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Trois yachts en construction chez Couach

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Trois yachts en construction chez Couach

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Le chantier de Gujan-Mestras, en Gironde, tourne plutôt bien actuellement, avec trois yachts en construction. Le 11 avril prochain se déroulera la mise à flot d’un navire de 28 mètres qui devrait être livré légèrement en avance. En parallèle, Couach travaille sur un nouveau modèle de 26 mètres venant enrichir sa gamme. Un design dont le développement a été poussé par Florent Battistella, l’un des deux actionnaires du chantier, et qui a trouvé preneur en mai dernier. Son futur propriétaire, un Français déjà client de Couach, a fait confiance au chantier pour réaliser ce modèle 2600 Fly, n’existant que sur le papier, avec un délai de construction limité à 13 mois, c'est-à-dire qu’il sera lancé en juin.

 

 

Vue du 2600 Fly (© COUACH)

Vue du 2600 Fly (© COUACH)

 

 

Le second navire de 50 mètres vendu

 

 

Et puis il y a un gros morceau, un très gros morceau même… Il s’agit d’une unité de 50 mètres, livrable au printemps 2014, qui a été vendue le mois dernier par un industriel russe (en fait le même qui l’avait initialement commandée avant d’annuler le contrat l’an passé). Ce navire du type 5000 Fly reprendra le design de coque de La Pellegrina, livré à l’été 2012. Il s’agit du premier yacht de cette taille réalisé par Couach, qui n’était jusque là pas allé au-delà de 37 mètres. « Passer de 37 à 50 mètres a constitué une véritable révolution industrielle. Malgré les difficultés que le chantier a traversées à cette période, ce bateau est bien né et nous en sommes très fiers. C’est une réussite et une vitrine du savoir-faire de Couach. La Pellegrina est un navire robuste, qui présente un très bon niveau de finition et d’excellentes performances en termes de bruit, de vibration et de confort », souligne Christophe Kloeckner, président de Couach. Présenté au dernier Monaco Yacht Show, où il a suscité l’intérêt du secteur du yachting, le fleuron du constructeur girondin, avec lequel il a fait son entrée dans la « cour des grands », a connu une première saison bien remplie en Méditerranée, avec 13 semaines de charter. Et il est de nouveau loué dès ce mois-ci, avec une saison estivale déjà complète. « Le bateau plait et fonctionne bien. Une belle réussite, surtout qu’il s’agit d’un premier de série  ».

 

 

Le yacht La Pellegrina (© COUACH)

Le yacht La Pellegrina (© COUACH)

 

Le yacht La Pellegrina (© COUACH)

Le yacht La Pellegrina (© COUACH)

 

 

Dépasser les standards de confort de Heesen

 

 

Le second navire de 50 mètres actuellement en cours de réalisation reprendra la même coque mais s’annonce comme un challenge technique encore plus important. En dehors de la décoration, qui sera différente, le client a imposé des exigences de taille. « Nous nous sommes engagés contractuellement sur les performances. En termes de confort, elles devront être légèrement supérieures à celles du chantier néerlandais Heesen, l’une des grandes références du secteur ». Excusez du peu… La coque sera donc conservée mais, intérieurement, le nouveau yacht bénéficiera d’un réaménagement total. Toutes les cabines seront, par exemple, installées sur des silent blocks (amortisseurs) afin d’annihiler les  vibrations. « Ce sera un nouveau pas de géant pour Couach », estime le président de la société. A la demande du client, l’aménagement et l’ameublement du navire seront sous-traités à Metrica.  

 

 

Vers une sortie prochaine de la procédure de sauvegarde

 

 

