Marine Marchande
Un remplaçant pour l'Abeille Languedoc à la Rochelle ?

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Un remplaçant pour l'Abeille Languedoc à la Rochelle ?

Marine Marchande

À compter du 1er octobre prochain, l'Abeille Languedoc va quitter sa station du port de La Rochelle pour rejoindre le Pas-de-Calais. Le remorqueur d'intervention, d'assistance et de sauvetage, armé par les Abeilles (groupe Bourbon) et affrété par la Marine nationale, va assurer la relève du remorqueur Anglian Monarch, co-affrété par la France et le Royaume-Uni depuis 2000. Compte tenu des fortes restrictions budgétaires auxquelles ont dû faire face les garde-côtes britanniques, ceux-ci ne pouvaient plus assumer le coût de l'affrètement du navire.
But de l'opération menée rapidement par les autorités maritimes françaises : ne pas « dégarnir » le goulot d'étranglement du Pas-de-Calais qui voit passer tout le trafic des ports du Nord de l'Europe (90.000 navires par an sur les voies montantes et descendantes du dispositif de séparation de trafic) et qui est une zone intense de trafic de ferry et de pêche. Depuis le début de son affrètement, l'Anglian Monarch a réalisé plus de 80 interventions dans le seul périmètre du DST. L'arrivée de l'Abeille Languedoc et de sa puissance de traction de 160 tonnes, disponible 24h/24 avec un délai d'appareillage très court, est donc plus que bienvenue et nécessaire.

 L'Anglian Monarch a effectué plus de 80 interventions depuis le début de son affrétement  (© : MARINE NATIONALE)
L'Anglian Monarch a effectué plus de 80 interventions depuis le début de son affrétement (© : MARINE NATIONALE)

Reste désormais à savoir si son départ de la façade atlantique doit impliquer un remplacement. Sur la pointe bretonne, la veille est assurée par l'Abeille Bourbon, positionnée à Brest depuis 2005. Avec une capacité de traction accrue (200 tonnes) et une vitesse d'intervention plus importante, jusqu'à 20 noeuds en transit, le remorqueur peut avoir un spectre et un rayon d'action supérieur à son prédécesseur, l'Abeille Flandre (sistership de la Languedoc). Il est cependant principalement assignée au secteur du dispositif de séparation du trafic d'Ouessant, zone accidentogène majeure de la pointe Bretagne. Quitter cette zone pour intervenir plus au sud ou plus en Manche est une décision que peut prendre ponctuellement le préfet maritime - comme dans le cas du MSC Napoli assisté en Manche occidentale en 2007 - en fonction des besoins opérationnels. Mais ce n'est certainement pas la vocation première de l'Abeille Bourbon.

L'Abeille Bourbon est principalement assignée au DST d'Ouessant  (© : MARINE NATIONALE)
L'Abeille Bourbon est principalement assignée au DST d'Ouessant (© : MARINE NATIONALE)

L'Abeille Languedoc, depuis son arrivée à la Rochelle en 2006, n'a pas beaucoup quitté son quai de la Pallice. Deux interventions majeures ont marqué, jusqu'ici, sa station: le Rokia Delmas échoué en 2006 sur l'île de Ré et le déséchouage de l'Artémis aux Sables d'Olonne en 2008. Mais, localement, la présence du remorqueur a marqué les esprits. Sur une façade atlantique encore marquée par les marées noires de l'Erika et du Prestige et par les tempêtes meutrières des dernières années, la sécurité maritime est devenue un sujet de préoccupation. Et maintenant que le départ de l'Abeille Languedoc est annoncé, la question de son remplacement se pose. Le principe de précaution, qui avait présidé au repositionnement du remorqueur en 2006, est désormais sacré.

La Rochelle ou ailleurs?


Si aucune annonce officielle n'a été faite en ce sens, la question du positionnement d'un autre moyen sur le golfe de Gascogne est ouverte. Les spécialistes du dossier s'interrogent : replacer un remorqueur à La Rochelle, port finalement relativement éloigné de l'autoroute maritime Finistère-Finisterre ? Plus au sud, à Bayonne, là aussi au fond du golfe de Gascogne ? Positionner un autre moyen à Brest, aux côtés de l'Abeille Bourbon et des bâtiments de soutien et d'assistance à la dépollution Alcyon et Argonaute, pour permettre à la Bourbon de s'absenter plus facilement la zone ? Ou alors, mettre un moyen puissant à Saint-Nazaire, port au plus gros trafic sur la façade atlantique et accueillant des navires de forte capacité ? Les solutions sont multiples. Mais si la demande des élus et des populations existent, elle sera confrontée au budget de l'action de l'État en mer, et plus spécifiquement des moyens d'intervention, actuellement uniquement supportés par la Marine nationale.