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Toulon : U.N. Ro-Ro pousse au développement d’une desserte ferroviaire

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Toulon : U.N. Ro-Ro pousse au développement d’une desserte ferroviaire

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Exploitant depuis six ans une ligne roulière entre la Turquie et Toulon, par laquelle 230.000 remorques ont transité entre 2011 et 2015, l’armement turc U.N. Ro-Ro soutient activement le développement d’une desserte ferroviaire du port Brégaillon, à La Seyne-sur-Mer, où ses navires font escale trois fois par semaine. « Ce port est très important pour les entreprises effectuant des exportations vers l’Europe de l’ouest et des importations de ces pays vers la Turquie. Nos travaux continuent pour un lien ferroviaire car avec l’intermodal, nous obtiendrons de gros avantages pour les acheminements vers la France et la Grande-Bretagne », souligne le président d’U.N. Ro-Ro. Sedat Gümüsoglu était présent dimanche à Toulon pour célébrer le sixième anniversaire de l’ouverture de la ligne reliant en seulement trois jours le port varois et Pendik, près d’Istanbul. A cette occasion, il a fait savoir que son groupe était prêt à investir dans le développement d’une liaison ferroviaire à Brégaillon, où son activité génère quelques 300 emplois.

 

Armateur, autorité et professionnels portuaires rassemblés dimanche (© MER ET MARINE - JL VENNE)

Armateur, autorité et professionnels portuaires rassemblés dimanche (© MER ET MARINE - JL VENNE)

 

Etudes en cours avec VIIA pour aller de Brégaillon à Calais

En fait, il existe déjà des rails menant au terminal roulier. Mais cette ligne historique, qui n’est plus active depuis des années, doit être complètement modernisée. Alors que la création de nouveaux postes est à l’étude, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var, qui gère les ports de la rade et prévoit d’ici 2018 quelques 8 millions d’euros d’investissement à Brégaillon, porte le projet de remise en état du faisceau reliant les quais au réseau ferré national via Toulon. Dans cette perspective, des discussions sont en cours avec VIIA, filiale de la SNCF, pour reconditionner les voies et mettre en place une plateforme conçue pour l’embarquement et le débarquement rapide des remorques, à l’image de ce qui sera fait à Calais pour la future desserte ferroviaire directe avec l’Espagne. Une délégation de la CCIV doit d’ailleurs se rendre dans le Pas-de-Calais cet été pour voir ce qui y est mis en place et enrichir la réflexion pour le projet de Brégaillon.

L’objectif est de permettre aux marchandises acheminées depuis la Turquie par les navires d’U.N. Ro-Ro de passer par le train pour rejoindre la région parisienne et ensuite Calais, de manière à toucher le marché britannique via les ferries exploités dans le Détroit ou encore le tunnel sous la Manche. Une telle liaison permettrait de développer significativement le trafic, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre liées à la circulation des camions et, au passage, limiter les problèmes de transit des poids lourds autour de la rade varoise, où le réseau routier est souvent saturé.  

 

Camions à l'embarquement (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Camions à l'embarquement (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Vers un renforcement des capacités affectées à la ligne

En attendant que ce projet puisse voir le jour, U.N. Ro-Ro enregistre toujours une belle croissance de son trafic entre la Turquie et Toulon. De 36.000 remorques en 2011 (pour 107 escales et 540.000 tonnes de fret), il est passé à près de 55.000 l’an dernier (145 escales, 700.000 tonnes). Et 2016 s’annonce sous de bons auspices puisqu’en mai, on comptabilisait déjà 65 escales pour 25.000 pièces de fret (360.000 tonnes). Des résultats très positifs qui pourraient inciter l’armateur à ajouter une quatrième rotation hebdomadaire à partir de 2017, sachant qu’il est déjà passé de deux à trois allers-retours par semaine en 2015. D’autre part, U.N. Ro-Ro, dont les 12 navires en flotte peuvent transporter de 200 à 280 camions, a annoncé la jumboisation de ses plus petits rouliers pour porter leur capacité à 300 remorques. Les deux premiers devraient être modifiés d’ici 2017.

 

Le roulier UN Istanbul (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le roulier UN Istanbul (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Tremplin vers l’Afrique du nord

En dehors de la France et de l’Espagne, qu’U.N. Ro-Ro touche depuis Toulon, le groupe turc souhaite aussi se développer en Afrique du nord, via notamment les lignes maritimes assurant la liaison avec le port varois. « La Tunisie, le Maroc et l’Algérie sont devenus des marchés cibles tout en ouvrant des portes très importantes pour nos exportateurs. Les 85 millions de personnes qui vivant dans ces pays représentent un grand potentiel pour nos exportateurs et nous pouvons être compétitifs grâce à des transits raccourcis par des rotations à Toulon. Les frets qui sont transférés en plus de 20 jours des conteneurs vers l’Afrique du nord sont ainsi délivrés en 7 jours seulement », affirme Sedat Gümüsoglu, qui a annoncé dimanche qu’en plus du trafic traditionnel de remorques non tractées, les rouliers turcs transportaient désormais des conteneurs entre la Turquie et Toulon.

 

(© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

(© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

(© CCIV)

(© CCIV)

 

De nouvelles lignes à l’étude

En plus de la liaison Pendik – Toulon, l’armement turc exploite aussi des lignes entre la Turquie et l’Italie (Pendik, Ambaril et Mersin vers Trieste et Ancône) depuis une vingtaine d’années. La création d’une desserte ferroviaire à Trieste a d’ailleurs permis d’étendre le marché historique, vers l’Italie et l’Europe centrale, pour toucher une zone plus grande vers le nord, 50% du fret débarqué dans le port italien passant aujourd'hui par le train pour poursuivre sa route. Fort de son succès, U.N. Ro-Ro entend donc maintenir ses investissements, en particulier à Toulon, qu’il considère comme sa « base régionale » pour l’Europe de l’ouest, mais aussi vers l’Afrique du nord. Et il étudie en parallèle l'ouverture de nouvelles lignes depuis la Turquie. 

 

Roulier d'U.N. Ro-Ro à Toulon en 2011 (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Roulier d'U.N. Ro-Ro à Toulon en 2011 (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

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