Marine Marchande
Un pas en avant vers une zone SECA en Méditerranée

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Un pas en avant vers une zone SECA en Méditerranée

Marine Marchande

Après la zone Manche/mer du Nord et la Baltique, la Méditerranée sera-t-elle la prochaine zone SECA (Sulfur Emission Control Area) en Europe ? L’Union européenne et les vingt-et-un Etats riverains de cette mer viennent de s’engager à faire de la Méditerranée une zone à faibles émissions d’oxydes de soufre par les navires.

Réunis à Naples, dans le cadre de la conférence des parties de la Convention de Barcelone, les Etats méditerranéens ont affirmé « l’ambition commune de saisir l’Organisation Maritime Internationale en 2022 pour limiter à 0.1% la teneur en soufre autorisée dans les carburants des navires en Méditerranée », indique un communiqué du ministère de la Transition écologique et solidaire. En effet, seule l'OMI peut créer une zone spécifique à l'intérieur de la réglementation de l'annexe 6 de la convention Marpol. « La mise en œuvre de cette décision fait l’objet d’une feuille de route, agréée également par toutes les parties. Elle prévoit la réalisation d’études complémentaires et l’identification des mesures d’accompagnement afin de faciliter l’atteinte de l’objectif visé », poursuit le ministère.

Dans les zones SECA, les navires sont tenus depuis 2015 ne pas émettre plus de 0,1% de soufre. Il n’en existe que deux en Europe : la mer Baltique et la Manche/mer du Nord. Deux autres couvrent les Caraïbes dans la zone américaine (Porto-Rico et Iles Vierges) et une partie des côtes américaines et canadiennes. Cette annonce intervient alors que le reste du monde est sur le point de voir la limite abaissée à 0,5% au 1er janvier 2020. Sachant qu'avant même que la règlementation aille plus loin, un certain nombre d'armateurs a déjà décidé de passer directement à un gasoil dont la teneur en soufre n'est que de 0,1%. Cela, pour des questions de disponibilité du carburant à 0,5% et des pressions sur les questions environnementales. 

La ministre Elisabeth Borne s’est en tous cas félicitée de cet accord. Elle y a voit « un tournant décisif » et « une prise de conscience collective de l’importance de l’enjeu ». La France milite pour une accélération du passage de la Méditerranée en zone à basse émission de soufre depuis plusieurs années. Le mouvement avait été initié par Ségolène Royal, en 2017, et repris par ses successeurs au ministère de l'Écologie. En janvier 2019, la France avait notamment publié une étude coûts/bénéfices. Elle concluait que « les bénéfices pour la santé de la mise en œuvre d'une SECA-NECA en Méditerranée sont au moins trois fois plus élevés que les coûts » et qu’une telle zone « permettrait ainsi d’éviter près de 1730 morts prématurées chaque année sur l’ensemble du bassin méditerranéen ».

Car si la bataille du soufre est pour ainsi dire presque gagnée désormais, celle de la réduction des émissions d'oxyde d'azote (NOx) doit encore être conduite à l'échelle mondiale. Sans oublier les émissions de particules fines et, bien sûr, l'impérieuse nécessité de diminuer sensiblement les rejets de CO2.