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Un porte-avions américain cloué au port faute de crédits pour sa refonte

La refonte à mi-vie de l’USS Abraham Lincoln, l’un des 10 porte-avions américains, est retardée en raison de problèmes de financement. C’est ce qu’a annoncé la marine américaine le 8 février. Le bâtiment, dont les cœurs nucléaires doivent être impérativement rechargés, devait gagner cette semaine le chantier Huntington Ingalls Industries de Newport News afin d’entrer en cale sèche, mais le contrat avec HII n’a pas pu être signé. « Le Lincoln demeurera à quai à la base navale de Norfolk jusqu’à ce que des crédits suffisants soient reçus pour exécuter sa révision complète et le rechargement en combustible. En attendant, l’équipage assurera sa maintenance », explique l’US Navy. Les porte-avions américains, conçus pour demeurer en service 50 ans, connaissent une opération de RCOH (Refueling Complex Overhaul) à mi-vie. Durant une quarantaine de mois, les bâtiments sont modernisés et leurs deux réacteurs nucléaires (dont les éléments combustibles sont prévus pour durer 20 à 25 ans), produisant l'énergie nécessaire à leur propulsion, sont rechargés. Débutée le 29 août 2009, cette grande maintenance s’achève sur l’USS Theodore Roosevelt, en service depuis 1986 et qui doit laisser la place à l’USS Abraham Lincoln (1989), pour lequel les travaux doivent durer jusqu’en 2016. Doit ensuite suivre l’USS George Washington (1992), le chantier de Newport News devant aussi, entretemps, assurer le déchargement des éléments combustibles des cœurs de l’USS Enterprise, retiré du service en décembre dernier.

 

 

L'USS Theodore Roosevelt en refonte, ici en 2011 (© : USS NAVY)

 

 

Impact direct sur le potentiel de la flotte et le tissu industriel

 

 

Les infrastructures d’Huntington Ingalls Industries, qui assure non seulement la maintenance des porte-avions américains mais aussi la construction des bâtiments neufs de ce type, comme actuellement le futur USS Gerald R. Ford, sont donc très sollicitées et l’occupation des cales sèches soumise à des contraintes calendaires importantes. C’est pourquoi l’US Navy s’inquiète fortement de devoir reporter le chantier de l’USS Abraham Lincoln. Car cette situation n’est pas sans conséquence pour l’activité opérationnelle de la flotte et est susceptible d’entrainer à terme des surcoûts. « Annuler ou reporter des opérations de maintenance provoque des retards significatifs et affecte les calendriers, tout en ayant un impact sur les coûts et les capacités pour les années futures. Le retard de la révision et du rechargement des cœurs du Lincoln impactera l’activité d’autres porte-avions. En raison du court laps de temps disponible entre deux arrêts techniques,  ce retard aboutira à reporter d’autant le déchargement des réacteurs de l’Enterprise, récemment retiré du service, mais aussi le début de la période maintenance du George Washington ». L’état-major de la flotte américaine rappelle aussi qu’une telle situation, consécutive au fait que la nouvelle loi de finances, permettant de débloquer les crédits, n’ait pas encore été adoptée, provoque des difficultés pour les industriels et les sous-traitants chargés de mener à bien ces chantiers majeurs. Et l’US Navy de tirer la sonnette d’alarme : « Les incertitudes fiscales liées au fait qu’il n’y ait pas de projet de loi de finances et les mesures que la marine est forcée de prendre en conséquence font peser un stress significatif sur une force déjà confrontée à une situation tendue et sapent la stabilité d’une base industrielle fragile ».

US Navy / USCG