Marine Marchande
Un état des lieux du financement maritime à l'heure du Covid-19

Analyse

Un état des lieux du financement maritime à l'heure du Covid-19

Marine Marchande

Avocate aux barreaux de Paris et de Londres, associée du cabinet Norton Rose Fulbright au sein duquel elle est responsable secteur transport pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique, Christine Ezcutari est spécialisée dans les opérations de financement d’actifs et de crédit export. Elle est aussi membre du Conseil supérieur de la marine marchande depuis 2016. Interrogée par Hervé Deiss de Ports et Corridors, elle analyse l'état des lieux actuel en matière de financement maritime dans le cadre compliqué par la pandémie de Covid-19.

Depuis ces derniers jours, avec la chute spectaculaire des prix du pétrole et l’augmentation des inquiétudes liées au COVID 19, le besoin pour les financiers maritimes et les armateurs de considérer leur implication dans leurs accords de financement est devenu encore plus pressant. Avant même la crise sanitaire, nous avions vu l’émergence de difficultés avec l’arrivée des nouvelles normes sur les émissions de CO2 (OMI 2020), un grand nombre de facilités de crédit arrivant à maturité et des critères de plus en plus stricts dans les audits financiers. En ajoutant à ces contraintes la crise sanitaire et la baisse du prix du pétrole, le secteur maritime peut s’attendre à une situation complexe et aura beaucoup de défis à relever dans les prochains mois.

Certaines filières, comme la croisière et les porte-conteneurs, subissent déjà les effets de ces changements. Les croisiéristes ont vu leur notation diminuer et la presse commence à faire état de refinancement des risques pour les armateurs opérant dans la conteneurisation. Cependant, l’impact ne se limitera pas uniquement aux filières de la croisière et des porte-conteneurs. Des problèmes sont en train de poindre dans d’autres segments comme, par exemple, le secteur de l’offshore et le vrac sec.

Dans ce contexte de changement, il convient de faire un état des lieux des sujets qui occupent les financiers et emprunteurs dans notre secteur. La liste ci-dessous n’est pas exhaustive mais elle illustre la nécessité de considérer ses positions contractuelles et de prendre conseil sur les contrats de prêt existants compte tenu de la crise actuelle.

Mise à disposition de nouveaux fonds (« new money »)

Une des préoccupations les plus pressantes que nous prévoyons concerne les liquidités. Ce que nous avons constaté au cours des dernières années, c’est que les liquidités peuvent s’épuiser rapidement et même lorsque les prêteurs sont disposés à fournir un soutien financier supplémentaire, il peut être difficile de le mettre en place à court terme. La nature du financement maritime et des sûretés mises en place par les prêteurs, d’une part, et les restrictions sur l’endettement, d’autre part, ne facilitent pas l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché du financement. Nous avons constaté une forte hausse de contrats de vente de navires avec reprise en crédit-bail (charte coque-nue) ces dernières années dans le monde maritime et bien que cela ait pu être un moyen de répondre aux besoins de liquidités, ces accords sont désormais d’utilisation limitée.

Un armateur ne peut pas simplement « fermer le robinet » des investissements sur les navires : ils doivent maintenir les assurances et parfois même s’acquitter des coûts de désarmement ; la planification budgétaire  est donc évidemment importante en cette période et les armateurs devront penser à leurs besoins en fonds de roulement. Par le passé, nous avons vu des entreprises faire faillite précisément parce qu’elles ont attendu trop tard pour surmonter les obstacles en injectant des liquidités. Les armateurs doivent

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