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Toulon : Florence Parly sur les FREMM engagées en Syrie

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Sur la plage avant du Languedoc, les silos verticaux noircis témoignent encore d’un récent tir de missiles de croisière navals (MdCN). C’est ce qu’a pu constater vendredi la ministre des Armées, en déplacement à Toulon où elle est notamment venue saluer les équipages de deux des trois frégates multi-missions engagées dans les opérations ayant conduit, dans la nuit du 13 au 14 avril, aux frappes conduites en Syrie par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni. Alors que l’Aquitaine était arrivée le matin même dans la base navale varoise, Florence Parly s’est rendue sur le Languedoc pour la visite officielle. C’est ce bâtiment qui a effectué le tout premier tir, lors d’une intervention militaire, du MdCN développé pour les nouvelles frégates et sous-marins de la Marine nationale par MBDA. Trois missiles de ce type ont été lancés, complétant, pour le volet tricolore du raid occidental, les missiles aéroportés Scalp EG mis en œuvre par les cinq Rafale de l’armée de l’Air intervenus depuis Saint-Dizier, où la ministre s’était rendue dès le 14 avril. Elle y avait déjà félicité les militaires français pour la qualité du travail accompli et salué le succès de l’opération, visant selon Washington, Paris et Londres, trois sites de recherche, de production et de stockage d’armes chimiques.

 

 

L'Aquitaine arrivant à Toulon vendredi matin ( © MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

L'Aquitaine arrivant à Toulon vendredi matin ( © MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Florence Parly sur le Languedoc avec l'amiral Prazuck et le CV Le Gac, commandant du bâtiment ( © MER ET MARINE - F. JACQUOT)

Florence Parly sur le Languedoc avec l'amiral Prazuck et le CV Le Gac, commandant du bâtiment ( © MER ET MARINE - F. JACQUOT)

 

 

Les lanceurs du Languedoc, ceux en arrière étant dédiés aux MdCN ( © MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Les lanceurs du Languedoc, ceux en arrière étant dédiés aux MdCN ( © MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

 

 

Un marin du Languedoc expliquant le fonctionnement du MdCN à la ministre ( © FRANCIS JACQUOT)

Un marin du Languedoc expliquant le fonctionnement du MdCN à la ministre ( © FRANCIS JACQUOT)

 

Un dispositif naval très conséquent

Le volet naval de cette opération, baptisée Hamilton, a nécessité d’importants moyens, ceux déjà au large de la Syrie, où la flotte française maintient une présence permanente depuis 2012, étant renforcés dans les jours ayant précédé l’attaque. Trois FREMM (sur les quatre à ce jour livrées par Naval Group à la marine) ont ainsi été mobilisées : l’Aquitaine, basée à Brest et déjà déployée sur zone, ainsi que le Languedoc et l’Auvergne, dont Toulon est le port d’attache. S’y ajoutait une frégate antiaérienne, apparemment le Cassard, mais aussi dit-on la frégate de défense aérienne Chevalier Paul, ainsi qu’à l’arrière une frégate anti-sous-marine du type F70 et un ravitailleur, sans doute le Var, qui devait remonter de mer Rouge après avoir accompagné le groupe Jeanne d’Arc jusqu’à Djibouti. Un sous-marin nucléaire d’attaque était en outre logiquement présent, de même que des avions de patrouille maritime, l’ensemble du dispositif visant à contrôler l’espace aéromaritime et se prémunir contre une éventuelle riposte.

Problème technique

La première mise en œuvre en situation de combat du MdCN, une arme de premier plan conçue pour les frappes en profondeur contre des objectifs terrestres, a été présentée par les autorités françaises comme un succès. Mais la marine a tout de même rencontré un problème technique qui aurait pu l’empêcher de déployer ces fameux missiles. La frégate désignée initialement pour conduire la frappe n’a en effet pas pu tirer ses missiles.  Il a donc fallu, au pied levé, que l’une de ses deux jumelles présentes dans la zone la remplace. Selon certaines sources, la « doublure » prévue en cas d’empêchement de la première FREMM aurait rencontré le même problème et c’est finalement la troisième frégate qui a fait feu. Se reconfigurer ainsi, au dernier moment, dans une opération interarmées et internationale aussi complexe, nécessitant une synchronisation très fine des multiples vecteurs employés dans une fenêtre temporelle extrêmement réduite, est une belle performance pour les marins français, qui ont pu sauver l’engagement du MdCN dans cette opération. Mais il s’en est sans doute fallu de très peu et ce changement inopiné de la plateforme chargée du tir explique que seuls trois MdCN aient été tirés, alors qu’on imaginait plus vraisemblablement une salve comprenant plutôt une dizaine de missiles. La fenêtre possible pour l’engagement s’est en effet très vite refermée et la seule frégate capable ce jour-là de lancer ses munitions n’en avait peut-être que très peu à bord, les stocks de MdCN étant encore limités (les premiers ont été livrés l'an dernier, le tandem FREMM/MdCN ayant été déclaré en service en février 2017).  

