Nautisme
Transat Jacques Vabre : Le plus dur est pour cette nuit

Actualité

Transat Jacques Vabre : Le plus dur est pour cette nuit

Nautisme

On entre probablement dans la nuit la plus dure de cette Transat Jacques Vabre. Au cœur d’un golfe de Gascogne pas vraiment réputé pour sa clémence envers les marins, aucun bateau ne sera épargné par un nouveau passage de front, avec un flux de secteur sud qui va monter de 20 à 45 nœuds vers minuit, dans une mer très grosse, des creux de 6 à 8 mètres. Plus fort encore que la nuit dernière qui a déjà eu raison du trimaran 60’ Brossard d’Yvan Bourgnon et Charles Caudrelier (coque centrale fissurée), contraint à l’abandon alors que Sodebo et Gitana 11 en étaient quittes pour des arrêts techniques express à Cherbourg et Camaret, qui les handicapent respectivement de 100 et 60 milles de retard. Les frères Ravussin en multicoques 60’ et le duo Jourdain-MacArthur chez les monos 60’ mènent toujours la danse. On vient d’apprendre encore qu’Artforms, leader des monocoques 50 pieds se déroute sur Lorient pour effectuer des réparations sur sa grand-voile.

Le bulletin météo est clair : « pour les monocoques le vent va s’établir aujourd’hui au sud-sud-ouest, se renforcera d’abord de 25 à 35 nœuds, puis de 35 à 45 nœuds (85 km/h) en fin de journée. La mer deviendra forte avec une houle de sud-ouest de 6 à 8 m. Pour les multicoques, le vent s’établira un peu moins vite mais soufflera également de 35 à 45 nœuds dans la nuit de lundi à mardi ». Les marins appellent ça le (ou la) « baston ». Disent « ça va être la guerre ». Développent volontiers un champ sémantique martial. Ils parlent de veillée d’armes pour évoquer le court répit d’aujourd’hui lundi, entre deux coups de vent. Car la première salve météorologique de la nuit dernière a déjà fait des dégâts en provoquant l’abandon du trimaran Brossard d’Yvan Bourgnon et Charles Caudrelier - coque centrale fissurée – ainsi que les arrêts express de Sodebo (à Cherbourg) et de Gitana 11 (à Camaret). La baston de ce soir sera encore plus violente. Ce que ça fait à bord d’un trimaran 60 pieds ? Hugues Destremau, co-skipper du Géant de Michel Desjoyeaux tente de décrire : « sur un multi 60’ dans la baston comme celle que nous allons avoir ce soir, tout tremble. Les embruns sont très forts et cinglent le visage en permanence, il y a beaucoup de bruit. Le barreur fait ce qu’il peut pour tenter de garder le bateau à l’endroit pendant que l’autre essaie de stabiliser en jouant sur les écoutes. A l’intérieur, je n’ose même pas le raconter. Ce n’est vraiment pas drôle et ça devrait durer 24 heures.»

Les frères Ravussin en tête des multis

Après l’abandon de Brossard la nuit dernière et les « arrêts au stand » de Sodebo et Gitana 11, la problématique du jour, pour tous, est de savoir courber l’échine, lever le pied, économiser les machines et les hommes sans pour autant perdre la tête. Il s’agit d’être prêts pour cette nuit de furie… en attendant la bascule au nord-ouest derrière le front, sans doute demain mardi. Celle-ci devrait être très rapide et envoyer du nord-ouest fort (jusqu’à 40 nœuds) directement derrière le front. Avantage : on passera au portant. Inconvénient : la vitesse de la transition pourrait fort bien lever une mer méchante, par exemple aux abords du cap Finisterre. On en n’est pas là. Pendant la baston, la course continue et elle est dominée pour l’instant par les frères suisses d’Orange Project, Stève et Yvan Ravussin, alors que Géant, Groupama 2 et Foncia se disputent la deuxième place dans un mouchoir de poche de moins d’un mille en terme de distance au but. A bord de Banque Populaire, le duo Bidégorry-Lemonchois tente une option nord assez osée, le passage du front semblant plus profitable dans son sud, en théorie. Côté 50 pieds, Crêpes Whaou ! de Franck-Yves et Kévin Escoffier survole sa catégorie, avec déjà 30 milles d’avance sur Acanthe Ingénierie.

Monocoques : bagarre à quatre chez les 60 pieds

et escale technique du leader des 50’ Dans le golfe de Gascogne, la bagarre à quatre se poursuit entre les quatre costauds du moment, dans l’ordre Sill et Veolia, Ecover, Virbac-Paprec et Bonduelle. C’est relativement serré entre ces quatre bateaux de dernière génération (le trio de tête tient en 10 milles), avec pour constante le fait que Roland Jourdain et Ellen MacArthur ne lâchent pas le leadership que leur disputent depuis le départ Mike Golding et Dominique Wavre. Roland et Ellen maintiennent un léger avantage de l’ordre de 5 milles sur leur premier poursuivant et de 9 milles sur Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron. Pas d’avarie majeure à signaler dans cette classe, ce qui n’est pas le cas chez les 50 pieds : on vient d’apprendre qu’Artforms (Kip Stone et Merfin Owen), jusqu’ici leader, se déroutait sur Lorient, distant de 150 milles, pour effectuer des réparation sur sa grand-voile. Le Défi Vendéen de Jean-François Durand et Karen Leibovici, lui, est toujours en escale technique à Brest. Pour les 19 monocoques, la nuit sera longue aussi, surtout que les premiers ne seront plus qu’à 100 milles du cap Finisterre en milieu de nuit…

Pour tous, les 24 heures qui s’annoncent seront difficiles. Demain mardi, au passage du front, on pourrait enregistrer des rafales à 50 nœuds (plus de 90 km/h) et surtout l’association de la houle de sud-ouest et de la mer de nord-ouest donneront des vagues difficiles à négocier. « On mange notre pain noir », résume bien Armel Le Cléac’h (Foncia). Le pain blanc est pour mercredi, avec en théorie du nord-ouest portant bien établi de 20 à 30 nœuds pour tout le monde qui permettra d’accélérer très fortement et d’engranger enfin des milles sur la route.

Bruno Ménard

Retrouvez la Transat Jacques Vabre en direct sur le site officiel de la course: www.jacques-vabre.com et sur le site de France Bleu

Transat Jacques Vabre