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Un groupe aéronaval, pour quoi faire ?

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Un groupe aéronaval, pour quoi faire ?

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Présente sur tous les océans de la planète, grâce à ses territoires d’outre mer, la France dispose aujourd’hui de la sixième marine du monde, derrière les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et le Japon. Quatrième flotte mondiale jusqu’au milieu des années 90, la Marine nationale pourrait, à moyen terme, rétrograder en septième place, devant la montée en puissance de l’Inde. Forte aujourd’hui de 106 bâtiments de combat, contre 150 en 1987, la « Royale », bien qu’ayant souffert d’une importante réduction de format, conserve des atouts majeurs, assimilables au bouclier et à la lance. Le premier réside dans sa force stratégique, dont les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) constitue la troisième plus importante capacité nucléaire maritime, à égalité avec celle de la Grande-Bretagne mais loin devant la Chine et, bien entendu, le Japon, qui ne dispose pas de l’arme atomique. Aux côtés de ce bouclier dont s’est parée la France il y a trente ans, le Charles de Gaulle symbolise la capacité offensive et la réponse immédiate. Grâce à sa quarantaine d’aéronefs embarqués et à sa propulsion nucléaire lui conférant une autonomie quasi-illimitée, le navire constitue le premier échelon d’une réponse militaire : « L’énorme avantage du porte-avions, c’est qu’il ne nécessite pas d’autorisations pour naviguer et lancer ses avions. En ex-Yougoslavie, le groupe aéronaval a été opérationnel en 10 jours, alors qu’il a fallu un temps inimaginable pour pouvoir mettre en œuvre les appareils de l’Armée de l’Air. Pour chaque intervention, il faut négocier pendant des mois pour obtenir des terrains d’aviation chez les pays riverains. Une opération lourde peut donc commencer presque immédiatement avec cet outil, en attendant que les renforts se positionnent », souligne le contre-amiral Xavier Magne, commandant de la Task Force 473.

13 porte-avions dans le monde, dont 12 américains

Avec les Etats-Unis, la France est le seul pays à disposer d’un véritable porte-avions (*). Techniquement, l’emploi d’aéronefs à atterrissage vertical, comme c’est le cas au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie, ou encore en Inde, limite l’autonomie des avions, ceux-ci dépensant plusieurs centaines de kilos de carburant pour apponter. Le simple fait de posséder un porte-avions donne à son propriétaire la capacité de couvrir des opérations amphibies et de frapper loin à partir de la mer. Il y a deux ans, lors de la précédente mission Agapanthe, les marins ont testé l’emploi des Rafale Marine comme « nounous », avec des réservoirs supplémentaires : « Un pod est fixé sur le Rafale, qui délivre son propre carburant aux autres avions. Cela a permis de rallonger le rayon d’action, de lancer et une patrouille et de délivrer une bombe à Kandahar, puis de revenir », explique le capitaine de frégate Patrick Zimmermann, commandant du groupe aéronaval embarqué (COMGAE). Grâce à cette configuration, non prévue à l’origine, les Super Etendard français ont pu voler pendant près de 6 heures et patrouiller à 1600 kilomètres du porte-avions, qui a pu se passer de l’avion de ravitaillement de l’Armée de l’Air, tombé en avarie au début de la mission. Agapanthe 06 a aussi été l’occasion de maintenir et développer l’interopérabilité entre les forces alliées, c'est-à-dire la capacité à communiquer les informations le plus rapidement possible. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces échanges ne sont pas toujours évidents et, au cours de la mission, les amiraux français et américain ont été contraints de communiquer via Internet, faute de pouvoir se parler directement. « Il faut rendre compatibles les systèmes de communication et avoir la volonté de les utiliser. Le système est très performant nationalement mais c’est toujours pénible de se brancher avec nos partenaires. C’est une perte de temps et c’est dommageable car, lorsque l’on fait de la coopération internationale, il faut pouvoir se parler de choses graves », estime l’amiral Magne.

Arme de premier plan face à une instabilité croissante

Protégé un groupe constitué de frégates et d’un sous-marin, embarquant plusieurs centaines de bombes et missiles, conventionnels ou nucléaires, et nécessitant près de 2000 marins pour être opérationnel, le Charles de Gaulle est un bateau onéreux. Les coûts de fonctionnement du porte-avions, lorsqu’il est en mission, atteignent quotidiennement le million d’euros (sans compter les autres bâtiments). Les importantes dépenses consenties par le pays pour conserver une capacité aéronavale sont, pourtant, loin d’être superflues, alors que les Européens ont une grande faiblesse : leur dépendance énergétique. « La région du golfe persique est d’une importance stratégique énorme. Il suffirait de couper les approvisionnements en pétrole pour que l’économie s’effondre », rappelle l’amiral Magne, tout en ajoutant : « La population française est très tournée vers le continent. Elle n’a pas conscience de ces enjeux et n’imagine pas qu’un jour, les pompes à essence pourraient être vides ». Un blocus du détroit d’Ormuz, menace proférée il y a quelques mois par Téhéran, aurait, en effet, des conséquences désastreuses, allant bien au-delà d’une simple augmentation du prix du baril. Selon les spécialistes militaires, une coupure des routes maritimes, possible par simple mouillage de mines, entraînerait rapidement une véritable pénurie. Dans ces conditions, le Charles de Gaulle est « un outil diplomatique dont les retombées sont intéressantes ». Pour le commandant de la TF 473 : « Les Etats riverains sont très inquiets car le jour où l’Iran sera une puissance nucléaire, la donne ne sera plus la même. La tension est extrêmement perceptible et nous l’avons constaté lors des exercices avec les pays de la région, qui ont été beaucoup plus assidus que d’habitude ». Devant la menace, les pays occidentaux ont déployé les grands moyens, afin de montrer leur détermination et apaiser les tensions : « C’était un signal pour dire : Attention, j’ai une force considérable et je n’hésiterai pas à m’en servir. Lorsqu’ils ont vu la présence, en même temps et au moment de la fin de l’ultimatum de l’AIEA, des porte-avions américain, français et britannique, les Iraniens ne s’y sont pas trompés ». Outre le problème iranien, l’impact de l’imposant déploiement français a été apprécié à Djibouti : « Il y a également beaucoup d’instabilité dans la Corne de l’Afrique et la petite république s’inquiète de ses voisins. Le simple fait de faire escale avec le porte-avions a changé la donne et, dans les journaux, on pouvait lire que la France n’avait pas oublié Djibouti ».
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(*) A l'exception du Sao Paulo brésilien (ex-Foch), dépourvu de son armement initial et désormais équipé de Skyhawk.

A bord du porte-avions Charles de Gaulle