Heureusement intervenu lors d’une frappe d’ampleur limitée, le problème technique a dit-on été identifié et des mesures correctives ont été immédiatement mises en place. Quant aux missiles tirés, ils ont tous atteint leur objectif, ce dont se félicite le ministère des Armées. Il en a été de même pour les Scalp EG tirés par les Rafale de l’armée de l’Air, même s’il semble que là aussi il y ait eu un souci puisque seuls 9 des 10 missiles embarqués par les avions ont été tirés.

 

(© DGA)

(© DGA)

 

Une arme de premier plan pour frégates et sous-marins

Quoiqu’il en soit, cette opération démontre encore une fois l’intérêt des missiles de croisière, aéroportés ou navals, qui permettent d’atteindre des objectifs à grande distance, en permettant aux porteurs de rester hors du volume d’interception de la défense sol-air adverse. Conçus pour détruire des cibles durcies avec une précision métrique, les Scalp EG et MdCN sont pour mémoire des armes furtives capables de coller au relief du terrain au travers duquel ils évoluent, ce qui les rend très difficile à neutraliser. A ce titre, les frappes conduites le 14 avril en Syrie auraient pu être une épreuve quant à la survivabilité de ces engins, tout comme des Tomahawk et JASSM américains, s’ils avaient été confrontés à une interposition des systèmes russes comme les S-300 et S-400. Mais Moscou a choisi de ne pas intervenir.

Développé sur la base du Scalp EG mais disposant d’une allonge nettement plus importante, avec une portée d’environ un millier de kilomètres, le MdCN équipera les six premières FREMM de la Marine nationale, chaque frégate pouvant embarquer jusqu’à 16 missiles de ce type. Les six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda, dont le premier exemplaire sera livré en 2020 à la Marine nationale, en seront également dotés. Ces SNA devraient pouvoir accueillir une bonne douzaine de ces missiles, tirés depuis les tubes lance-torpilles, sachant que les Barracuda auront selon certaines sources une capacité d’emport de 20 à 24 armes.  

Pas assez de bateaux et de missiles ?

L’intérêt des missiles de croisière et la démultiplication des zones de crises posent d’ailleurs la question du nombre de plateformes équipées et des stocks d’armes disponibles. Initialement, la France avait prévu de commander 250 MdCN pour ses forces navales. Une cible qui a finalement été réduite à seulement 150 missiles (100 pour les FREMM et 50 pour les Barracuda). Seuls les premiers lots ont à ce jour été livrés. Mais même lorsqu’ils seront tous réceptionnés, les dernières interventions ayant impliqué des missiles de croisière démontrent des emplois massifs de plusieurs dizaines d’armes pour quelques cibles. Certes, comme ce fut encore le cas en Syrie avec les Américains, le nombre de Tomahawk employés (environ 70, dont 57 sur un même objectif) est sans nul doute très supérieur à ce qui est réellement nécessaire. Toutefois, au-delà de l’affichage politique lié au nombre de munitions employées, les militaires savent bien que s’ils font face à des systèmes de défense efficaces, tous les missiles ne passeront vraisemblablement pas. Avec une vraie inconnue quant au pourcentage de pertes, aucune mise à l’épreuve sérieuse n’étant jamais intervenue.

