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Marine Marchande

Actualité

Un nouveau Bel Espoir va naître dans les chantiers Piriou

Marine Marchande

Le père Michel Jaouen serait sûrement bien fier d’eux : le voilier symbole Bel Espoir va renaître grâce au travail de tout ceux qui perpétuent son héritage au sein de l’AJD, les Amis de Jeudi Dimanche. Pendant plus de 70 ans, le père Jaouen, jésuite et ouessantin, a « fait prendre l’air » à bord de ses bateaux à tout un tas de jeunes confrontés aux difficultés de la vie. L’histoire a commencé dans les années 50, dans un foyer qui recueillait ceux qui sortaient de la prison de Fresnes. Pour eux, à la recherche d’un nouvel élan dans leur vie fragilisée, Michel Jaouen imagine un séjour à la mer, sur la côte nord du Finistère là où sa famille s’est installée. L’AJD naît à Landeda et tout de suite, il met ses jeunes à bord de bateaux pour leur apprendre certes à naviguer, mais aussi à vivre ensemble, à former un équipage et à reprendre confiance.

 

Le père Michel Jaouen (© AJD)

Le père Michel Jaouen (© AJD)

 

On lui donne des bateaux, des petits et des grands, pour l’aider à les embarquer. Rapidement, Michel s’entoure de marins, voileux, mar-mar, appelés du service militaire, de bénévoles qui s’y connaissent en chantiers navals. Ils viennent l’aider à encadrer ses stagiaires à bord et à terre : « le mélange, je te dirai qu’il n’y a que ça qui marche », répétait-il souvent. Dans les années 90, l’AJD achète un chantier sur les rives de l’Aber Wrac’h au moulin de l’Enfer. Un cadre idéal pour y installer sa petite flottille et un bâtiment qui permet à l’AJD d’être autonome techniquement. Les jeunes en réinsertion s’y forment à des métiers techniques, comme la mécanique marine, la soudure, la menuiserie, ensuite ils embarquent sur les bateaux où ils apprennent la navigation. Chaque année, les deux « gros » bateaux de l’AJD, le Bel Espoir et le Rara Avis, traversent l’Atlantique pour des navigations au long cours, avec à leurs bords des personnes venant de tous horizons soit une trentaine de stagiaires dont la participation aide au financement des transats. Le reste de la flottille, une dizaine de bateaux - tous donnés - de 3 à 20 mètres, servent à la formation, la navigation côtière et les permis bateaux. Le père Jaouen a largué les amarres en mars 2016, à l’âge de 95 ans. L’AJD est devenue un véritable pilier de l’action sociale en mer et plusieurs générations de bénévoles sont toujours à la manœuvre pour continuer la mission.

 

Le Bel Espoir (© AJD)

Le Bel Espoir (© AJD)

 

Début 2017, le Bel Espoir a eu un gros accident. Alors qu’il était posé, au sec, pour un arrêt technique, une grosse rafale de tempête d’hiver le couche sur son flanc. Les membrures de la goélette, construite en 1944 pour transporter le bétail entre l’Allemagne et le Danemark, se cassent, le pont se déforme. Le bateau de 30 mètres de long, arrivé à l’AJD en 1968, a beaucoup souffert. « Après expertise, on s’est rendu compte que la réparation de la coque n'était pas envisageable financièrement ». Fanny Hamon est un de ces marins bénévoles qui travaillent sans relâche au sein de l’AJD dont elle est vice-présidente. « On a pris plusieurs mois de réflexion pour savoir ce qu’on devait faire. Finalement, on a décidé de reconstruire une coque en acier sur laquelle nous allions réinstaller le gréement, le moteur et tout ce que nous pouvons récupérer de l’ancien Bel Espoir ».

 

(© AJD)

(© AJD)

 

Une coque acier, moins chère et plus rapide à construire qu’une coque en bois, « et aussi parce que ça améliore la sécurité et l’entretien ». François Lucas, architecte naval à Nantes, travaille sur cette nouvelle carène et adapte la forme de l’ancien bateau à ce nouveau matériau. L’association fait faire des devis dans toute l’Europe et se décide pour le chantier Piriou. « Le critère de la proximité était important pour nous et je crois que le chantier est content de travailler sur un voilier et sur notre projet ». Le début des travaux est prévu mi-octobre, la coque devrait sortir des hangars de Concarneau fin janvier pour être ensuite remorquée à l’Aber Wrac'h

 

(© AJD)

(© AJD)

L’AJD ne vit que grâce à des dons privés. « Nos finances nous ont permis de lancer la fabrication de la nouvelle coque. Pour la suite des travaux, nous sommes en train de chercher des fonds ». Un budget d’environ 2 millions d’euros sera nécessaire pour mener à bien ces travaux. L’AJD est une association reconnue d’intérêt général, les dons qui lui sont adressées peuvent donc bénéficier d’une défiscalisation.

 Infos et dons : www.belespoir.com ou par courrier à AJD -BP 2 - 29870 LANNILIS