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Toulon sous les bombes ?

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Toulon sous les bombes ?

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D'énormes gerbes d'eau et d'impressionnants panaches de fumée... Vue des hauteurs de Toulon, on pourrait se demander, depuis huit jours, si la flotte n'est pas attaquée. Ce « remue ménage » est, en fait, consécutif aux essais de catapultes du Charles de Gaulle. Des essais qui, si l'on peut dire, sont loin de passer inaperçus. Afin de tester les deux catapultes à vapeur du bâtiment - équipements ayant fait l'objet d'une lourde opération de maintenance pendant l'arrêt technique du porte-avions, des essais « grandeur nature » sont nécessaires. En lieu et place des avions, différentes maquettes sont, ainsi, catapultées depuis le pont du navire. Les essais ont débuté le 29 septembre avec une première « pontée » de trois maquettes, dont la première, après avoir ricoché sur l'eau, a fait un vol plané dans la rade (un périmètre de sécurité avait bien entendu été mis en place). Depuis, les essais de calibrage des catapultes se poursuivent chaque jour, à la cadence d'environ un tir toutes les 30 minutes. Aussitôt catapultée, chaque maquette est récupérée par un remorqueur, hissée par la grue du quai à bord du Charles de Gaulle, puis remise en batterie pour un autre tir. Quant aux panaches de fumées observés sur le pont du porte-avions, il s'agit tout simplement de la vapeur relâchée par les catapultes.
Longues de 75 mètres, les deux catapultes du Charles de Gaulle sont du modèle américain C 13-3. L'une est installée sur la piste oblique et l'autre à bâbord de la piste axiale. Catapultant les avions par le train avant (Rafale, Hawkeye) ou via une élingue (Super Etendard), elles permettent à des appareils de plus de 15 tonnes d'atteindre une vitesse de sortie de 150 à 160 noeuds, soit près de 300 km/h (voir explications après les photos suivantes).

Le pont du CDG envahi par un panache de vapeur (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le pont du CDG envahi par un panache de vapeur (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le pont du CDG envahi par un panache de vapeur (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le pont du CDG envahi par un panache de vapeur (© : JEAN-LOUIS VENNE)

(© : JEAN-LOUIS VENNE)
(© : JEAN-LOUIS VENNE)

(© : JEAN-LOUIS VENNE)
(© : JEAN-LOUIS VENNE)

(© : JEAN-LOUIS VENNE)
(© : JEAN-LOUIS VENNE)

(© : JEAN-LOUIS VENNE)
(© : JEAN-LOUIS VENNE)

 (© : JEAN-LOUIS VENNE)
(© : JEAN-LOUIS VENNE)

 (© : JEAN-LOUIS VENNE)
(© : JEAN-LOUIS VENNE)

 (© : JEAN-LOUIS VENNE)
(© : JEAN-LOUIS VENNE)

Une machinerie impressionnante

Pour faire fonctionner ces engins, un impressionnant dispositif est nécessaire. Sous le pont d'envol, un PC gère le fonctionnement des catapultes, en relation avec les deux cabines de catapultage (qui déclenche le départ) et l'équipe de pont.

Cabine de catapultage(© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Cabine de catapultage(© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Dans la cabine (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Dans la cabine (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Les catapultes fonctionne avec de la vapeur sous pression (30 bars), stockée dans un réservoir de 54 m3 alimenté par la machine. Au moment du catapultage, une vanne s'ouvre et alimente deux lignes de cylindres qui vont transmettre la force à un chariot roulant. Propulsé à 250 km/h, le piston, équipé d'une tige conique, le « bélier », est freiné en bout de course par une bulle d'eau. A l'issue de la manoeuvre, la catapulte est « remise en batterie ». Une vanne d'échappement est ouverte, le chariot, commandé hydrauliquement, revient à sa position initiale pour être réarmé. A chaque catapultage, 1 tonne de vapeur est nécessaire, la consommation quotidienne atteignant 300 tonnes d'eau. Pour encaisser cet effort brutal et puissant, les Rafale et Hawkeye sont dotés de trains renforcés. Le Super Etendard, en revanche, nécessite une élingue, câble d'acier qui propulse l'appareil par les ailes et tombe à l'eau au décollage. Matériels très complexes, les catapultes demande beaucoup d'entretien et nécessitent une visite technique tous les 200 à 300 catapultages.

Machinerie d'une catapulte(© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Machinerie d'une catapulte(© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Rafale au catapultage (© : Marine Nationale - Lionel Ardouin)
Rafale au catapultage (© : Marine Nationale - Lionel Ardouin)

Un club franco-américain

Les Etats-Unis et la France sont les deux seuls pays dans le monde à mettre en oeuvre cette technologie, qui permet d'améliorer significativement la capacité des appareils embarqués. L'emploi de porte-avions dotés de catapultes et de brins d'arrêt permet en outre à l'US Navy et à la Marine nationale de rendre leurs bâtiments « interopérables ». Des appareils du type Hawkeye et Greyhound de la Navy ont, ainsi, apponté plusieurs fois sur le Charles de Gaulle, de même qu'un F/A 18 Hornet en 2006. A l'inverse, Rafale et Hawkeye français se sont posés et ont été catapultés depuis les porte-avions Enterprise, Harry S. Truman et Theodore Roosevelt. S'il n'est pas question de baser des appareils étrangers sur les bâtiments de l'une ou l'autre marine, cette capacité renforce manifestement les liens entre les deux marines et peut permettre aux appareils, en cas de problème, de se servir d'une autre plateforme comme « terrain » de déroutement.

Hawkeye au catapultage (© MER ET MARINE - ERIC HOURI)
Hawkeye au catapultage (© MER ET MARINE - ERIC HOURI)

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