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Toulon : La préfecture maritime travaille à l’évacuation du cargo Luna S
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Toulon : La préfecture maritime travaille à l’évacuation du cargo Luna S

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Marine Marchande

Arraisonné en septembre 2013 avec à son bord une cargaison estimée à 20 tonnes de cannabis, le Luna S est toujours en attente dans la base navale de Toulon. En charge de ce dossier, la préfecture maritime de la Méditerranée espère voir le vieux cargo de 82 mètres partir bientôt pour la démolition.

L’affaire n’est pas simple, ce qui explique la longueur de son traitement. D’abord, le Luna S n’a pas été saisi comme preuve par la justice. Il est donc de facto devenu un navire abandonné par son propriétaire. Des modifications légales sont également entrées en vigueur en 2016 suite à la mise en œuvre de la loi sur l’Economie bleue. Celle-ci a notamment confié aux préfets maritimes la responsabilité des navires abandonnés dans les ports français.

Pour agir, la préfecture maritime a été contrainte d’attendre l’aboutissement d’une procédure de déchéance de propriété, qui est aujourd’hui prononcée. Construit en 1974, arrêté depuis plus de quatre ans et surtout partiellement incendié par ses occupants au moment où l’aviso Commandant Birot s’apprêtait à l’intercepter, le Luna S ne reprendra évidemment pas du service et doit être démantelé.

 

Le Luna S peu après son arrivée à Toulon  (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le Luna S peu après son arrivée à Toulon  (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Les modalités de sa cession « sont en train d’être étudiées », indique-t-on à la préfecture maritime, où l’on cherche une solution la plus avantageuse pour le contribuable, tout en respectant l’ensemble des règlementations en vigueur, notamment sur les plans environnementaux et sanitaires. Le chantier retenu pour le démantèlement du Luna S devra faire partie des sites homologués par l’Union européenne. Ils sont aujourd’hui au nombre de 18, situés en France, au Danemark, en Belgique, en Lettonie, en Lituanie, aux Pays-Bas, en Pologne, au Portugal, en Espagne et au Royaume-Uni.

L’objectif est de voir le Luna S quitter si possible Toulon d’ici la fin de l’année. Il n’y a toutefois pas urgence pour les autorités, dont la première priorité est de « bien faire les choses » afin de clore définitivement ce dossier. Le retour d’expérience acquis avec le Luna S devrait également servir à la mise en place de procédures spécifiques pour d’éventuels cas similaires à l’avenir.

Ronde nautique pour vérifier le niveau de la ligne de flottaison, plongées d’inspection de la coque, visites à l’intérieur du bateau, état de l’amarrage… En attendant, la vielle coque fait l’objet d’un plan de surveillance permettant de s’assurer régulièrement de son état.  « Pour l’instant il n’y a pas d’inquiétude à avoir. La situation est stable, jusqu’ici rien n’a bougé ».

 

Interception du Luna S en septembre 2014  (© DOUANE)

Interception du Luna S en septembre 2014  (© DOUANE)

 

L’interception du Luna S a constitué une opération très marquante pour les services français engagés dans le lutte contre le narcotrafic, en particulier l’équipage  du Commandant Birot qui a combattu dans des conditions très difficiles l’incendie ravageant le vieux cargo.

En avril 2014, quelques mois après les faits, nous revenions en détail sur cette opération. Nous vous proposons de redécouvrir ci-dessous cet article :

 

Retour sur l’interception du Luna S

(Mer et Marine, 07/04/14)

Parfaite illustration de la lutte contre le narcotrafic maritime, mais aussi de nouveaux modes opératoires employés par les trafiquants, l’interception du Luna S s’est soldée en septembre dernier par la plus importante saisie de cannabis réalisée jusqu’ici, en mer, par les autorités françaises. En exclusivité, nous revenons aujourd’hui sur le déroulement de cette opération unique en son genre, grâce au témoignage des militaires qui y ont participé.

Un vieux cargo tanzanien

Le suspect est un vieux cargo, le Luna S, immatriculé en Tanzanie. Construit en Allemagne en 1974 sous le nom de Lindaunis, le navire de 82 mètres de long et 1500 tonnes de port en lourd collectionne, ces dernières années, les pavillons de complaisance, dont certains parmi les moins réputés, comme ceux de la Corée du Nord et du Belize. Depuis 2011, le Luna S est immatriculé au Zanzibar, le pavillon bis tanzanien. Appartenant à des intérêts syriens, via une société offshore basée aux îles Marshall, le cargo est exploité en Méditerranée et en mer Noire, fréquentant des ports en Roumanie, en Albanie, en Turquie, en Egypte, à Chypre, en Croatie ou encore au Liban. Depuis peu, il navigue aussi la Méditerranée occidentale. Le 20 août, il arrive au large de Beyrouth, en provenance apparemment directement du port tunisien de Sousse. Puis après son escale au Liban, il retraverse la Méditerranée d’Est en Ouest.

Suspecté de livrer de la drogue le long des côtes méditerranéennes

Sur la base de la collecte de différents renseignements, les services spécialisés français, au premier rang desquels la Douane, viennent à s’intéresser au Luna S, qui fait figure de candidat idéal pour un éventuel trafic. Le navire est, en fait, suspecté de servir au transport d’une importante cargaison de cannabis produite au Maroc. Habituellement, ce type de drogue rejoint surtout l’Europe au moyen d’embarcations rapides, des go fast qui profitent de la nuit pour partir des côtes du Maghreb et traverser rapidement la Méditerranée. Les trafiquants débarquent les stupéfiants sur la côte espagnole, où la marchandise est stockée puis diffusée par voie routière, essentiellement via des voitures puissantes, également appelées go fast, ou par camions.

 

Go fast en Méditerranée  (© MARINE NATIONALE)

Go fast en Méditerranée  (© MARINE NATIONALE)

Go fast intercepté par les commandos marine  (© MARINE NATIONALE)

Go fast intercepté par les commandos marine  (© MARINE NATIONALE)

 

On soupçonne néanmoins, dans les administrations concernées par la lutte contre le narcotrafic, l’utilisation parallèle de gros bateaux comme « livreurs itinérants ». Au cours d’un banal transit entre deux ports, ces navires de commerce réaliseraient, discrètement, des arrêts rapides dans des endroits peu fréquentés, près des côtes, où la drogue serait transbordée sur de petites embarcations pour être amenée à terre.

Les différents éléments recueillis

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