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Un Falcon de la marine française donne des sueurs froides aux croisiéristes américains

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Un Falcon de la marine française donne des sueurs froides aux croisiéristes américains

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Les passagers du paquebot américain Norwegian Breakaway ont eu une belle frayeur, le 24 juin au large des Bermudes, lorsqu’ils ont vu, d'un peu trop près à leur goût, un avion de surveillance maritime Falcon 50 de la Marine nationale. L’appareil français a, en effet, réalisé plusieurs passages à très faible distance autour du navire. Malgré la cocarde tricolore et la mention « MARINE » inscrite sur le fuselage blanc, il faut bien reconnaitre qu’il est difficile, sous l’effet de la surprise, de faire la différence entre un avion d’affaire civil et un appareil de ce type transformé pour un usage militaire mais conservant une apparence similaire. Tant et si bien que des passagers ont pris peur, certains redoutant une attaque terroriste. « Je ne sais pas quelles étaient ses intentions mais je vous garantis que personne n’a aimé ça. La plupart étaient complètement terrifiés », a expliqué l’un des croisiéristes, qui a posté une vidéo du survol du Norwegian Breakaway sur Youtube. 

 

 

Le pilote avait prévenu le commandant et demandé d'informer les passagers

Le grand paquebot de 324 mètres et 146.600 GT de jauge se trouvait au moment des faits à une vingtaine de milles au large St George, aux Bermudes. Les passagers, qui étaient plus de 4000 à bord, n’ont apparemment pas été prévenus de cette manœuvre qui, dans le contexte sécuritaire actuel, avait toutes les chances de faire peur aux vacanciers américains massés sur les ponts extérieurs pour profiter du soleil et des piscines. Pourtant, le Falcon 50 avait, conformément aux procédures en vigueur dans la marine française, fait le nécessaire pour éviter une telle situation : « Comme c’est l’usage, le pilote a demandé et obtenu l’autorisation de survol au commandant du paquebot. Il l’a prévenu qu’il ferait des passages bas autour du navire et a demandé à ce que les passagers soient prévenus pour qu’ils ne soient pas effrayés », explique-t-on côté français. Les officiers du paquebot avaient alors un quart d’heure pour faire passer le message, ce qui n’a pas été fait, a été mal compris ou n’a pas été entendu d’une bonne partie des passagers, surtout ceux des ponts extérieurs, où la musique est traditionnellement à un niveau assez élevé en journée. A moins qu'entre deux annonces pour se rendre à un cours de salsa ou au Bingo quotidien, celle sur le passage de l'avion est passée inaperçue. Quoi qu'il en soit, certains ont donc eu ce jour là des sueurs froides.  

Entrainement à l’identification

Les marins français ne sont comme on l'a vu pas fautifs mais cela pose clairement la question de l’information aux passagers donnée ou non par les équipages des paquebots - comme des ferries - lorsque de telles manœuvres sont réalisées. Les passes sont en effet impressionnantes puisque les appareils volent généralement, dans ces conditions, à seulement 100 pieds d'altitude et à une centaine de mètres des navires, afin de pouvoir recueillir les meilleurs clichés, par exemple dans le cadre de la lutte contre des trafics illicites. Ce n’était évidemment pas le cas ici puisque qu’il n’y avait aucun intérêt à aller aussi près pour identifier le Norwegian Breakaway. Au-delà du fait qu’un paquebot géant se reconnait de loin, chaque navire de la compagnie NCL est facilement identifiable à la grande fresque qui recouvre sa coque et qui est une pièce unique. Ici, il s’agit d’une œuvre de l’artiste new-yorkais Peter Max avec la tête de la statue de la Liberté et les buildings de Manhattan, alors par exemple que le sistership du Norwegian Breakaway, le Norwegian Getaway, arbore à sa proue une sirène géante au milieu d’un tableau aux couleurs très vives imaginé par le peintre de Miami David « Lebo » Le Batard.

 

 

En fait, le paquebot américain a probablement servi à l’équipage du Falcon 50 pour les besoins de son entrainement aux passes rapprochées. Selon l’état-major, l’avion effectuait une « mission de surveillance maritime en haute mer avec profil de vol classique : passage à basse altitude sur l’arrière du navire pour confirmer le nom et le port d’attache sur le tableau arrière ».

Voilà donc l’explication, toute simple, d’une affaire qui a quand même fait localement du bruit et, par effet de ricochet sur Internet, s’est rependue dans le monde entier, sans généralement les précisons permettant de la comprendre.

Le Monge débusqué 

Suite à la frayeur des passagers, les autorités des Bermudes ont été alertées et la France a dû fournir des explications. Pas d'incident diplomatique en vue. Toutefois, ce fait finalement banal a indirectement révélé une présence plus sensible. Car la presse locale, intriguée par l’évènement, s’est du coup renseignée sur les activités de la flotte française dans la région. Et a su par le Centre des opérations maritimes des Bermudes qu’un navire de la Marine nationale, et pas n’importe lequel, se trouvait dans le secteur. C’est ainsi que tout le monde a appris que le bâtiment d’essais et de mesures Monge, passé jusque-là inaperçu, faisait régulièrement escale au port d’Hamilton depuis le 17 juin. Dans l’attente, comme on peut s’en douter, de pouvoir faire ce pour quoi il est conçu... 

 

Marine nationale