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Un superbe yacht classique s’installe à Brest
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Un superbe yacht classique s’installe à Brest

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Le propriétaire du Mariquita, superbe yacht de 1911 arrivé jeudi 10 septembre à Brest, son nouveau port d’attache, espère être rejoint par d’autres.

Il régnait une ambiance rétro, éthérée, azurée sur la digue La Pérouse en rade de Brest, jeudi midi. Les lignes délicates du Mariquita (coccinelle, en espagnol) se lovaient dans le scintillement de ces eaux baignées d’un franc soleil, tournant un peu sur elles-mêmes avant de venir toucher terre, accostant au port du Château pas loin derrière la Recouvrance, une habituée des lieux.

 

 

Le Mariquita accostant à Brest

Le Mariquita accostant à Brest (© LE TELEGRAMME)

Le Mariquita à Brest

Le Mariquita à Brest (© LE TELEGRAMME)

Le Mariquita à Brest

Le Mariquita à Brest (© LE TELEGRAMME)

 

Le cotre conçu par l’architecte naval William Fife Junior, en 1911, battait encore pavillon anglais et affichait Glasgow comme port d’attache. Une ville « bienfaitrice » de Brest à la Libération. Mais cela va changer : son nouveau propriétaire, Benoît Couturier, a choisi la cité du Ponant. 38,1 m de long, 29 m de coque, 69 tonnes, le Mariquita a servi de logement pendant soixante ans.

Un appel aux propriétaires

« Les yachts classiques sont tous en Méditerranée », regrette-t-il. « Parce que c’est plus pratique de tout regrouper. Les capitaines aussi vivent là-bas ». Mais lui a fait un autre choix. Pour se démarquer de ses congénères ? « Pas du tout. Ici, il y a un plan d’eau magnifique et le Chantier du Guip », justifie-t-il. Une référence en matière de rénovation de beaux navires. « Alors je dis à ceux qui ont un bateau : "Pourquoi pas Brest ?" Et puis je trouve débile de s’installer là-bas pour aller courir la Fife Regatta en Écosse ! »

Pour l’heure, il n’a pas vraiment pris de contact en ce sens. Une sorte de bouteille à la mer ? « Non », reprend l’heureux propriétaire. « Certains contactent d’abord les régions, les villes, les sponsors, etc. Moi, j’ai commencé par acheter le bateau et il y a le Chantier du Guip, donc on est crédible ! Il va se passer quelque chose parce que le bateau est là ». L’objectif est de créer des courses ici.

 

Yann Mauffret et Benoît Couturier

Yann Mauffret et Benoît Couturier (© LE TELEGRAMME)

 

Du travail pour quinze charpentiers

Yann Mauffret, du Chantier du Guip, est aux anges. « Le Mariquita, c’est un vrai cadeau pour la région brestoise ! Ce sont quinze charpentiers qui vont travailler au summum, des jeunes qui vont apprendre le savoir-faire. Le Mariquita n’a pas navigué pendant quatre ans et demi. Les vernis ont souffert, par exemple. On va devoir comprendre l’ensemble des systèmes techniques. Tout cela peut prendre six mois ».

Celles et ceux qui s’imaginent Benoît Couturier se promener en mer se trompent. « Un bateau comme ça, vous allez en course ou vous n’en faites rien ! Je ne suis pas marin, ni pilote d’ailleurs. Je suis un amateur des belles choses, de machineries extraordinaires. J’ai beaucoup de respect pour les gens qui travaillent dessus. Je serais un boulet, à bord, même si j’apprenais ».

 

 

« Si on commence à parler prix… »

Lorsqu’on demande à Benoît Couturier combien il a déboursé pour ce bijou de bois précieux, le refus attendu ne tarde pas. « Si on commence à parler prix, on se dit que c’est un riche qui s’est acheté un jouet. Un caprice de milliardaire, qui va le laisser au port. Ce n’est pas cela. Après, j’ai les moyens de réaliser quelque chose, je ne le cache pas mais je n’ai pas cherché de combine comme m’installer à l’île de Man » pour des raisons fiscales, glisse l’habituellement discret ancien architecte, par ailleurs collectionneur de Porsche. « J’ai fini par acheter la 917 (une légende des 24 heures du Mans). Là, en voile, c’est comme si j’avais commencé par une 917 », sourit-il simplement.

Des propos qui auraient de quoi en choquer beaucoup mais qui sont dits dans une simplicité désarmante, semblant exempte de provocation ou de m’as-tu-vu. « Si dans trois ans, on s’aperçoit que c’est raté, que personne n’a suivi, ce n’est pas grave ».

Un article de la rédaction du Télégramme

NDLR : selon la fiche Wikipedia du Mariquita, ce cotre aurique du type 19MJI a participé de 1911 à 1913 à 69 course, en remportant plus de la moitié. Alors que les compétitions sur ce type de bateau s’achèvent après la première guerre mondiale, il est cédé quelques années à un propriétaire norvégien avant de repasser sous pavillon britannique en 1924. Six ans plus tard, il est démâté et servira pendant six décennies d’habitation flottante le long des côtes du Suffolk. C’est en 1991 qu’il est finalement récupéré et protégé, avant d’être finalement restauré de 2001 à 2004. il a depuis participé à différentes régates classiques. Jeudi, le bateau est arrivé à Brest en provenance du port anglais de Lymington. 

 

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