faveur d’une valorisation du site de Tamaris. C’est un endroit magnifique de notre rade. Nous suggérons un aménagement concerté pour que notamment la ballade du bord de mer devienne attrayante. Nous sommes certains que les croisiéristes escalant sur le site de La Seyne pourraient découvrir cet endroit et favoriser ainsi un développement touristique économiquement favorable, durable et mesuré.

L’ACTIVITE « PORT de COMMERCE » est génératrice d’emplois.

Pour les ports de Toulon et La Seyne Brégaillon, ceux sont 2.150 emplois qui sont répertoriés. Les ports de Toulon et La Seyne génèrent un chiffre d’affaires global dépassant les 500 millions d’euros.

La ligne maritime avec la Turquie est une réussite économique indéniable. Il est nécessaire de la pérenniser.

Il manque encore le centre phytosanitaire sur le port et nous appelons de nos voeux à sa création.

La remise en état de la connexion ferroviaire entre Brégaillon et la gare de La Seyne apparaît également comme essentielle. Nous savons que le dossier n’est pas simple et qu’il existe des contraintes importantes ; toutefois, cette connexion demeure un souhait fort de la communauté portuaire et également de l’opérateur et client très important du port de Brégaillon, UN RORO. Nous nous inscrivons dans une démarche positive pour la remise en fonction de cette voie ferroviaire et nous espérons que les travaux pourront commencer cette année.

Nous rappelons par ailleurs que le relevé de décisions du CIMER 2017 (Comité Interministériel de la Mer qui s’est déroulé à Brest le 14 novembre 2017) souligne l’importance du transport combiné ferroviaire (et fluvial) et il est souligné que « l’Etat engage dès 2018 la modernisation du dispositif de soutien au transport combiné ferroviaire (…), afin de le rendre plus efficace économiquement pour développer le report modal vers les modes massifiés ».

La remise en état de la connexion ferroviaire entre Brégaillon et la gare de La Seyne pourra s’inscrire dans cette dynamique.

Cependant, le fait marquant de l’année 2017 en portuaire aura été – après le transfert du projet Le Revest/ La Seyne / Monaco sur Marseille-Fos en début d’année - l’abandon du quai de 400m.

Ce fut une réelle surprise car lors du Med Cruise 2017, qui s’est tenu à Toulon le 11 octobre 2017, ce quai de 400m avait été évoqué devant la communauté internationale de la croisière. Il avait été mis en avant le rapport gagnant-gagnant entre les villes-ports et les opérateurs de croisières, l’intérêt pour le développement économique du tourisme local avec des ports devant être au diapason de notre 1ère place en France pour le tourisme, Toulon comme véritable porte d’entrée du territoire, la présentation du projet à Miami en mars 2018, le cap des 500.000 croisiéristes à l’horizon 2025, etc.

Nous étions très heureux de ces développements et de l’intérêt qu’exerçait ce projet.

Certes, il fut mis en avant un projet de remplacement. Celui-ci se situerait sur les 36.000m2 de l’ancien site DCNS au Mourillon. Ce projet fut présenté comme une « option plus attractive et un nouveau cap pour (la) rade (…) sans aucune habitation à proximité » - ce qui n’est pas vraiment tout à fait exact – et « beaucoup moins contraignante » – ce qui n’est pas forcément acquis à 100% (notamment en raison de la dépollution du site qui sera probablement très contraignante pour un site qui fut longuement industrialisé).

Le projet initial du quai de 400m avait, comme tout projet, ses détracteurs et ceux qui y étaient favorables. D’un strict point de vue économique, ce quai de 400m avait l’avantage de proposer une nouvelle offre d’escales pour le port de Toulon, ce qui est toujours positif, surtout dans le cadre d’une économie porteuse comme l’économie maritime.

La nouvelle configuration, telle qu’elle fut esquissée par la suite, fait apparaître un quai en travers, qui semble fort exposé aux vents et, apparemment, plus court que 400m car, sauf erreur de notre part et en fonction de ce qui semble être son nouveau positionnement, si sa longueur faisait vraiment 400m, il semblerait que les navires militaires seraient plus que gênés pour sortir de Vauban ce qui devrait, somme toute, quelque peu chagriner nos amis de la Marine Nationale ! Il est bien sûr évident que tout ceci n’est qu’un début et que l’ensemble nécessitera un affinement technique si le projet est réellement affirmé.

D’un pur point de vue économique, nous sommes déçus de l’abandon du quai de 400m, projet qui avait mobilisé beaucoup d’énergie pendant cinq années et pour lequel des frais très importants avaient été engagés. Nous eussions préféré que la concertation, qui devait commencer le lendemain de l’annonce, fusse menée jusqu’à son terme. Il en serait nécessairement ressorti, dans un esprit contradictoire et d’échanges constructifs, des points importants qui auraient amélioré le projet.

Ce projet était tourné vers la croisière mais il représentait aussi un quai supplémentaire pour les ferrys avec une possibilité pour ceux-ci de se connecter au courant terre pendant l’escale ce qui représentait une solution éminemment écologique.