Ces cinq dernières années, Couach, qui emploie actuellement 213 salariés et une vingtaine d’intérimaires, a connu une période très difficile. Placé en redressement judiciaire en avril 2009, le chantier avait été repris en juin de la même année par le groupe Vial. Mais son président, Fabrice Vial, a été assassiné en août 2011, laissant Couach avec d’importants problèmes de trésorerie. Florent Battistella et Pierre Bastide ont finalement décidé, à l’époque, de reprendre le chantier. Issus de l’industrie, ces deux anciens de Converteam ont injecté 40 millions d’euros dans Couach via Nepteam, holding possédant aujourd’hui le chantier. L’année 2012 est restée difficile, le chantier devant se redresser après avoir vécu un véritable traumatisme. Cela, avec l’impérieuse nécessité de mener  à bien son plus ambitieux projet, le premier yacht de 50 mètres. Un tour de force d’autant plus remarquable quand on connait les conditions chaotiques dans lesquelles ce projet a été mené.  Toutefois, malgré cette réussite et la prise d’autres commandes, le vent a failli tourner en cours d’année lorsque le client ayant acquis le second 5000 Fly a décidé d’annuler le contrat, mécontent du retard pris par le projet. Etant sommé par les avocats de l’industriel russe de rembourser les acomptes déjà versés, Couach fut de nouveau menacé. La société  s’est donc placée le 24 juillet 2012 sous la protection du tribunal de commerce de Bordeaux. Cette mesure lui a permis de poursuivre son activité en attendant de solutionner le litige. Or, par chance, le client a découvert La Pellegrina en octobre dernier et a été bluffé par le yacht. Il a donc finalement repris contact avec le chantier et, après une visite en décembre à Gujan-Mestras, a décidé de reprendre le projet. Après deux mois de négociations de part et d’autres pour obtenir les garanties nécessaires, un accord a finalement été trouvé le mois dernier. Ce litige solutionné, Couach a donc débuté le processus lui permettant de sortir de la procédure engagée avec le tribunal de commerce, ce qui devrait normalement être fait en mai ou juin.

 

 

Un redressement à confirmer

 

 

Pour autant, le constructeur français n’est pas encore tiré d’affaire. Certes, l’épineux problème du second yacht de 50 mètres est résolu et, depuis 2011, Couach peut compter sur un actionnariat solide. Mais il est fondamental de décrocher rapidement de nouvelles commandes car le plan de charge va baisser à partir du printemps avec l’achèvement des unités de 26 et 28 mètres. Le récent lancement de la construction de deux patrouilleurs de la gamme Plascoa pour le Yémen (livrables en février et mars 2014), une commande signée en 2011 mais qui a pris du retard en raison du montage financier, redonne du travail en fabrication.

 

 

Design des futurs patrouilleurs yéménites (© COUACH - PLASCOA)

Design des futurs patrouilleurs yéménites (© COUACH - PLASCOA)

 

Patrouilleur pour le Yémen en construction (© COUACH - PLASCOA)

Patrouilleur pour le Yémen en construction (© COUACH - PLASCOA)

 

 

Cependant, d’autres contrats sont nécessaires pour regarnir le carnet de commandes, cela dans un marché difficile, notamment sur les « petits yachts », le segment privilégié de Couach, durement impacté par la crise (avec énormément d’unités récentes en vente, ce qui limite les constructions neuves). Le chantier mise donc sur les grands navires et le militaire, mais aussi sur la diversification. Il a, ainsi, réalisé en sous-traitance la quatrième d’une série de vedettes de 9 mètres du Girondin Ecla, et travaille également dans le secteur des meubles d’avions.

 

 

Vedette produite par Ecla (© ECLA)

Vedette produite par Ecla (© ECLA)

 

 

Nouvelle culture d’entreprise

 

 

« Nous sommes sur la bonne pente mais il faut pérenniser l’entreprise avec de nouvelles commandes. Pour cela, nous devons proposer des produits de qualité à un bon prix. Couach est aujourd’hui dans une démarche industrielle. Nous voulons injecter de nouvelles technologies, nous diversifier et nous ouvrir vers le tissu industriel local afin de trouver des synergies », explique Christophe Kloeckner. Ancien de Converteam comme Florent Battistella et Pierre Bastide, le président du chantier et les actionnaires veulent également intégrer une nouvelle culture dans l’entreprise, avec des méthodes testées dans leur ancien groupe. « Ces méthodes ont fait leurs preuves. Nous sommes dans cette mouvance très entrepreneuriale, avec la volonté de redistribuer les profits de manière plus équitable entre les actionnaires, les dirigeants et les salariés. La hiérarchie est moins pesante et il y a cette notion d’appropriation de la société par ceux qui y travaillent ».

Chantier Naval Couach (CNC)