Dans ce contexte, la nouvelle capacité de frappe en profondeur offerte à la France par sa marine est très précieuse, et même unique en Europe puisque seuls les Britanniques mettent en œuvre un équivalent, en l’occurrence le Tomahawk américain et cela uniquement sur leurs sous-marins. Néanmoins, on voit bien qu’en cas de conflit de haute intensité, les frappes françaises ne pourraient être qu’assez limitées, surtout s’il faut procéder à des tirs massifs afin de saturer les défenses ennemies. Quant à la complémentarité avec l’armée de l’Air, elle est certes évidente et les aviateurs français ont d’ailleurs prouvé dans l’opération des 13 et 14 avril qu’ils pouvaient mener un raid à très grande distance depuis l’Hexagone. Mais il a fallu pour cela mobiliser autour de seulement 5 Rafale et de leurs 10 missiles Scalp EG pas moins de 12 autres appareils (2 avions radar Awacs, 6 ravitailleurs C-135 et 4 Mirage 2000 pour les escorter), étant entendu qu’un tel déploiement n’aurait pu être beaucoup plus important et encore moins répété dans la durée.  

 

Les Barracuda mettront en oeuvre le MdCN (© NAVAL GROUP)

Les Barracuda mettront en oeuvre le MdCN (© NAVAL GROUP)

 

Possibilité de passer de 12 à 16 plateformes navales

Si la coopération internationale et les opérations combinées avec des alliés permettent une évidente démultiplication des capacités mobilisables, la question de l’autosuffisance est donc posée. Côté marine, une seule FREMM doit pouvoir embarquer 16 MdCN, soit plus que l’ensemble des missiles de croisière tirés par les forces françaises en Syrie (12). A terme, trois frégates de ce type avec une dotation nominale aligneraient donc 48 munitions, ce qui commence à constituer une puissance de feu. Pour peu, évidemment, qu’une quantité suffisante de bâtiments puisse être mobilisée à l’instant T. Or, pour l’heure, le nombre de « plateformes MdCN » dont doit disposer à terme la flotte est finalement réduit. En matière de sous-marins, en comptant avec les périodes de grande maintenance et les arrêts techniques intermédiaires, on ne pourra guère compter que sur quatre des six SNA du type Barracuda (livrables entre 2020 et 2029) opérationnels simultanément, dont généralement au moins un déployé en Atlantique. Pour ce qui est des frégates, sur les 8 FREMM commandées (au lieu de 17 initialement), seules les six premières (Aquitaine, Provence, Languedoc, Auvergne, ainsi que la Bretagne livrable cet été et la Normandie en 2019) seront dotées de MdCN. Les deux autres, dites FREMM DA  (Alsace et Lorraine, livrables en 2021 et 2022) seront uniquement pourvues de missiles Aster 30 afin de servir prioritairement d’unités de défense aérienne. Quant aux cinq futures frégates de taille intermédiaire (FTI), que Naval Group doit achever entre 2023 et 2030, elles ne sont pas conçues pour la mise en œuvre du MdCN.

 

La FDA Chevalier Paul (© MARINE NATIONALE)

La FDA Chevalier Paul (© MARINE NATIONALE)

 

Au final, seules les frégates de défense aérienne Forbin (2010) et Chevalier Paul (2011) pourraient éventuellement intégrer cette arme. Disposant actuellement de 32 missiles Aster 30 et 16 Aster 15, ces bâtiments ont en effet une réserve de place pour deux lanceurs (16 cellules) supplémentaires. Ils seraient plutôt destinés à des Aster 15 vu leur position avancée vers la proue mais le développement (proposé par MBDA et non acté jusqu’ici) d’un lanceur capable d’accueillir aussi bien des Aster 30 que des MdCN permettrait de pouvoir panacher les missiles des silos les plus longs. Une telle solution serait envisageable dans le cadre de la refonte à m-vie des FDA au milieu des années 2020, où il sera notamment question d’adjoindre à ces bateaux une capacité anti-missile balistique. L’emploi de lanceurs hybrides pourrait aussi être imaginé pour les FREMM DA Alsace et Lorraine, mais celles-ci ne disposeront que de 32 cellules, ce qui limite donc les marges de manœuvre dans le choix entre Aster et MdCN. Cela étant, cette option accroîtrait considérablement la flexibilité de la flotte française, pour laquelle la mission prioritaire des six premières FREMM n’est pas la capacité de frappe en profondeur mais la lutte anti-sous-marine.

 

Marine nationale