Construction Navale
Un monde moderne : Le coup de gueule d'Alstom

Reportage

Un monde moderne : Le coup de gueule d'Alstom

Il y a deux mois sortait sur les écrans « Un monde moderne ». Depuis, le documentaire dédié à la précarité dans la navale à Saint-Nazaire a fait grand bruit. Retour sur un film engagé, à la construction étonnante.
Construction Navale

Un monde moderne, qui est à l’affiche dans une quarantaine de cinémas d’art et d’essai, souhaite montrer comment « les salariés des chantiers (de l'Atlantique) vivent (la) précarité organisée », sur fond de un recours massif à la sous-traitance. La direction d’Alstom, dans une réaction à la vigueur inhabituelle, rejette en bloc ce film qu’elle qualifie d’ « œuvre de propagande ».
Pour en avoir le cœur net, nous avons mené notre enquête. Celle-ci commence bien évidemment par un passage dans une salle obscure. Seules indications concernant le film, l’affiche et le synopsis, un texte destiné à renseigner le spectateur sur l’angle du sujet qu’il va voir : « Depuis quelques années, les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire ont mis en place une nouvelle organisation du travail afin de baisser les coûts de production. Le principe est de faire massivement appel à la sous-traitance et à l’intérim. Parallèlement à la construction du plus grand paquebot du monde, le Queen Mary 2, les salariés des Chantiers nous racontent comment ils vivent cette précarité organisée. Quelles conséquences cette réorganisation induit-elle au niveau individuel et collectif ? Quels changements implique-t-elle dans les conditions et les rapports au travail ? ».

Les lumières s’éteignent et le film commence. Une projection dans une salle nantaise, à 60 kilomètres des bassins de Saint-Nazaire… Un monde moderne débute justement sur la voie express qui relie les deux villes. Au loin, la zone portuaire et ses dizaines d’entreprises défilent. Une voix off, en langue étrangère, conte une fable indienne : Celle d’un ogre qui impose, chaque année, au peuple de lui livrer plusieurs de ses enfants. Quand il n’y a plus d’enfants, l’ogre mange les femmes et quand celles-ci sont toutes mortes, ce sont les hommes qui se sacrifient. Enfin, quand il n’y a plus personne, l’ogre meurt. La métaphore est radicale et soudain, une ambiance pesante baigne la salle. Bien qu’il ne soit pas question, dans le synopsis, des travailleurs étrangers, une grande partie du documentaire est consacrée à l’affaire des ouvriers indiens, dont le conflit avait émaillé la construction du Queen Mary 2. Un passage concerne également des salariés roumains, confrontés, eux aussi, à un employeur peu scrupuleux qui ne les payait pas.

« J’en déduis que le Queen Mary a été construit par des travailleurs étrangers qu’on a exploités ». Michel, un spectateur.

La plongée dans la vie de ces hommes fait froid dans le dos et laisse une énorme impression d’injustice et de gâchis. A la fin de la séance, la quarantaine de spectateurs est silencieuse. Les gens attendent la sortie du cinéma pour parler entre eux, la plupart à mi-voix. Michel est dubitatif : « Après avoir vu ce film, j’en déduis que le Queen Mary a été construit par des travailleurs étrangers qu’on a exploité ». La réaction est partagée par Jean-Claude et son épouse. Sans doute aussi par beaucoup d’autres. « On se trouve

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