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Toulon : Le quai croisière de 400 mètres abandonné

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A la surprise générale, Hubert Falco, maire de Toulon et président de l’agglomération Toulon Provence Méditerranée, a annoncé lundi sa décision de mettre fin au projet de construction d’un grand quai destiné à l’accueil de paquebots géants au cœur de la capitale varoise. L’ouvrage, long de 417 mètres pour une largeur de 24 mètres, devait être opérationnel au printemps 2020. En lieu et place, l’élu a évoqué un projet alternatif, qui verrait cette fois l’aménagement d’un nouveau pôle croisière sur le site du Mourillon, que Naval Group (ex-DCNS) a quitté fin 2015 pour des locaux neufs à Ollioules.

 

Le projet de quai de 400 mètres (© TPP)

 

Hubert Falco avait pourtant lui-même soutenu le projet du quai de 400 mètres, qu'il avait de nouveau mis en avant en octobre, lors de la convention Med Cruise qui se tenait à Toulon avec tous les professionnels méditerranéens du secteur de la croisière. L’annonce faite lundi est est donc des plus étonnantes, d’autant qu'elle est survenue le jour même du lancement de la phase de concertation, pour laquelle une première réunion publique d’information était programmée le 7 décembre.

Finalement, tout le projet, sur lequel ont travaillé de nombreuses personnes pendant 5 ans et qui a coûté plusieurs millions d’euros en études, tombe donc à l’eau. Cela, sans réelle explication quant aux motivations d’une telle décision. La baisse de l'activité croisière enregistrée actuellement dans la rade varoise après des années d’euphorie a-t-elle tempéré l’enthousiasme de certains élus locaux ? L'action renforcée des associations luttant contre les émissions des cheminées de navires en centre-ville a-t-elle payé ? Peut-être, mais peut-être aussi, c’est une chose courante avec les projets majeurs d’aménagements urbains, faut-il chercher du côté du calendrier politique. Grands travaux et élections font en effet rarement bon ménage et les prochaines municipales sont précisément en 2020. On peut dès lors imaginer que l’équipe en place n’a pas souhaité prendre le risque de voir le chantier du quai polluer la campagne, surtout que ce projet n’était selon les sondages soutenu que par la moitié de la population. Il faisait en outre  l’objet d’une opposition croissante et d'une inquiétude des riverains, aux questions et interrogations desquels la phase de concertation devait précisément servir à apporter des réponses et éclaircissements.  

Pour mémoire, l’idée avait été initiée il y a cinq ans afin de développer l’activité croisière dans la rade varoise, en tenant compte de l’intérêt pour les passagers de pouvoir débarquer directement en centre-ville. Il s'agissait également de rester dans la course à l'accueil des grands paquebots, de plus en plus gros. Bien que réaménagé et approfondi, l’ex-môle d’armement des anciens chantiers de La Seyne-sur-Mer, où vont les unités les plus passives, atteint en effet ses limites. Il ne peut ainsi recevoir des navires de plus de 330/340 mètres, avec une profondeur d’eau limitée à 10 mètres, tout dragage supplémentaire risquant de produire un phénomène de déchaussement du quai.

A l’issue d’un appel à projets pour la conception et la création d'une nouvelle infrastructure portuaire à Toulon, cinq candidats avaient été sélectionnés, un groupement emmené par EMCC (groupe Vinci) étant retenu en décembre 2016 avec un marché pour la conception du quai et un autre, optionnel, pour sa réalisation. Le plan de financement, avec un investissement de 36 millions d’euros, avait été bouclé au début de cette année. Ne restait plus que la phase de concertation publique avant le lancement des travaux.

Le quai devait être créé entre le port de plaisance de la darse nord du Mourillon et l’actuelle gare maritime de Toulon, avec un allongement du quai Fournel à une longueur de 370 mètres. L’espace entre celui-ci et le nouveau quai aurait été de près de 200 mètres, autorisant l’accostage des plus gros paquebots en service ou en construction. Fonctionnant en parallèle du terminal ferries, qui aurait gagné un poste dans l’opération, le pôle croisière aurait compté deux postes d’amarrage et une station d’avitaillement, le côté du nouveau quai situé vers le Mourillon accueillant les bateaux des différents services portuaires, comme le remorquage, le pilotage, le lamanage... Côté port de plaisance, en plus d’une meilleure protection offerte par le nouvel ouvrage, des postes pour yachts auraient été créés. Le port avait également en projet d'électrifier le nouveau quai afin que les navires puissent s'y brancher lors des escales et, de cette manière, éviter la pollution. 

 

Le projet de quai de 400 mètres (© TPP)

 

En lieu et place, Hubert Falco propose donc maintenant une réhabilitation d’un ancien terrain occupé par Naval Group, avec la possibilité d’aménager un nouveau terminal. Il ne serait néanmoins, selon certaines sources, pas possible de créer un quai tel que celui imaginé auparavant, la solution d’un amarrage des très grands paquebots via des ducs d’albe restant cependant à étudier. Mais ce plan B de dernière minute devra à son tour faire l’objet d’études avant d’être confirmé, renvoyant très probablement son éventuelle réalisation à la prochaine mandature. Certains acteurs locaux se montrent très sceptiques quant à cette nouvelle option, redoutant un « écran de fumée » pour masquer l’abandon du quai de 400 mètres et surtout, à terme, « un enterrement de première classe pour la croisière à Toulon », faute d’infrastructure adaptée.

Cette volte-face risque en tous cas d’être mal comprise des grands opérateurs auprès desquels les autorités toulonnaises n’ont pas ménagé leur peine, ces dernières années, pour vendre le projet du quai de 400 mètres. Avec l’espoir de capter les nombreux paquebots géants qui seront mis en service au cours de la décennie qui vient en Méditerranée. En attendant, la rade varoise, qui avait plus que doublé son trafic entre 2008 et 2016, voit le nombre d’escales chuter cette année, avec 97 programmées (plus de 150 en 2016). Et 2018 s’annonce encore plus difficile puisqu’à cette heure, seules 69 navires sont prévus.

 

Ports de Toulon et La Seyne-sur-Mer