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Toulon : Naval Group prépare l’ultime IPER des sous-marins de la classe Rubis
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Toulon : Naval Group prépare l’ultime IPER des sous-marins de la classe Rubis

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Le site Naval Group de Toulon va bientôt débuter l’ultime arrêt technique majeur d’un sous-marin nucléaire d’attaque du type Rubis. Après l’Améthyste en 2016/2017, cette indisponibilité périodique pour entretien et réparations (IPER), comme on l’appelle dans le jargon, va concerner la Perle, le sixième et plus récent des SNA de première génération de la Marine nationale. Le bâtiment devrait entrer au bassin dans la zone Missiessy en fin d’année pour environ 18 mois de travaux. Ceux-ci porteront sur la visite de l’ensemble de ses équipements, un dernier rechargement de son cœur nucléaire et différentes modernisations de systèmes qui lui permettront de rester en service jusqu’à la fin de la prochaine décennie.

 

La Perle (©: FRANCIS JACQUOT)

La Perle (©: FRANCIS JACQUOT)

 

Le successeur attendu en 2029

Construite par Naval Group à Cherbourg et mise en service en juillet 1993, la Perle sera remplacée par le dernier des six nouveaux SNA du type Barracuda, le futur Casabianca, dont la mise en service est prévue en 2029. Mise à l’eau cet été, la tête de série de ce programme, le Suffren, doit commencer ses essais en mer au premier semestre 2020 et rejoindre l'été prochain Toulon, où d’importants travaux d’infrastructures ont été conduits afin d’assurer le soutien de ces nouveaux sous-marins. La Marine nationale espère prononcer l’admission au service actif du Suffren en 2021. Ses trois premiers sisterships (Duguay-Trouin, Tourville, De Grasse), en cours de construction à Cherbourg, doivent être livrés d’ici la fin 2025. Quant au cinquième, qui prendra le nom de Rubis, son arrivée dans la flotte française est programmée en 2027.

 

Le Suffren lors de sa mise à l'eau cet été (©: DGA)

Le Suffren lors de sa mise à l'eau cet été (©: DGA)

 

Plus grands, plus silencieux, plus performants, capables de plonger plus profondément, emportant plus d’armes et offrant de nouvelles capacités en matière de projection de forces spéciales et de frappe en profondeur avec l’emport du missile de croisière naval (MdCN), les Barracuda, bateaux de 99 mètres pour un diamètre de 8.8 mètres et un déplacement en plongée d’au moins 5200 tonnes, succèderont nombre pour nombre aux Rubis (voir notre article détaillé sur le programme Barracuda).  

Jusqu’à 37 ans de service au lieu de 25 pour le Rubis

Ces SNA de 73.6 mètres de long pour 7.6 mètres de diamètre et environ 2670 tonnes de déplacement en plongée ont déjà commencé à tirer leur révérence. Second de la série, le Saphir, qui était opérationnel depuis 1984, a rejoint en juillet dernier Cherbourg pour y être désarmé et conditionné en vue du démantèlement de sa tranche réacteur. Il sera suivi par le Rubis (1983), attendu en décembre 2020 à la pointe du Cotentin après avoir été prolongé près de quatre ans grâce à un ultime arrêt technique pour compenser le retard pris par le programme Barracuda. Avant que la Perle prenne sa retraite, ce sera le cas des Casabianca (1987), Emeraude (1988) et Améthyste (1992), au fil de l’entrée en service de leurs successeurs. On rappellera que ces sous-marins avaient été initialement conçus pour une durée de vie de 25 ans. Heureusement, ils sont très robustes et le Rubis, admis au service actif en février 1983, poussera finalement sa carrière jusqu’à plus de 37 ans.

 

SNA du type Rubis en IPER il y a quelques années (© : JEAN-LOUIS VENNE)

SNA du type Rubis en IPER il y a quelques années (© : JEAN-LOUIS VENNE)

 

Gérer l’absence d’IPER à Toulon pendant une longue période

En termes de maintenance, on notera que la transition entre les deux générations de SNA français va constituer un vrai défi pour Naval Group, en particulier au niveau des IPER. Car il va s’écouler une importante période entre la fin du dernier arrêt technique majeur de la Perle et le début du premier chantier de ce type pour le Suffren, doté d’un nouveau cœur nucléaire de la famille K15 ne nécessitant un rechargement qu’une fois tous les dix ans, contre sept à huit ans pour le K48 équipant les Rubis. Quant au porte-avions Charles de Gaulle, lui aussi basé et entretenu à Toulon, où tous les SNA sont stationnés, il est sorti de son dernier ATM en 2018, le prochain n’étant prévu qu’en 2027/28. Sachant que le cœur du Suffren a été chargé cet automne et ne sera réellement sollicité qu’à partir de ses essais en mer, le nouveau sous-marin français ne devrait donc logiquement pas passer en IPER avant 2030. Cela signifie qu’il devrait s’écouler plus de six ans entre deux rechargements de cœurs et opérations de grande maintenance nucléaire à Toulon, et plus de huit ans entre deux arrêts techniques majeurs de sous-marins dans la base navale varoise. Les compétences, qu’il faudra préserver entretemps, pourront heureusement être maintenues par Naval Group depuis Brest grâce aux IPER des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) du type Le Triomphant basés à l’Ile Longue. Et les équipes toulonnaises continueront bien sûr de travailler sur les arrêts techniques réguliers des SNA. 

Cela en dit toutefois long sur la complexité de maintenir un savoir-faire des plus techniques et stratégiques avec un parc de réacteurs navals aussi réduit. Ce qui est d’ailleurs l’un des principaux arguments de la filière nucléaire et semble-t-il de Naval Group pour pousser le choix d’une propulsion nucléaire sur le ou les futurs porte-avions français (voir notre article détaillé sur la succession du Charles de Gaulle).

 

Marine nationale Naval Group (ex-DCNS)