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Un nouveau projet de frégates pour la marine française

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On le connait sous le nom de « FTI » dans les coursives du ministère de la Défense. Il s’agit d’un nouveau projet de frégates pour la Marine nationale. Des « Frégates de Taille Intermédiaire », comme on les appelle, c'est-à-dire des bâtiments d’un déplacement voisin de celui des actuelles La Fayette. A l’occasion de sa visite à Toulon hier, afin de présenter aux marins les grands axes du nouveau Livre Blanc sur la Défense et sa traduction en terme de moyens, Jean-Yves Le Drian a évoqué pour la première fois les FTI, qui si l’on en croit son discours, devraient être intégrées à la nouvelle loi de programmation militaire (LPM). L’idée est apparemment de notifier la commande à la fin de la décennie afin de permettre le renouvellement des moyens actuels d’ici 2025. A priori, il s’agit de remplacer les six frégates de surveillance du type Floréal, mises en service entre 1991 et 1994, avec une durée de vie de 30 ans.

 

 

La frégate Nivôse, du type Floréal  (© : MARINE NATIONALE)

La frégate Nivôse, du type Floréal  (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Une idée du type de bâtiment visé

 

 

La vocation des FTI doit être d’assurer les missions hauturières de longue durée pour la surveillance et le contrôle des grands espaces maritimes, notamment outre-mer, la lutte contre la piraterie, les trafics illicites et le terrorisme, ou encore la police des pêches. En somme, des missions peu guerrières pour lesquelles l’emploi de frégates de premier rang, comme les FREMM et FDA (Horizon), est surdimensionné. Pour cela, on peut imaginer des bâtiments de 3000 à 4000 tonnes relativement simples et économiques, moins équipés que les frégates de premier rang en armement comme en électronique, mais avec tout de même de solides capacités d’autodéfense et sans doute de guerre électronique passive (on peut penser à un unique radar 2-D ou 3-D, canon de 76mm, artillerie légère télé-opérée et système surface-air à courte portée VL Mica). Pourrait s'y ajouter un hélicoptère pouvant mettre en œuvre le missile antinavire léger ANL, des drones éventuellement et des embarcations rapides. Une approche modulaire du programme pourrait également permettre, le cas échéant, de renforcer la dotation de ces frégates, par exemple avec l’emport de lanceurs pour missiles antinavire de type Exocet.

 

 

L'Aquitaine, tête de série du programme FREMM  (© : MARINE NATIONALE)

L'Aquitaine, tête de série du programme FREMM  (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Maintenir 11 FREMM et remplacer des La Fayette non-modernisées ?

 

 

De là, on peut imaginer que le programme concerne non seulement les Floréal, mais aussi, pourquoi pas, les La Fayette (FLF), mises en service entre 1996 et 2001, et dont la durée de vie est fixée à 30 ans, ce qui implique un désarmement de la tête de série en 2026. Pour l’heure, les 5 FLF sont considérées (depuis le Livre Blanc de 2008) comme des frégates de premier rang. Le nouveau Livre Blanc ayant fixé le format de la flotte française à 15 frégates de premier rang à l’horizon 2025 (au lieu de 18), cela devrait se traduire logiquement par la suppression de 3 des 11 FREMM actuellement en commande. Il y a néanmoins d’autres scénarios sans doute plus pertinents opérationnellement et financièrement sur le moyen terme. Le programme FREMM pourrait, ainsi, être maintenu à 11 unités et seules 2 des 5 La Fayette modernisées avec des capacités sonar. Les 3 autres seraient reclassées frégates de second rang ou vendues à l'étranger. Dès lors, le remplacement des deux 2 premières pourrait être obtenu soit par 2 FREMM supplémentaires, soit en l'intégrant dans le programme FTI, l’Etat faisant ainsi d’une pierre deux coups. Avec au passage l’économie d’un nouveau type de frégates dont il faudra financer le développement et la construction. Il serait en effet incroyablement contreproductif, pour les comptes publics, d’amputer le programme FREMM, qui s’arrête en 2021 (et même plus tard en intégrant un glissement du calendrier), pour relancer immédiatement après un coûteux programme de nouvelles frégates de premier rang afin de remplacer les La Fayette. Si cette option prenait corps, à la fin de la prochaine décennie, la Marine nationale serait bien plus homogène, avec seulement trois types de frégates (FREMM, FDA et FTI), ce qui  constituerait aussi des gains sur la maintenance. Mais il ne s’agit là que d’une hypothèse et d’autres pistes sont possibles, y compris la vente à des marines étrangères de tout ou partie des La Fayette.

 

 

Frégate du type La Fayette (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Frégate du type La Fayette (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Donner de la charge aux bureaux d’études de DCNS

 

 

Les FTI sont, en tous cas, très intéressantes pour DCNS car elles permettront aux bureaux d’études du groupe naval, notamment à Lorient, de regarnir leur charge de travail lorsque les projets actuels s’achèveront. Il s’agit pour l’industriel, dans un premier temps, de maintenir ses compétences et son savoir-faire en ingénierie de bâtiments de surface puis, dans un second temps, de prendre le relais des FREMM en production, toujours à Lorient. On notera que DCNS est également en lice pour le futur programme BATSIMAR (bâtiments de surveillance et d’intervention maritime), qui doit permettre de remplacer les actuels avisos et patrouilleurs par une quinzaine de nouvelles unités au cours de la prochaine décennie. Un programme s’ajoutant à celui des FTI, Jean-Yves Le Drian ayant bien rappelé hier la cible d’une « quinzaine de patrouilleurs » en plus des frégates de surveillance. Sur ce programme, portant à priori sur des bâtiments conçus aux normes civiles, DCNS devrait proposer dans les prochaines années une offre conjointe avec le groupe Piriou de Concarneau, avec lequel il a récemment créé une société commune, Kership, dédiée aux bâtiments étatiques construits aux standards civils. Mais les deux partenaires, qui ont aussi remis une offre pour les trois futurs bâtiments multi-missions (B2M) devant être commandés à la fin de cette année, ne sont pas les seuls à convoiter BATSIMAR. D’autres chantiers français, comme CMN à Cherbourg, ont évidemment des cartes à jouer. 

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