Marine Marchande
Tribune de la SMBO CFDT :« Les marins ne sont pas des apparaux »

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Tribune de la SMBO CFDT :« Les marins ne sont pas des apparaux »

Marine Marchande

Au moment où des dizaines de milliers de marins internationaux continuent à assurer leurs missions sur toutes les mers du monde et où notre société s’interroge sur la montée des communautarismes, le Syndicat Maritime Bretagne - Océans CFDT tient à saluer la communauté des marins qui, une fois de plus, démontre et prouve que la solidarité des gens de mer n’est pas un vain mot.

Depuis le début de la crise du Coronavirus, les problèmes se sont enchainés pour les marins et nous avons dû montrer les dents devant des armements parfois désemparés, mais souvent aussi un peu sourds face aux inquiétudes et à la détresse de leurs équipages.

Le temps passe sur les navires et les familles attendent le retour de leurs marins livrés à des conditions difficiles, désormais insupportables et dont les conséquences dramatiques commencent à se faire jour.

Pourtant, dans ce contexte inédit, le Syndicat Maritime - Océans CFDT tient à souligner que les marins français n’omettent jamais de parler et d’intervenir pour leurs collègues africains ou de toutes autres nationalités. Ceux-là sont un peu les sans voix et ne peuvent finalement compter que sur la solidarité de leurs collègues « occidentaux ».

Un marin d’un thonier océanique me disait il y a peu : « on se passe les jumelles, on se croise dans les coursives, on tire sur les mêmes bouts, on finira tous par « choper » cette saloperie. Et nous encore… ça va, on va bien finir par rentrer, on verra un toubib si besoin, mais eux ? Tu me vois leur dire : tu verras ça avec ta boîte de manning…?»

Après ce bref échange qui est loin d’être le seul, je souhaite, au nom de toute l’équipe du SMBO CFDT exprimer toute la fierté que nous avons de défendre ces gars-là. Ces marins qui savent ce que le mot équipage veut dire et qui partagent, sur tous les navires, les mêmes conversations, les mêmes joies, les même peines, les mêmes questions : le travail, la famille, le retour à la maison… (le fameux débarquement devenu hypothétique pour un grand nombre d’entre eux).

Au moment où une « team maritime » se soucie de la relance de l’activité, j’exprime, au nom de l’équipe du Syndicat Maritime Bretagne - Océans CFDT le vœu que les marins de toutes nationalités ne soient pas, une fois de plus, considérés comme de simples apparaux de pêche ou de navire, que l’on ne remplace plus que lorsqu’ils sont totalement usés.

Qui sont ces hommes, ces « étrangers », partie prenante de nos équipages ? Devront-ils éternellement être considérés comme de la « chaire à navire », sans plus d’égard pour leurs qualités humaines et professionnelles ?

Vous suffit-il désormais, Messieurs les Armateurs à la pêche ou au commerce, de prendre simplement en considération la notion d’équipage en volume ? Cette notion, vous la connaissez autant que nous. Si le rôle d’équipage n’a plus, pour vous, que vocation à remplir en « nombre » le bateau d’un équipage de marins choisis au hasard chez un marchand d’hommes, grand bien vous fasse ! Mais vous vous exposez à une perte totale de compétence, de confiance et surtout d’humanité sur vos navires.

Vous maintenez, en ce moment à bord, des personnels africains sans défense, si ce ne sont les interventions louables et solidaires des marins français en leur faveur. Cela ne semble pas vous interroger outre mesure.

Au nom du Syndicat Maritime Bretagne – Océans CFDT, j’appelle les armateurs, le cluster et le team maritime à mettre prioritairement leur efficacité conjuguée à solutionner les problèmes humains que rencontrent les équipages.

« Relancer la machine » maritime ne pourra se faire que si vous savez retrouver rapidement la confiance des marins.

Claude HUCHET,
Secrétaire Général SMBO CFDT.

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