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Transat Jacques Vabre : Toute la flotte a quitté le Havre

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Transat Jacques Vabre : Toute la flotte a quitté le Havre

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Vingt trois heures après les monocoques, qui se sont élançés samedi du Havre, les multicoques ont été lâchés ce dimanche après-midi dans la pétole. En ce tout début de Transat Jacques Vabre, les routes des monocoques en 60 et 40 pieds se sont dessinées à l'approche de la pointe Bretagne.
D'abord retour sur impressions recueillies au moment du départ des treize multicoques. Commençons par Yann Guichard, co-skipper de Gitana 11, qui n'en pouvait plus d'attendre : «J'suis content de partir on finissait par tourner en rond... Ce qu'on prévoit c'est que le vent ne va pas rentrer avant demain. Donc : une nuit à la manoeuvre et on risque de ne pas dormir beaucoup. Voire pas du tout. Il faudra se positionner devant pour toucher les premiers plus de pression. Il y a aura donc une prime aux premiers quand on va « démancher » car devant ça risque de partir assez vite. » Et la suite immédiate ? « C'est 15 noeuds de portant dans l'Atlantique ». Les multicoques devraient, si les conditions restent celles envisagées par Yann, Guichard, couper le Golfe de Gascogne d'un seul coup de sabre.

Steve Ravussin, coéquipier de Franck Cammas, a résumé les premières 20 heures de course d'une façon très originale. Ecoutons l'oracle vaudois et inclinons-nous. «Comment dire ? Pour être poli : c'est merdique et relativement merdique et assez merdique », racontait Stève hilare et toujours remarquablement disposé quand il s'agit d'expliquer l'insaisissable. Reprenant son sérieux le cadet des Ravussin qui claquait une bise à son père, François, avant de lâcher la presse : « On peut quand même doubler les monocoques dans la nuit de mardi à mercredi car, d'après ce que j'ai vu, ils ont été très ralentis dans la nuit dernière. » Toujours digne d'intérêt la question de l'avitaillement. Cela donne une estimation des temps. Groupama 2? 12 jours « de bouffe», comme dit Stève Ravussin. Et Gitana ? 11 à 12 jours, selon Yann Guichard.
Au classement de 20 heures, Groupama 2, dont on ne dira jamais assez la souplesse du tuyau de gaz dans le petit temps, était pointé au large de Barfleur, en première position devant Banque Populaire et Sopra. Les trois Orma se tenaient à moins de 10 milles.

Pas de surprise du côté des 50 pieds

«C'est un sport mécanique, on n'y peut rien» expliquait Alexis Langevin au moment du départ, «au-delà du talent des marins, les différences de budgets se voient sur l'eau et, à ce jeu là, Crêpes Whaou ! ne joue pas dans la même cour que nous". Dans cette fameuse même cour, ou presque, restent sept bateaux dans une classe qui n'a rien d'homogène. «Nous, dans le petit temps, on va se traîner, Négocéane est lourd ». Avec ce départ dans du très petit temps (3 noeuds), Négocéane a effectivement un peu accusé le coup tandis que Crêpes Whaou, Laiterie de Saint Malo et Avocet se positionnaient en tête. Les 8 bateaux portaient tous grand voile haute et gennaker.

Une demi heure après le coup de canon, le vent est un peu rentré jusqu'à 7 à 8 noeuds et Crêpes Whaou avait déjà pris un avantage significatif sur le reste de la flotte des 50 pieds. Dans son sillage, Laiterie de Saint Malo, un bateau certes ancien et lourd mais portant beaucoup de toile, Avocet, le tout nouveau catamaran perce-vague et Croisières A. Caseneuve lui emboîtant le pas.
Au classement de 20 heures, Franck Yves Escoffier et Karine Fauconnier menaient toujours la danse, distançant de 8 milles Anne Caseneuve et d'une douzaine de milles Jean François Lilti et Xavier Gosselin (La localisation de Victorien Erussard et Fred Dahirel, positionnés 0,2 milles à 16 heures, n'était pas disponible au pointage de la soirée).

La route Nord de Brit'Air pourrait s'avérer payante

Il est d'évidence trop tôt pour tirer d'indispensables morales du côté des flottes de monocoques après 26-27 heures. Toutefois, si l'on regarde les routes des premiers, on voit nettement des portraits se dessiner. Un groupe qui faisait clairement cap à l'Ouest sur le coup de midi et qui plongeait en soirée vers Ouessant. Groupe que l'on pourra appeler momentanément «les nordistes» dans lequel on retrouvait Artemis, Foncia et Safran, deux « bateaux lourds légers », comme les a définis Jean Le Cam de son oeil d'entomologiste. Comme d'habitude on trouvait Brit'Air de Le Cléach et Troussel, plus Nord que les trois bateaux cités. Le Cléach'-Troussel, c'est un attelage de grands maîtres, en quelque sorte les Karpov-Kasparov de la régate. Ils étaient pointés en troisième position à 16 heures. La position de Mike Golding et Bruno Dubois (Ecover) était intéressante car visiblement Mike et Bruno cherchaient en journée à gagner la route empruntée par Foncia et consorts.

Ensuite on trouvait le groupe dit « de la route directe ». Un quintet plein d'allant et de métier. Qui le composait en journée ? Gitana, Bel, VM Matériaux, Cheminées Poujoulat et d'une certaine manière Generali. Yann Eliès et Sébastien Audigane (Generali) cherchaient en milieu d'après-midi à descendre bâbord amure. Qui l'a suivi ? Jean Le Cam et Gildas Morvan (VM Matériaux) les plus rapides sur l'eau ces dernières 24 heures. Voilà les deux équipages comme jumeaux au classement de 16 heures (14 et 15 ème). La philosophie de ces tenants de « de la route directe » ? Ne pas trop dépenser car il reste de la route et puis tout augmente, n'est-ce pas ? Un mot d'ordre : épargner. Loïck a souvent fait cela et il faut dire que cela lui a souvent souri.
En début de nuit, à l'exception de Cervin EnR et Aviva, qui restaient au nord, les 10 bateaux de tête se regroupaient pour descendre vers Ouessant. A 20 heures, Foncia, Akena Vérandas, Safran Groupe Bel et Brit'Air se tenaient à moins d'un mille.

Et du côté des Class' 40 ?

Des conditions évanescentes qui ont forcé les équipages à effectuer de nombreuses manoeuvres hier, mais aussi à passer du temps à la barre : " Dans ce genre de conditions, le pilote automatique est nettement moins efficace que nous " expliquait Chabagny alors qu'il approchait de Guernesey et retrouvait des conditions jugées plus "acceptables" : " Ca revient doucement. On a maintenant 12-16 noeuds de nord-est, voire est " se satisfaisait Marc Emig ("A. ST Groupe"), en tête de la flotte au premier pointage du jour et à la lutte, cette nuit, avec Vecteur Plus - Groupe Moniteur (Bruno Jourdren, Nicolas Pichelin).
Il semble néanmoins qu'une dorsale anticyclonique descende sur la Manche. Elle pourrait alors apporter des vents de plus en plus faibles en Manche, d'abord de secteur est à sud-est, tournant en fin de nuit prochaine au secteur ouest à nord-ouest. Conditions si légères que le dernier de la flotte Imoca n'avait à peine une heure d'avance à la mi-journée sur les premiers Class'40. C'est l'épatant duo Jourdren-Pichelin qui pointait en tête à 16 heures avant d'être rattrapé en début de soirée par A. ST Group.
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- La course en direct sur le site de la Transat Jacques Vabre

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