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Un patrouilleur vénézuélien veut arraisonner un paquebot et coule après l’avoir abordé

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Un patrouilleur vénézuélien veut arraisonner un paquebot et coule après l’avoir abordé

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Une histoire assez ahurissante pour une information qui, si elle était tombée 24 heures plus tôt, aurait pu faire croire à un poisson d’avril… Le 30 mars, le Naiguatá, un patrouilleur hauturier de 80 mètres entré en service en 2012 dans la flotte des garde-côtes vénézuéliens, a sombré après avoir tenté d’arraisonner le navire de croisière RCGS Resolute. Ce dernier n’est autre que l’ancien Hanseatic de la compagnie allemande Hapag-Lloyd Cruises, construit en Finlande en 1991. Un petit paquebot d’expédition de 122.8 mètres de long, 8400 GT de jauge et d’une capacité de 184 passagers, vendu fin 2018 à la compagnie Columbia Cruise Services. Il bat depuis pavillon portugais et continue d’être exploité sur des croisières d’expédition, notamment vers l’Antarctique, ce navire ayant une coque renforcée pour les navigations en zones polaires. Un détail qui a son importance comme nous allons le voir. 

 

Le RCGS Resolute est l'ancien Hanseatic (© MICHEL FLOCH)

Le RCGS Resolute est l'ancien Hanseatic (© MICHEL FLOCH)

 

L’armateur décrit une manœuvre à peine croyable

Parti 25 jours plus tôt de Buenos Aires pour rejoindre Curaçao, avec seulement 32 membres d’équipage à bord, le RCGS Resolute se trouvait le 30 mars près de l’île vénézuélienne de la Tortue (Isla La Tortuga). « Le navire dérivait déjà depuis un jour au large des côtes de l'île pour effectuer un entretien de moteur de routine lors de son voyage au ralenti vers Curaçao. Pendant que la maintenance était en cours sur le moteur principal tribord, le moteur principal bâbord a été maintenu pour pouvoir garder à tout moment une distance de sécurité avec  l'île », explique Columbia Cruise Services dans un communiqué. Selon l’armateur, le RCGS Resolute se trouvait à 13.3 milles de l’île de la Tortue, c’est-à-dire à proximité des eaux territoriales vénézuéliennes mais toujours dans les eaux internationales, quand, peu après minuit, le patrouilleur Naiguatá a fait son apparition. Le bâtiment vénézuélien a contacté par radio le navire de croisière pour connaitre ses intentions. Puis, assure Columbia Cruise Services, lui « a donné l'ordre de le suivre à Puerto Moreno sur l’île de Margarita. Étant donné que le RCGS Resolute naviguait dans les eaux internationales à ce moment-là, le capitaine a voulu reconfirmer cette demande particulière, qui entraînerait une importante déviation de la route prévue du navire. Alors que le capitaine était en contact avec le siège social, des coups de feu ont été tirés et, peu de temps après, le (patrouilleur) s'est approché rapidement du côté tribord avec un angle de 135° et a heurté délibérément le RCGS Resolute. Le navire de la marine a continué de battre la proue sur tribord dans une tentative apparente de tourner l’avant du navire vers les eaux territoriales du Venezuela ».

Le patrouilleur probablement éventré par le bulbe d’étrave du Resolute

Une manœuvre qui s’est avérée fatale pour le Naiguatá. Alors que le navire de croisière s’en tirait avec des dégâts mineurs n’affectant pas sa navigabilité, le patrouilleur vénézuélien fut à l’inverse gravement endommagé par cet abordage. Sa coque a probablement été déchirée par le bulbe d’étrave du RCGS Resolute, taillé pour affronter la banquise et contre lequel les minces flancs du patrouilleur n’avaient aucune chance. « Prêt à intervenir à tout moment, le RCGS Resolute est resté pendant plus d'une heure à proximité des lieux et a contacté le Centre de coordination des opérations de sauvetage maritime (MRCC) de Curaçao. Toutes les tentatives de contacter les personnes à bord du navire (vénézuélien) sont restées sans réponse », affirme Columbia Cruise Services. Aucune demande d’assistance n’étant formulée, le MRCC a finalement donné liberté de manœuvre au navire de croisière, qui n’a évidemment pas demandé son reste et a repris sa navigation vers Curaçao, où il est arrivé le 31 mars.

Nicolás Maduro dénonce une « agression »

Quant au Naiguatá, victime de voies d’eau, il n’a pas pu être sauvé et a sombré, ce qu’ont confirmé les autorités vénézuéliennes. Le bâtiment a probablement été évacué mais on ne sait pas si ce naufrage a fait des victimes. Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, a demandé la collaboration des autorités de Curaçao pour mener l’enquête et a rejeté la responsabilité de cet accident sur le navire de croisière, dont le comportement a été qualifié d'« acte d’agression et de piraterie ». Caracas affirme que le Naiguatá avait appareillé sur alerte alors que le RCGS Resolute atteignait les eaux territoriales vénézuéliennes. Et le gouvernement bolivarien d’émettre au passage une hypothèse sulfureuse quant à la présence du navire de croisière près de ses côtes : « les autorités de l'État vénézuélien n'excluent pas l'hypothèse selon laquelle c'est un navire qui transportait des mercenaires pour attaquer des bases militaires au Venezuela, les débarquant en haute mer ».

Encore un bâtiment de Navantia coulé par un navire civil

Le Naiguatá était l’un des plus grands et des plus récents bâtiments des garde-côtes vénézuéliens. C’était l’un des quatre Buques de Vigilancia de Litoral (BVL) commandés en 2005 au constructeur espagnol Navantia. Ce dernier a réalisé dans son chantier de Puerto Real (Cadix) les Guaicamacuto, Yaviré et Naiguatá, livrés en 2011 et 2012. Le quatrième patrouilleur de la série, baptisé Comandante Eterno Hugo Chávez, a quant à lui été produit avec l’assistance technique de Navantia par le chantier vénézuélien Dianca de Puertocaballo, où il a été lancé en 2014. Longs de 79.9 mètres pour une largeur de 11.8 mètres et un déplacement de 1453 tonnes, ces bâtiments armés par une quarantaine de marins sont équipés d’une tourelle de 76mm, un canon de 35mm et des mitrailleuses.

La loi des probabilités étant parfois cruelle, c’est la seconde fois en moins de 18 mois qu’un bâtiment militaire construit par Navantia est envoyé par le fond après un abordage avec un navire civil. Egalement réalisée par les chantiers espagnols, la frégate norvégienne Helge Ingstad avait coulé le 8 novembre 2018 dans un fjord au nord de Bergen, suite à une collision de nuit avec le pétrolier grec Sola TS. Plus globalement, si l’on tient compte des abordages avec des navires de commerce qui ont gravement endommagé les destroyers américains USS Fitzgerald et USS John McCain en 2017, on peut dire que, ces dernières années, la marine marchande a constitué la principale menace de son homologue militaire.  

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.