Marine Marchande
Toulon: DFDS ferme sa ligne vers la Turquie au profit de Sète

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Toulon: DFDS ferme sa ligne vers la Turquie au profit de Sète

Marine Marchande

C’est un coup très dur pour la communauté portuaire toulonnaise. Après huit ans d’activité, la ligne roulière qui reliait le port de Brégaillon à  celui de Pendik, près d’Istanbul, s’est arrêtée du jour au lendemain. Alors que le l’U.N. Akdeniz quittait Toulon hier matin, en fait pour la dernière fois, DFDS annonçait l’arrêt de ce service lancé en 2011. Une ligne qui avait été développée  par l’armement turc U.N. Ro-Ro pour transporter des remorques de camions (sans chauffeur) entre la Turquie et la France. Mais suite au rachat à l’été 2018 d’U.N. Ro-Ro par le groupe danois, ce dernier a initié un certain nombre de changements. Une première décision défavorable au port varois était intervenue avec la suppression en juillet dernier de l’une des trois rotations hebdomadaires entre Brégaillon et Pendik. En lieu et place, DFDS a décidé d’expérimenter une nouvelle liaison entre Sète et Cesme, avec deux allers-retours chaque semaine. Après plusieurs mois d’exploitation, l’armateur a conclu que le port languedocien était mieux placé et a donc décidé d’y transférer ses trois liaisons hebdomadaires. « A l’issue de ce test et compte tenu de la forte demande pour les services intermodaux qui peuvent être opérés de Sète et non de Toulon, nous avons décidé de concentrer toutes nos traversées depuis le port de Sète», indique Lars Hoffmann, directeur de DFDS en Méditerranée, dans un communiqué.

Les raisons de ce choix

Alors que ce dernier évoque également une nécessaire adaptation « à un ralentissement économique dont la Turquie ne se rétablit pas aussi vite que prévu », Sète combine trois atouts qui ont convaincu le groupe danois de déménager : il dispose du système AP+, qui permet une traçabilité des marchandises et une organisation des chauffeurs nécessaires à la prise en charge des remorques, mais aussi de postes frontaliers vétérinaires et phytosanitaires (PIF et PEC). « Le port de Sète dispose d'installations pour le fret réfrigéré contrairement au port de Toulon », souligne Lars Hoffmann. S’y ajoutent des sillons ferroviaires permettant depuis l’Occitanie d’atteindre le nord de l’Europe. Depuis l’ouverture en juillet dernier de la ligne Sète-Cesme, deux allers-retours par semaine ont déjà été mis en place vers le Luxembourg. Il est aussi possible de relier par train Sète à Paris, le port travaillant également sur une liaison avec Calais. Cette dimension ferroviaire semble avoir été déterminante dans la décision de DFDS. « Aujourd'hui déjà, plus de 60 % des remorques sont transportées par rail depuis leurs marchés d’origine ou vers leurs destinations finales. Cette tendance ne peut que se développer dans les années à venir compte tenu de la problématique liée aux visas à laquelle les chauffeurs routiers sont confrontés », explique le directeur de DFDS en Méditerranée, qui met également en avant la position géographique de Sète par rapport à Toulon : « Sète est aussi un emplacement stratégique pour nos clients car plus proche de leurs principaux marchés – l’Espagne et les grands marchés de fruits et légumes ».

Un trafic de 70.000 remorques par an

Les rouliers du groupe feront désormais escale à Sète les mardis, jeudis et dimanches. Avec deux rotations hebdomadaires, le trafic annuel prévu jusqu’ici était de 40.000 remorques. Mais avec un troisième aller-retour, il devrait atteindre les 70.000 pièces de fret. C’est le niveau qu’avait atteint la ligne Toulon- Pendik en 2017 et 2018, avec respectivement 69.521 et 69.980 remorques. Un trafic presque doublé depuis l’ouverture de la ligne en 2011, année où 36.631 remorques avaient transité entre Brégaillon et la Turquie.

« Une surprise »

Alors que ce service était une activité structurante pour le port varois, sa disparition ne devrait pas être sans conséquence. DFDS lui-même reconnait que sa décision, qu'il dit « regretter », va « malheureusement impacter l'emploi du port ». Inversement, l’activité va se développer à Sète, où on a apparemment apprit la nouvelle comme tout le monde avec l’annonce du groupe danois. « C’est réellement une surprise, on pouvait éventuellement s’y attendre mais on pensait sur le plus long terme », explique-t-on dans le port languedocien, où cette décision est prise avec retenue : « Plutôt que de prendre des trafics à des ports français on préfèrerait en prendre à d’autres, mais c’est le choix du client ».

- voir la réaction de la CCI du Var

 

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