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Toulon : Geotrade évacue trois vieux bateaux-portes pour les faire déconstruire à Gênes

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Toulon : Geotrade évacue trois vieux bateaux-portes pour les faire déconstruire à Gênes

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Spécialisée dans le démantèlement naval, la société française Geotrade, qui compte ouvrir en 2020 le premier chantier tricolore de déconstruction de navires de la façade méditerranéenne, vient de mener à bien une nouvelle opération au profit du ministère des Armées.

Il s’agissait cette fois d’assurer le transfert de trois anciens bateaux-portes de la base navale de Toulon vers l’Italie, où ils seront démantelés.  « Les bateaux portes seront déconstruits au sein d'une installation réglementée figurant sur la liste européenne des chantiers agréés pour le démantèlement naval. Il s'agit en l’occurrence du chantier naval San Giorgio del Porto de Gênes, avec lequel nous avons établi un contrat de sous-traitance et qui est en particulier connu pour avoir démantelé le Costa Concordia », explique Philippe George, directeur technique de Geotrade et responsable de ce projet. Celui-ci est lié à un contrat notifié en 2018 à la société par le ministère des Armées via l'Etablissement des Services d'Infrastructures de la Défense (ESID) de Toulon.

 

Embarquement des bateaux-portes à Toulon le 3 juin sur le Jumbo Vision (© GEOTRADE)

Embarquement des bateaux-portes à Toulon le 3 juin sur le Jumbo Vision (© GEOTRADE)

Embarquement des bateaux-portes à Toulon le 3 juin sur le Jumbo Vision (© GEOTRADE)

Embarquement des bateaux-portes à Toulon le 3 juin sur le Jumbo Vision (© GEOTRADE)

 

Des équipements imposants débarqués à Gênes en fin de semaine dernière

Construits entre 1945 et 1950, les trois vieux bateaux-portes, remplacés par des équipements neufs, sont des engins imposants, d’environ 30 mètres de long pour 15 mètres de hauteur, la masse cumulée des trois avoisinant les 900 tonnes. Leur convoyage vers Gênes a été assuré par un navire spécialisé dans le transport de colis lourds, le Vision de la compagnie néerlandaise Jumbo Shipping, qui a chargé les bateaux-portes dans ses cales au moyen de ses propres grues. Il a ensuite mis le cap vers Gênes, où il est arrivé jeudi dernier, ses colis étant débarqués entre vendredi et dimanche.

Un contrat en cotraitance de 52 vielles coques de la marine déjà mené à bien

Sur ce dossier, Geotrade intervient surtout, en dehors de la gestion et de la responsabilité du contrat, sur des aspects liés à l’ingénierie, l’intégration de solutions, la coordination et la supervision. Mais la société française travaille aussi directement dans les activités de déconstruction navale. Pendant un an, elle a ainsi participé à un important marché de démantèlement de petites unités de la Marine nationale, comprenant 52 vieilles coques (vedettes, barges, citernes, grues flottantes…). Plus de 3000 tonnes ont ainsi été traitées à Martigues au travers d’un contrat en cotraitance avec une filiale des groupes Bouygues et Colas, ainsi que la société marseillaise We Group, spécialisée dans les diagnostiques avant démolition.

Développement d’un chantier à Arles

Geotrade travaille maintenant sur le développement de son propre outil de déconstruction, avec la volonté d’ouvrir l’année prochaine un chantier spécialisé sur les bords du Rhône à Barriol, un quartier du sud de la ville d’Arles. Le premier du genre sur la façade sud de l’Hexagone, alors que les installations agréées en Méditerranée occidentale sont peu nombreuses, les plus proches se situant en Italie et en Espagne. Un plan d’investissement est prévu en ce sens, alors que les dossiers d’agrément vont être déposés auprès de l’administration française afin que le site bénéficie de la certification ICPE (Installations Classées pour la Protection de l'Environnement) puis soit agréé par l’Union Européenne. Le site de Barriol, équipé d’un plan incliné et d’un spliway, est un ancien chantier qui était auparavant dédié à la déconstruction mais avait été contraint d’arrêter son activité suite à l’évolution de la règlementation. Geotrade veut donc le réactiver en conduisant tous les investissements nécessaires pour permettre la déconstruction de vieilles coques, le traitement des déchets et le recours à des filières d’élimination ou de valorisation en répondant aux très exigeantes normes sur la protection de l’environnement et des travailleurs. L’élimination de vieux bateaux implique en effet de gérer des produits dangereux, comme les PCB ou l’amiante, ainsi que des résidus huileux ou hydrocarburés.

Marchés civil et militaire, maritime, fluvial, portuaire et industriel

Pour que cette activité fonctionne et soit économiquement viable, l’entreprise se positionne sur un marché relativement vaste, sur des coques ou engins flottants pouvant aller jusqu’à près de 100 mètres de long et 4-5 mètres de tirant d’eau, maximum autorisé par les installations de Barriol. Elle vise ainsi non seulement les futurs contrats pour la déconstruction d’unités désarmées de la Marine nationale, mais aussi le secteur civil. Il y a par exemple une forte demande pour le démantèlement d’unités fluviales (péniches et barges) sur le Rhône et la Saône, mais aussi un marché évident sur des bateaux civils maritimes, par exemple dans les secteurs de la pêche, de la plaisance et du transport côtier. A cela s’ajoutent les équipements industriels et portuaires, domaine où Geotrade a déjà de l’expérience avec par exemple les bateaux-portes toulonnais, mais aussi la déconstruction de cinq vielles grues du Grand Port Maritime de Marseille, qui lui a confié cette année le traitement d’un sixième outillage de ce type.

A l’avenir, selon les cas, Geotrade souhaite ainsi pouvoir conduire les travaux sur place avec des autorisations temporaires, en coopération avec d’autres entreprises si cela s’avère nécessaire, mais donc aussi dans son propre chantier.

Ports de Toulon et La Seyne-sur-Mer Marine nationale