Science et Environnement
Un câblier de LDA et Alcatel pour lutter contre les pollutions maritimes !

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Un câblier de LDA et Alcatel pour lutter contre les pollutions maritimes !

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Après le train de mesures Erika 3, destiné à renforcer la sécurité en mer, l’Agence de sécurité maritime Européenne (EMSA) a annoncé que des navires seraient prépositionnés sur les zones à risque pour venir en aide, en cas de besoins, aux moyens nationaux de lutte contre les pollutions. Ce sera notamment le cas du Mistra Bay en Méditerranée et de l’un des cinq bâtiments de Lamor Corporation en Baltique. En Bretagne, où la Marine nationale dispose du navire de lutte anti-pollution Argonaute, c’est le câblier Ile de Bréhat, propriété d’Alcatel et de Louis Dreyfus Armateurs (LDA) qui a été retenu. De prime abord, le choix d’un tel bâtiment pour pomper du pétrole peut paraître surprenant. En réalité, cette unité est plutôt bien adaptée, explique Antoine Person, secrétaire général de LDA : « Ces navires sont construits autour de trois grosses cuves circulaires où sont entreposés jusqu’à 5000 Kms de câbles sous-marins. En les rendant étanches, on pourra donc y stocker des hydrocarbures ». L’Ile de Bréhat dispose d’autres avantages. Tout d’abord, c’est un grand bâtiment, puisqu’il mesure 140 mètres de long pour un déplacement de 13.000 tonnes. Ses capacités seront donc bien plus importantes que les actuels navires dont disposent les autorités maritimes. Le câblier est également puissant et doté d’une grande force de traction. Il est enfin très stable, grâce au système du positionnement dynamique DP2, lui permettant de tenir sa position à trois mètres, par une mer de force 4 (double propulseur à l’avant et à l’arrière + propulseur azimutal)

3 millions d’euros de travaux pour un contrat de trois ans


L’Ile de Bréhat n’est évidemment pas utilisable tel quel. Il subira d’importants travaux dans les prochaines semaines. Les cuves seront adaptées au traitement des hydrocarbures. Il faudra également installer des pompes et un système de préchauffage permettant de fluidifier le mazout afin d’assurer son stockage. Une série d’équipements seront positionnés à terre et embarqués sur ordre. Ils comprennent les moyens traditionnels de lutte contre les pollutions (bras télescopiques, bouées et barrages flottants). Le contrat stipule que le navire doit pouvoir appareiller en 12 heures. L’équipage, composé d’une cinquantaine de marins, recevra bien entendu une formation spécifique pour cette nouvelle mission. Les travaux, d’un montant de 3 millions d’euros, seront financés par l’EMSA. Ils débuteront fin janvier pour une mise à disposition du navire le 31 mars. Le contrat, d’une durée de trois ans, a été signé avec le propriétaire de l’Ile de Bréhat. Alda Marine, société commune de LDA et Alcatel, avait répondu à l’appel d’offre européen lancé l’hiver dernier, en mettant en avant le fait que son bateau était déjà positionné « dans la zone la plus à risque en terme d’accidentologie », à savoir la pointe Finistère.

Les câbliers retrouvent une utilité

Très demandés à la fin des années 90 avec le développement foudroyant des télécommunications, les câbliers ont connu une nette baisse de leur activité après l’explosion de la bulle Internet. Depuis, les navires sont sous-utilisés, à l’image de l’Ile de Bréhat, qui n’a effectué que 20 jours de mer en 2004. Les bateaux restent donc au port, en alerte, en cas de rupture ou de problème sur les câbles. C’est ce qu’on appelle un contrat de garde. En l’occurrence, pour l’Ile de Bréhat, il s’agit d’une garde ACMA (Atlantic Cable Maintenance Agreement), du nom du câble sous-marin dont il est en charge. Le consortium ACMA, qui affrète le navire pour cette mission, regroupe une cinquantaine d’entreprises de télécommunications. Outre les rares interventions de maintenance et de réparation d’urgence, le câblier est à quai. « Dès l’effondrement du marché des télécoms, nous nous étions interrogés sur l’utilité de ces bateaux et après le naufrage du Prestige, l’idée de les adapter à la lutte contre la pollution avait germé. Nous avions remarqué que ces navires pouvaient bien s’y prêter, moyennant un investissement relativement faible », explique Antoine Person. L’idée tombera toutefois à l’eau, faute de volonté politique, avant de ressurgir et d’aboutir à la décision de l’EMSA. L’Ile de Bréhat aura donc une double casquette dès le 31 mars. Il poursuivra ses missions de garde et sera appelé en renfort par les autorités maritimes dès qu’un navire transportant des matières dangereuses sera en grave difficulté ou sombrera au large des côtes de la Manche ou de l’Atlantique. Il sera alors placé sous le commandement de la cellule de crise. En revanche, si le bâtiment est en opération sur un câble sous-marin, il ne sera pas mobilisable.

Louis Dreyfus Armateurs Accidents, pollutions Alcatel-Lucent