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Science et Environnement

Reportage

Un exercice antipollution sur l'Argonaute

Science et Environnement

Aujourd’hui, nous vous embarquons sur le Bâtiment de soutien, d'assistance et de dépollution (BSAD) Argonaute de l’armateur Bourbon, affrété par la Marine nationale dans le cadre de l’Action de l’État en mer. Dans l’optique des commémorations allant marquer les 40 ans du naufrage du pétrolier Amoco Cadiz en Bretagne, la préfecture maritime de l'Atlantique a souhaité montrer son savoir-faire dans la lutte contre la pollution. C'est ainsi que nous avons embarqué à bord de l'Argonaute pour un exercice de récupération d’hydrocarbures en rade de Brest, avec la mise en place d’un barrage de 300 mètres de long et l’utilisation d’un écrémeur grande capacité, une pompe spécialisée pour le recueil du pétrole.

 

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Bien évidemment, cet entrainement, réalisé sur une mer très calme, mais sans une once de soleil, n’a pas nécessité la mise à l’eau d’un quelconque polluant. Par contre, chaque année, une manœuvre est réalisée avec un colorant, la fluorescéine, afin de matérialiser une fausse nappe de pétrole avec plus de réalisme. Cette fois-ci, on se contentera de voir le déploiement du barrage et de l’écrémeur.

Sur le pont du BSAD, on remarque tout de suite différentes équipes. En combinaison orange, les marins de Bourbon armant le navire, dans un autre coloris orange, les personnels du CEPPOL, le Centre d'expertises pratiques de lutte antipollution, un organisme de la Marine nationale sur lequel nous reviendrons plus longuement par la suite, et enfin, en jaune fluo, les hommes de la cellule antipollution du Service des moyens portuaires (SMP) de la base navale de Brest. L’exercice est l’occasion de tester le savoir-faire et l’entente de ces trois entités.

 

A bord, du personnel de Bourbon, du SMP de Brest et du CEPPOL. (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Le CEPPOL à la manœuvre

Pour toute opération de ce type, c’est le CEPPOL qui définit la marche à suivre et encadre la manœuvre. Il officie dans un rôle de conseil, d’expertise et de contrôle. Pour chaque mission, il choisit le matériel adéquat dans les délais les plus brefs et commande une fois en mer le personnel des SMP. Les grandes bases navales françaises, que ce soit en Métropole ou dans les territoires d'Outre-mer, disposent de matériels prêts à l’emploi pouvant être embarqués sur des navires polyvalents que sont les BSAD (armés par des compagnies privées), des bâtiments de la Marine nationale ou éventuellement d'autres unités affrétées. Les cellules antipollution des SMP sont entraînées tout au long de l’année par le CEPPOL pour pouvoir utiliser au mieux les différents équipements. En l’occurrence, ce mardi 6 mars, le pont arrière de l’Argonaute est équipé d’un système de barrage flottant enroulé, d’un écrémeur de grande capacité et de divers conteneurs techniques.

 

Le guindeau emportant le barrage. (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Le guindeau emportant le barrage. (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

L'écrémeur grande capacité de Lamor. (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

L'écrémeur grande capacité de Lamor. (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Déroulement des boudins flottants

Peu après 14h, les manœuvres se mettent en place avec d’abord la mise à l’eau des boudins constituant le barrage flottant. Enchaînés entre eux, ils sont déroulés lentement et gonflés manuellement par des marins équipés de simples souffleurs. Tiré à l’aide d'un crochet métallique, le dispositif est lentement immergé en arrière du bateau. Une fois terminé, on « emprisonne » le câble retenant le barrage entre deux bollards et on le relie à ces derniers. S’étend alors une longue digue de 300 mètres en arrière de l’Argonaute.