Le positionnement sur les grands paquebots de croisières pour un développement maritime tourné vers l’avenir est une bonne option économique. Que va-t-il advenir dans un futur proche ? Nous nous posons légitimement cette question car l’abandon du projet va, de fait et économiquement, mettre le port dans l’impossibilité de proposer, dans l’immédiat, un accroissement significatif de son offre.

Par ailleurs, au niveau international, l’arrêt a un impact d’image, et ce signe fort qui était la construction du quai de 400m disparaît en l’état, au moins à moyen terme. Il va ainsi manquer une lisibilité pour les grandes compagnies.

Le retard déjà pris pour la réalisation d’un nouveau quai ne pourra plus se combler. Le nombre d’escales a fortement diminué certes conjoncturellement (nb les américains ont décidé de réduire les escales en Méditerranée pour des questions de sécurité) mais les prévisions pour 2019 sont basses (une soixantaine d’escale en l’état apparemment) ; nous espérons sincèrement que ce chiffre puisse encore augmenter même si l’espoir reste faible car les compagnies de croisières travaillent à deux ans et elles ont déjà fait leur planning en 2017 pour 2019.

Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve en termes d’escales mais nous savons que la croisière continue son développement. Il est fort possible que le port de Toulon ne pourra pas en retirer, à moyen terme, tous les avantages et profits (tourisme, rayonnement du territoire) qu’il pouvait raisonnablement espérer avec son nouveau quai qui aurait été opérationnel dès 2020. Le nouveau projet va décaler cet impact si tant est que le quai puisse finalement se faire après études et concertations.

Perspectives 2018

Nous espérons pour 2018 que l’activité de la grande plaisance va retrouver un peu de sérénité avec une réglementation moins agitée et plus stable. Nous savons que nous pouvons compter sur le dynamisme des sociétés de ce secteur pour relever le défi des années à venir mais que les coups portés furent rudes !

Des activités maritimes connaissent cependant un essor remarquable comme la petite et la moyenne plaisance, éléments que nous avions mis en avant lors de notre focus sur cette activité en octobre dernier.

La petite et la moyenne plaisance sont ainsi en pleine croissance et nous souhaitons ardemment que cela continue. Il appartient aux pouvoirs publics de s’inscrire fortement dans ce développement avec une politique éclairée à propos des ports de plaisance. Nous nous tenons à leur entière disposition pour avancer en ce sens.

Nous continuerons d’apporter notre soutien à l’aquaculture dans notre rade.

Pour le domaine portuaire, il est patent que les acteurs de l’économie maritime portuaire ont besoin de lisibilité ; cependant, l’incertitude rend difficile, économiquement et raisonnablement, toute envie de se projeter.

Nous pensons qu’il va être difficile de motiver de nouveau le monde maritime local pour participer aux commissions ou autres groupes de travail dans le cadre d’un schéma directeur portuaire (qui intégrait le quai de 400m). Nous serons bien sûr toujours présents pour discuter, avancer et soumettre nos idées et avis mais nous souhaiterions aussi savoir si le schéma directeur est encore valable pour que les entreprises puissent avoir un cadre et des certitudes.

En effet, nous nous permettons de souligner que le manque de lisibilité et l’incertitude dans les décisions concernant des projets structurants sont parmi les points que le monde des entreprises redoutent le plus car ces points participent de l’élaboration de leurs « business plans » pour se projeter vers l’avenir.

Notre humble positionnement est de mettre en avant le fait qu’il ne peut être envisagé de développement économique harmonieux privé / public sans un respect des contraintes auxquelles les entreprises doivent faire face.

Il en va aussi de l’attractivité maritime du territoire pour laquelle tous les acteurs, publics et privés, dépensent beaucoup d’énergie car nous le savons tous : nous avons des atouts maritimes remarquables dans notre rade de Toulon.

Nous appelons à de véritables états généraux du maritime pour notre rade avec les décideurs publics.

Le portuaire va au-delà d’une simple problématique de territoire : il s’inscrit dans une façade maritime méditerranéenne qui est tournée vers l’international.

Il nous apparaît comme essentiel que nous puissions tous ensemble nous inscrire dans des projets réalisables à court terme et qui soient une source d’attractivité pour notre activité économique portuaire comme l’allongement du quai ro-ro de Brégaillon et l’agrandissement des terre-pleins nord de ce site qui arrive à saturation ; ce serait un vrai signe positif, d’une part, pour les clients du port et les entreprises qui y travaillent, d’autre part, pour le monde maritime de notre rade en général, et enfin, pour la communauté maritime internationale qui ne manque jamais de s’intéresser aux développements des ports.

Nous nous inscrirons dans tous les cas dans une telle synergie.

Les entreprises du secteur maritime dans notre rade ont besoin d’une démarche claire et d’une vision bien définie vers le futur.

Ports de Toulon & Seyne-sur-Mer