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Un dirigeable effectue de la surveillance maritime devant les côtes varoises

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Les habitants de la région de Toulon ont pu découvrir, le 19 juillet, un grand Zeppelin survolant le secteur. Un engin imposant, long de 75 mètres pour un diamètre de 16 mètres, appartenant à la société Zeppelin Luftschifftechnik (ZLT). Basée à Friedrichshafen,  le lieu historique de construction de célèbres dirigeables allemands, ZLT s’est lancée en 1993 dans le développement de Zeppelin moderne, dont elle exploite aujourd’hui deux exemplaires. L’appareil a rejoint le 17 juillet la base de Cuers-Pierrefeu, où il s’est positionné afin de participer à la première campagne I2C, un projet européen de sécurité maritime piloté par DCNS (nous y reviendrons plus longuement cette semaine).

A cet effet, la cabine située sous l’énorme ballon, contenant 8425 m3 d’hélium, a été équipée de différents moyens. On trouve notamment une boule électro-optique Wescam MX15 et un radar FMCW (Frequency Modulated Continuous Wave, radar émettant et recevant en continu), permettant de détecter et d’identifier de jour comme de nuit de petits mobiles de surface dans un rayon de 20 kilomètres environ.  Le Zeppelin peut ensuite communiquer vers un centre à terre les informations reçues, qui enrichissent un système compilant les données collectées par différents vecteurs (radar côtier, avion de surveillance maritime, drone de surface) et les mettant en relation avec d’autres informations, comme celles provenant des systèmes d’identification automatiques AIS des navires civils. Le Zeppelin est, d’ailleurs, équipé d’un récepteur AIS.

Alors que le système de caméra et le radar ont été positionnés à l’avant de la cabine, l’intérieur de celle-ci accueille les équipements dédiés aux opérateurs. L’un d’eux peut notamment contrôler la boule, engin stabilisé qui offre différents modes (TV, infrarouge) et permet de zoomer sur le point choisi. Avec une étonnante précision.

 

 

Le Zeppelin sur la base de Cuers-Pierrefeu (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Zeppelin sur la base de Cuers-Pierrefeu (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Zeppelin est retenu par un bras d'arrimage autour duquel il tourne en fonction du vent

Le Zeppelin est retenu par un bras d'arrimage autour duquel il tourne en fonction du vent

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La cabine du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La cabine du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les équipements de surveillance ont été placés à l'avant (© MER ET MARINE - VG)

Les équipements de surveillance ont été placés à l'avant (© MER ET MARINE - VG)

 

Le radar FMCW (antennes noires) et la boule Wescam (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Le radar FMCW (antennes noires) et la boule Wescam (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

La boule Wescam avec caméra TV et infrarouge (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

La boule Wescam avec caméra TV et infrarouge (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

Le poste opérateur Wescam dans la cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le poste opérateur Wescam dans la cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le poste opérateur Wescam dans la cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le poste opérateur Wescam dans la cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le poste opérateur Wescam dans la cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le poste opérateur Wescam dans la cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La caméra en mode thermique (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La caméra en mode thermique (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le poste opérateur Wescam dans la cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le poste opérateur Wescam dans la cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La cabine du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La cabine du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La cabine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le poste de pilotage (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le poste de pilotage (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La cabine du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La cabine du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Capacité à durer pour un engin très confortable à piloter

 

 

Capable d’embarquer 1.9 tonne de charge utile, ou 12 passagers en plus de ses deux membres d’équipage, le Zeppelin peut voler jusqu’à 2600 mètres d’altitude (8530 pieds) et franchir une distance de 900 kilomètres (486 milles). Côté endurance, il a réalisé en 2009 un vol de 24 heures et 40 minutes (avec une réserve non consommée de carburant pour les propulseurs de 17 minutes), le plus long réalisé jusqu’ici par l’engin allemand. Mais en Europe, compte tenu des contraintes règlementaires sur le temps de vol des pilotes, l’engin ne peut être utilisé qu’une douzaine d’heures d’affilée. Doté de trois moteurs Lycoming IO-360 de 147 kW, situés à l’extrémité arrière (avec trois hélices) et sur les côtés (une hélice de chaque bord), les propulseurs latéraux étant orientable, le dirigeable peut voler à 125 km/h.

