Marine Marchande
Transmanche: SeaFrance entre pertes et plan de réorganisation

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Transmanche: SeaFrance entre pertes et plan de réorganisation

Marine Marchande

La compagnie française, qui arme depuis le 1er janvier six navires entre Calais et Douvres, accuserait 15 millions d’euros de pertes en 2005 (*). En attendant la publication officielle des résultats, prévue en mars, SeaFrance s’est refusée ce week-end à confirmer ces chiffres. Le bilan du trafic est en revanche certain. La filiale maritime de la SNCF a transporté 3,2 millions de passagers l’année dernière, soit une baisse de 0,5% par rapport à 2004. Après un repli de 2% entre 2003 et 2004, le trafic des voitures a de nouveau décru de 5,9%. Les ferries ont embarqué 602.000 véhicules, soit une chute de près de 40.000 unités par rapport à 2004. L’armement français présente heureusement de bons résultats. Dans le domaine des autocars, les voyants sont au vert. L’augmentation atteint 4,5% avec 20.000 passages, contre 18.000 l’année précédente. La plus forte hausse concerne toutefois le fret, un secteur sur lequel SeaFrance fait des efforts très importants. Après une explosion de 39% entre 2003 et 2004, avec 629.000 camions transportés dans le détroit du Pas-de-Calais, ce pôle a enregistré une nouvelle progression de 8% en 2005. L’an passé, pas moins de 679.000 remorques ont traversé la Manche.

Postes défectueux et conflits sociaux

Plusieurs facteurs expliquent ces résultats. L’année 2005 a tout d’abord été marquée par l’accident de la passerelle du poste 7. Durant le premier semestre, le port de Calais a été littéralement engorgé, SeaFrance et P&O (11 ferries au total) ne travaillant, au mieux, que sur deux postes. Le trafic passagers du port de Calais accuse d'ailleurs une baisse générale de 11% en 2005. Ces conditions d’exploitation à flux tendu ont par ailleurs été doublées de conflits sociaux, à la fois sur l’opposition des syndicats à l’adoption du Registre International Français (RIF), pavillon bis tricolore; mais aussi sur les conditions d’armement d’une flotte à 6 navires. Enfin, et sans doute plus que tout, la concurrence reste acharnée dans le transmanche, où SeaFrance lutte non seulement contre P&O, mais aussi contre des compagnies low-cost. Les tarifs sont donc maintenus à des niveaux particulièrement bas, limitant de fait les marges financières, alors que les charges ont encore augmenté, notamment le prix du combustible.

Vers la suppression d’une centaine de postes

A ce jour, SeaFrance compte 1500 salariés, dont 1300 navigants, tous Français. Pour faire face à la concurrence, la compagnie négocie actuellement avec les syndicats un plan de réorganisation (**). Afin de retrouver un bilan financier positif, un certain nombre de mesures sont prévues, dont la suppression de 88 emplois : « C’est une réaction à un environnement très concurrentiel, avec des compagnies à faible coût d’armement », précise Muriel Mironneau, porte-parole de SeaFrance. Aucun licenciement sec n’est prévu. Ces postes comprendront des départs à la retraite non remplacés et des transferts de personnels sous statut SNCF. Ces derniers pourront réintégrer la maison mère ou l’une de ses filiales. Un quart des emplois en voie de suppression à SeaFrance concernent l’activité tourisme, qui connaît une évolution notable de ses modes de commercialisation : « Les clients consomment différemment. Les ventes sont réalisées de plus en plus souvent sur Internet ou au téléphone et de moins en moins au guichet ». Le transfert des personnels SNCF devrait être d’autant plus aisé que le groupe de Louis Gallois prévoit de recruter 5000 personnes cette année. En revanche, SeaFrance dément catégoriquement « tout projet de vente » de la compagnie.

La spirale de la concurrence

Face à la concurrence, de plus en plus féroce, la compagnie française n’a d’autre choix que de se réorganiser. Déjà, les personnels se sont adaptés aux nouveaux modes d’armement et à l’évolution du rythme de travail. A peine remise des effets du tunnel sous la Manche, l’entreprise est, à l’instar de l’aviation, confrontée aux compagnies à bas coûts. Deux adversaires sont plus préoccupants. Norfolk Line, filiale du danois Maersk, est installée à Dunkerque où elle armera à la fin de l’année trois navires neufs. Le principal danger vient néanmoins de Boulogne-sur-Mer où Speed Ferry, très agressif commercialement, entame sa deuxième saison. L’arrivée de ce concurrent a entraîné l’effondrement des tarifs dans le secteur tourisme. Pour casser les prix, Speed Ferry, joue sur les services à bord et sur un personnel très limité et polyvalent. Cette compagnie low-cost navigue sous pavillon britannique, pour lequel les charges sont 40% moins élevées qu’avec le registre français. Les conditions d’armement soulèvent des interrogations chez SeaFrance : « Entre les droits de port et les taxes portuaires, on ne pourrait pas pratiquer ces tarifs. Face à cette situation, nous misons sur la garantie et la qualité du service pour faire la différence ». Navires à l’heure, embarquement et déchargement plus rapides, restauration soignée, suivi renforcé de la clientèle, mise en ligne d’un sixième ferry, baisse des tarifs… SeaFrance riposte tous azimuts. Car, après le tourisme, certaines compagnies pourraient tenter une percée dans le fret. Des projets seraient à l’étude à Boulogne, notamment chez Speed Ferry. Info ou Intox de la part du concurrent de SeaFrance ? Si une ligne de ce type voit le jour dans des conditions low-cost, les conséquences pour le Calaisien pourraient être catastrophiques.
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(*) Voir Nord Littoral du 04/01/05
(**) Voir Le Marin du 03/01/05

My Ferry Link (ex-SeaFrance)