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Toulon : U.N. Ro-Ro augmente sa capacité avec un roulier jumboisé

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Marine Marchande

L’UN Akdeniz est arrivé hier matin en rade de Toulon et a rejoint le port de Brégaillon, à La Seyne-sur-Mer, afin d’y décharger les remorques qu’il transportait depuis la Turquie. C’est la première fois que le navire, mis en service en 2008, réalise cette rotation après sa jumboisation, qui s’est achevée fin mars et fait de l’UN Akdeniz le plus grand roulier de l’armement turc U.N. RO-RO.

 

L'UN Akdeniz hier à Brégaillon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Partie du garage nouvelle sur l'UN Akdeniz (© : MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

Capacité augmentée de 30%

Le chantier a porté sur la découpe de la coque devant la passerelle, afin d’ajouter une nouvelle section longue de 30 mètres. Les travaux, réalisés par le chantier Gemak de Tuzla, ont duré quatre mois, dont 45 jours pour l’installation et la soudure de l’élément ajouté. Au final, l’UN Akdeniz a vu sa longueur portée de 193 à 223 mètres, pour une largeur qui est toujours de 26 mètres. Cet allongement a permis d’augmenter la capacité de 30%, soit 313 remorques au lieu de 240 (le port en lourd est passé de 29.000 à 32.500 tonnes). On notera que cette jumboisation n’a pas entrainé de modification sur la partie énergie/propulsion.

 

 

 

Les mêmes travaux sont réalisés sur le roulier UN Cuneyt Solakoglu, unité du même type qui date de 2009 et reprendra d’ici l’été du service dans sa nouvelle configuration.

60.000 remorques transportées en 2016

Cela fait 6 ans qu’U.N. RO-RO exploite une autoroute maritime entre Toulon-Brégaillon et Pendik, près d’Istanbul. Depuis son lancement, la ligne voit régulièrement son trafic augmenter. De 36.000 remorques pour 540.000 tonnes de marchandises en 2011, il est passé à près de 55.000 remorques et 700.000 tonnes en 2015 et plus de 60.000 unités en 2016 (860.000 tonnes), une augmentation de 10% étant constatée depuis le début de l’année. U.N. RO-RO assure toujours trois rotations par semaine, avec un temps de transit entre la Turquie et la France de 70 heures à 20 nœuds. Pour répondre à l’augmentation de la demande, l’armateur exploite désormais des navires de 240 remorques pour les escales toulonnaises du mardi et du jeudi (un 200 remorques était auparavant opéré le mardi) et avec l’UN Akdeniz une unité de 313 pièces de fret, contre 280 précédemment, pour la desserte dominicale qui est la plus importante de la semaine. « Toulon est le seul port où l’on peut dédouaner le dimanche, ce qui permet une livraison dès le lundi matin et constitue un vrai avantage pour les logisticiens », explique-t-on chez Worms Toulon, agent d’U.N. RO-RO.

Des marchandises très diversifiées

Les navires transportent uniquement des remorques non accompagnées, les chauffeurs les prenant en charge jusqu’à l’embarquement et après le débarquement. Le trafic est quant à lui très diversifié. La liaison maritime Toulon-Pendik est en effet employée par l’industrie automobile (Renault, Citroën, Manitou, Toyota, Mercédès, Man, Michelin, Valeo, Faurecia, Pirelli, Mister Auto), l’industrie aéronautique (Airbus, Michelin Aircraft, Sabena Technique), l’alimentaire (Carrefour, Nestlé, Danone, Coca Cola), le textile (Damart, Mango, Zara, Primark Fibertex), les sociétés d’électroménager, de bricolage et d’électricité (Beko, Rosières, Arthur Martin, Castorama, Mr Bricolage, Bricomarché, Schneider, SIAMP, GKN Driveline), le secteur du tourisme (Aqualand, Edsun Loisirs) ou encore les expéditions d’autres grands groupes industriels tels Veolia, Engie, Isover Saint-Gobain.

 

(© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

L’export supérieur à l’import

Il est d’ailleurs intéressant de noter que la ligne est assez équilibrée dans les deux sens, avec même une part plus importante des marchandises exportées vers la Turquie (55%). Dans le sens inverse, Toulon sert de point d’entrée communautaire, ce qui permet d’ailleurs à la France de collecter entre 10 et 15 millions d’euros de TVA par an. Depuis le port varois, les marchandises rayonnent vers l’Hexagone mais aussi le Royaume-Uni, les Pays-Bas et jusqu’en Suède au nord, ainsi que vers l’Espagne, le Portugal et le Maroc au sud. « Le réseau logistique est très dense à partir de Toulon et nous souhaitons encore le développer, notamment grâce au rail ».

Développer la desserte ferroviaire

U.N. RO-RO pousse très fortement en ce sens afin de faciliter le transfert des marchandises vers le nord de l’Europe notamment. Gestionnaire du port de Toulon, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var travaille sur le sujet et souhaite remettre en état le faisceau reliant les quais de Brégaillon au réseau ferré national via Toulon. Dans cette perspective, des discussions ont débuté l’an dernier avec VIIA, filiale de la SNCF, pour reconditionner les voies et mettre en place une plateforme conçue pour l’embarquement et le débarquement rapide des remorques, à l’image de ce qui sera fait à Calais pour la future desserte ferroviaire directe avec l’Espagne.

Pour U.N. RO-RO, dont les clients « s’impatientent »,  il y a urgence car de la disponibilité du réseau ferré dépend aussi la compétitivité de Toulon dans les acheminements entre la Turquie et l’ouest de l’Europe. Pour l’Est européen, l’armateur turc s’appuie sur son expérience historique des lignes vers Trieste, port de l’Adriatique où il fait transiter 270.000 pièces de fret chaque année. « 30% de ce flux arrive et repart par le rail et U.N. RO-RO, qui exploite 9 navires sur Trieste, a entrepris de moderniser le terminal multimodal de Trieste afin de faire passer cette part à 50% ».

 

(© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Produits alimentaires

Au-delà de la question du fer, l’armateur turc souhaiterait disposer à Toulon d’un service de contrôle phytosanitaire. L’alimentaire transporté aujourd’hui par la ligne est en effet exclusivement constitué de produits secs, comme des pistaches ou encore les noisettes utilisée par l’usine de chocolat Nestlé située près d’Agen. L’objectif est, désormais, de pouvoir développer le trafic de produits frais.

300 emplois

Il y a donc de très belles perspectives de croissance pour un service qui a déjà permis, depuis sa création en avril 2010 (à l’époque par UND Deniz puis à partir de janvier 2011 par U ;N. RO-RO qui s’était initialement implanté à Marseille), de transporter plus de 300.000 remorques et engins roulants entre les deux pays. Cette activité, qui génère environ 300 emplois à Toulon, va mécaniquement continuer d’augmenter avec la décision de l’armateur d’accroître la capacité de la ligne. Une quatrième rotation hebdomadaire est par ailleurs toujours envisagée, alors qu’U.N. RO.RO va étoffer sa flotte, actuellement forte de 12 rouliers, avec quatre unités rachetées à la compagnie turque Ulusoy. Cela devrait notamment lui permettre d’offrir de nouveaux départs vers et depuis l’Europe de l’ouest à partir d’Izmir, qui présente l’avantage de se situer en dehors des Dardanelles et d’être plus proche.

 

Ports de Toulon et La Seyne-sur-Mer