 

 

Hélices de queue du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Hélices de queue du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Hélice latérale bâbord (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Hélice latérale bâbord (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

«  Mais si le vent est favorable, nous pouvons atteindre la vitesse de 200 km/h », précise Gunther Hans, pilote allemand du Zeppelin. Ce dernier explique que commander un dirigeable requiert  un savoir-faire particulier : « La façon de voler est très différente de celle d’un avion, notamment au niveau du temps de réaction de la machine. C’est fantastique de pouvoir manoeuvrer ce type d’engin. Le pilotage est très confortable et, contrairement à un avion ou un hélicoptère, on a toujours du fuel donc, s’il faut rester plus longtemps en vol, ce n’est pas un problème ». Depuis Cuers,  Gunther met en œuvre le Zeppelin avec une autre pilote, Katherine, une Britannique qui, comme lui, travaillait auparavant sur des avions. « Il faut évidemment un background dans l’aviation pour piloter un tel engin. Nous ne sommes d’ailleurs que 5 au monde à disposer des certifications et autorisations reconnues ». Longtemps balloté dans les différentes cases de la règlementation, le pilotage de dirigeable fait, depuis avril dernier, l’objet d’une licence européenne spécifique, l’EAL (European Airship Licence). Chez ZLT, les pilotes suivent un entrainement rigoureux, le site de Friedrichshafen étant doté, en plus des installations où son basés et entretenus les dirigeables, d’un centre pour la formation du personnel. Des compléments sont ensuite apportés suivant les missions confiées aux Zeppelin. Ainsi, pour cette campagne au dessus de la Méditerranée, Gunther et Katherine ont suivi une formation de survie en cas de crash en mer.

 

 

Katherine aux commandes du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Katherine aux commandes du Zeppelin (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Des missions très variées

 

 

Pour eux et le Zeppelin, l’engagement dans une mission de surveillance maritime est, en tous cas, une première. Les deux dirigeables de ZLT, qui devraient être bientôt rejoint par trois unités supplémentaires construites aux Etats-Unis, servent la plupart du temps à des vols au profit de touristes ou d’opérations commerciales. Mais leur activité se développe progressivement, notamment dans le domaine scientifique. Ainsi, en 2012, un Zeppelin a été exploité au profit d’une campagne d’étude atmosphérique dans le nord de l’Europe, jusqu’en Finlande. A cette occasion, pas moins de 600 kilos de matériel avaient été disposés sur une plateforme surmontant la partie supérieure du ballon. « Seul le dirigeable pouvait faire cela car il n’est pas possible d’installer du matériel au dessus d’un hélicoptère, en raison du rotor, et les avions vont trop vite pour ce genre de mesures », explique Katherine. La cabine, amovible, peut être reconfigurée à volonté, les 12 sièges passagers étant montés sur des rails. « On peut donc les enlever pour mettre du matériel à la place », transformant par exemple la nacelle, dont le volume est de 29 m3, en laboratoire volant. Outre le domaine scientifique, le Zeppelin s’est aussi essayé aux missions de surveillance au profit d’acteurs étatiques.

 

 

Le Zeppelin (© ZLT)

Le Zeppelin (© ZLT)

 

 

Equipé de différents senseurs, il présente en effet l’avantage de pouvoir patrouiller longtemps à un coût bien moins élevé qu’un avion. Il a, ainsi, été utilisé par des forces de police pour surveiller de grands évènements comme la Fête de la Musique à Paris et la visite du pape Benoît XVI à Cologne, en 2005, ainsi que la coupe du monde de Football 2006 en Allemagne. D’autres projets sont également menés, par exemple au niveau de la surveillance des frontières. Un domaine qui intéresse notamment les USA pour contrôler l’immigration venant du Mexique.

Et puis il y a la surveillance maritime, où l’intérêt pour les dirigeables se manifeste de plus en plus à travers le monde. Ainsi, les Etats-Unis ont testé au printemps dernier un ballon de type MZ-3A, engin de 55 mètres de long produit par la société American Blimp Corporation, qui a été utilisé dans la lutte contre le narcotrafic dans le golfe du Mexique. Pour Zeppelin, l’expérimentation I2C est donc l’occasion de démontrer, en Europe, l’intérêt de cette machine pour de telles missions, où elle peut offrir dans une période de contraintes budgétaires une solution complémentaire aux avions pour surveiller un espace maritime de plus en plus fréquenté, où diverses menaces peuvent se cacher. 

Sécurité maritime