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Très pessimiste sur le marché de la croisière, Meyer Werft réduit la voilure

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Très pessimiste sur le marché de la croisière, Meyer Werft réduit la voilure

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Dans un message vidéo adressé à ses sous-traitants, le constructeur allemand Meyer Werft, numéro 2 mondial de la construction de paquebots, a dépeint un tableau très sombre de l’avenir de cette activité pour les prochaines années. Le groupe, qui possède les chantiers de Papenburg et Rostock, en Allemagne, ainsi que Turku, en Finlande, présente la situation du marché de la croisière comme « dramatique ». Alors que toute la flotte mondiale est à quai en raison de la pandémie de Covid-19, cette industrie traverse en effet la pire crise de son histoire. Compte tenu des pertes et difficultés financières que les compagnies rencontrent ou vont devoir surmonter, Meyer Werft ne s’attend à aucune nouvelle prise de commande d’ici 2023, voire 2024. Peut-être même encore au-delà si, comme le craint le constructeur allemand, des faillites interviennent, ce qui renforcerait le marché des navires d’occasion au détriment des constructions neuves. Dans ces conditions, « il est clair que tous les chantiers de construction de navires de croisière auront une surcapacité massive », explique Thomas Weigend, directeur général de Meyer Werft, qui constate que les armateurs ne sont déjà plus en mesure de mettre en service les unités qui viennent d’être achevées. Pour la suite, il va falloir étaler le carnet de commandes tel qu’il était prévu, et renoncer à certains projets. « A moyen terme, les compagnies vont essayer de retarder les dates de livraison et n’exerceront pas les options. A long terme, pour les années qui viennent, elles ne passeront aucune autre commande ». Avec évidemment, pour conséquence, une réduction sensible de l’activité dans les chantiers. « Nous travaillons sur différents scenarios et, dans le meilleur des cas, nous devrons ajuster la capacité du site de Papenburg pour passer de deux grands paquebots et un petit navire par an à un gros et un petit ». D’ici 2023/2024, le constructeur souhaite répartir la charge de son actuel carnet de commandes entre ses différents sites afin d’y préserver au maximum l’activité. Mais la baisse globale de la production devrait atteindre au moins 40% par rapport à ce qui était anticipé.

Le constructeur pense qu’il faudra 10 ans pour retrouver le même niveau

Dans cette perspective, Meyer Werft a décidé de réduire considérablement ses investissements, cesse les embauches et gèle les nouveaux contrats. Les heures supplémentaires et le travail le week-end ont été suspendus et les salariés vont devoir faire des sacrifices sur les congés épargnés. Des réductions d’effectifs sont aussi évoquées. Quant à la sous-traitance, elle va évidemment subir de plein fouet cette baisse d’activité. « Nous avons des commandes (à Papenburg) jusqu’en 2023 et même à Turku jusqu’en 2024 mais ces contrats ont été signés dans des conditions complètement différentes. Aujourd’hui, nous sommes dans une crise majeure », martèle Bernard Meyer. « Un de nos clients nous a dit qu’il n’avait plus besoin de nos navires et qu’il serait heureux de n’exploiter que sa flotte actuelle. Nous sommes donc obligés de nous entendre avec nos clients pour trouver une solution satisfaisante pour tous. C’est pourquoi nous réfléchissons à l’étalement de notre programme de constructions (afin de ne) pas avoir d’annulations de commandes. Il n’y aura tout simplement pas autant de navires construits et nécessaires dans un futur proche. Cela signifie moins de travail dans les bureaux d’études, en production et dans les filiales. J’ai commencé au chantier en 1973 puis est venue la crise pétrolière et celle de la construction navale. Cela nous a pris 20 ans pour revenir au niveau que nous avions en 1973. C’est pourquoi je suis malheureusement convaincu que le marché de la croisière ne se redressera pas rapidement. Ce n’est probablement qu’en 2030 que nous retrouverons la situation qui était la nôtre l’année dernière ».

18 paquebots en commande

Le groupe Meyer Werft disposait d’un carnet de commandes comprenant 18 paquebots d’une valeur globale de plus de 15 milliards de dollars. Sa dernière réalisation en date, l’Iona de P&O Cruises, est en attente en Allemagne pour achever ses essais et des travaux de finition avant livraison. Doit suivre l’Odyssey of the Seas, de Royal Caribbean International, dont l’assemblage s’est achevé début avril à Papenburg en vue d’une prochaine mise à l’eau. Le chantier allemand devait aussi finir pour cet été le nouveau Spirit of Adventure de Saga Cruises, dont la livraison serait reportée de plusieurs mois. L’AIDAcosma d’AIDA Cruises en est quant à lui au stade de l’assemblage. Quant à Turku, le site finlandais du groupe travaille toujours sur le Mardi Gras, premier des deux nouveaux paquebots commandés par Carnival Cruise Line, déjà en retard et dont la livraison est prévue en octobre, ainsi que le Costa Toscana dont l’entrée en service est programmée en 2021. Doit suivre le premier des nouveaux paquebots de la classe Icon de RCI, prévu pour 2022.

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