 

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Pour la suite, il faut former une poche pour emprisonner une éventuelle marée noire. C’est le remorqueur Mengam de la Marine nationale qui joue pour l’occasion le rôle du partenaire en venant réceptionner l’autre extrémité du barrage et venir naviguer en parallèle du navire porteur pour former un piège à pétrole dans lequel l’Argonaute va pouvoir plonger l'écrémeur et commencer à récolter l’eau souillée.

 

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

L’écrémeur grande capacité, une pièce fondamentale

Une simple pompe ne permet pas de récolter les effluents pollués. L’écrémeur est chargé de remplir ce rôle. Celui mis en œuvre, du fabricant finlandais Lamor, affiche une capacité de pompage de 150 m3 à l’heure. Avec ses brosses, il attrape plus facilement le fuel lourd de propulsion qui est considéré comme l’un des plus menaçants du fait de ses propriétés (à température ambiante, il se solidifie pour devenir une sorte de pâte visqueuse sur laquelle les produits dispersants ont peu d’impact).

 

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

(© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

La Marine nationale dispose de six écrémeurs de grande capacité dans les ports de Brest, Cherbourg et Toulon (deux par base navale) ainsi que plusieurs autres de faibles puissances répartis dans les bases en Métropole et outre-mer. Le CEPPOL s’est chargé de les tester et les sélectionner. Actuellement, trois sont de construction norvégienne et trois autres de fabrication finlandaise.

En condition normale, l'écrémeur est connecté à la soute du BSAD ou éventuellement à un réservoir amovible. L’hydrocarbure récupéré pourrait être stocké à terre si besoin dans des installations pétrolières privées. Sur la côte Atlantique, c’est principalement Donges et son complexe pétrochimique qui servirait de point de chute temporaire.

 

On aperçoit au centre de dévidoir la sortie du tuyau devant être relier à la soute du navire. (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

On aperçoit au centre de dévidoir la sortie du tuyau devant être relier à la soute du navire. (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

 

L’Argonaute, un navire prédestiné à ce type de missions

L’Argonaute est un BSAD particulièrement efficace pour ce rôle grâce à sa grande polyvalence. Du type UT 710, c’est un navire construit sur le modèle des puissants remorqueurs de service offshore. S’il peut être envoyé en assistance pour remorquer un navire en difficulté (132 tonnes de traction au point fixe), ses capacités de ravitailleur offshore et releveur d’ancre le rendent encore plus précieux pour la lutte antipollution. En effet, son pont arrière dégagé et donnant directement sur l’eau en fait un parfait outil pour la mise en place d'un barrage flottant.

 

(©  MICHEL FLOCH)

(©  MICHEL FLOCH)

Un autre exercice antipollution avec cette fois-ci un écrémeur de chez Framo (© MARINE NATIONALE)

Un autre exercice antipollution avec cette fois-ci un écrémeur de chez Framo (© MARINE NATIONALE)

 

Mis en service en 2004 directement au profit de la Marine nationale, l'Argonaute mesure 69 mètres de long pour 15.5 mètres de large. Son déplacement en charge est de 4200 tonnes. Son pont arrière de 420 m2 peut stocker jusqu’à 2000 tonnes de matériel, le navire pouvant aussi stocker jusqu’à 1500 m3 d’eau mélangée à du pétrole dans ses soutes. Grâce à sa grue Hydramarine disposant d’une capacité de levage de 23 tonnes à 7 mètres, il est indépendant pour le chargement à quai du matériel adéquat. Il peut déployer un système de récupération flottant de 300 mètres. Son système de positionnement dynamique lui permet de se stabiliser en mer. Toutefois, la mise en œuvre d’un dispositif antipollution de type barrage flottant ne peut se faire au-dessus d’une mer force 3.

 

La grue Hydramarine (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

La grue Hydramarine (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

L'Argonaute (© MICHEL FLOCH)

L'Argonaute (© MICHEL FLOCH)

 

Trois autres BSAD sont affrétés par la marine française, l’Ailette et le Jason de Bourbon à Toulon et le VN Sapeur de SeaOwl à Brest.

 

Marine nationale BOURBON