Marine Marchande

Reportage

Un système d'écluses sur mesure

« Ce qui nous rend nos nouvelles écluses complètement uniques, c'est le fait d'avoir choisi un système de bassins qui recycle l'eau. Grâce à eux, nos nouvelles écluses se remplissent en 17 minutes. Une fois le navire passé de l'autre côté de la porte, l'eau va se vider dans trois bassins puis revenir alimenter l'écluse afin de réutiliser 60% pour le passage suivant », explique Ilya Espino de Marotta, vice-présidente exécutive de l’ingénierie et de l'administration des programmes de l'Autorité du Canal de Panama (ACP).

 

Ilya Espino de Marotta (© ANNIE-LAURE PETIT)

 

Un passage en 154 minutes, pas plus !

Pour permettre ce va-et-vient de l'eau entre la chambre dans laquelle se trouve le navire et les bassins, chaque écluse est équipée de 76 valves. « 16 valves permettent d'amener l'eau du lac à l'océan. Puis chaque chambre a 12 valves de conduite sur ses murs pour faire transiter l'eau des bassins vers les chambres. Et huit petites valves peuvent ajuster les 10 cm d'eau d'écart qui peuvent être déversés d'une chambre à l'autre », détaille Andres Vermeire, ingénieur en automatisation pour la société belge Jan de Nul, membre du consortium Groupement Uni Pour le Canal, en charge de la réalisation de cette expansion. « Le client nous a demandé que le passage ne dure pas plus de 154 minutes ! »

 

(© ACP)

 

Portes coulissantes 

Entre chacune des trois chambres, le navire doit franchir deux portes de 10 mètres d'épaisseur. Pour déplacer ces lourds ouvrages, il a fallu trouver l'astuce des caissons de flottaison. Mis en place sous la porte, ils permettent d'en diminuer le poids pour le ramener à près de 400 tonnes seulement et permettre ainsi de coulisser sur 55 mètres. Dans la tour de contrôle, 17 écrans traitent 35.000 informations, c'est sept fois plus que sur les anciennes écluses. Le système de contrôle, unique au monde, a dû être mis au point sur-mesure.

 

(© ANNIE-LAURE PETIT)

(© ANNIE-LAURE PETIT)

 

Nouveaux défis nautiques 

« Ca n'a rien à voir avec des jouets. Beaucoup de gens le croient mais c'est de la science ! », précise tout de suite Fernando Jaén, officier formateur pour les pilotes du canal de Panama. A Summitt, le centre d'entraînement de l'Autorité du Canal de Panama (ACP), tout est 25 fois plus petit qu'en réalité mais tout est respecté : la direction des vents, l'entrée du fleuve Chagrès, les courants reproduits avec un générateur, les différentes hauteurs d'eau, les inclinaisons des berges...

Deux jours ici, un entraînement virtuel en 3D, de la théorie et pour une soixantaine d'entre eux, un transit sur le MN Baroque, néopanamax de 255 mètres de long sur 43 mètres de large loué pour l'occasion. « On ne sent plus cet effet ventouse que l'on avait en changeant de chambre dans les anciennes écluses. A Agua Clara, la pression créée par l'eau se retire avec un effet neutre. C'est beaucoup plus confortable », raconte Andrew Effiniatas, pilote depuis 12 ans.

 

Au centre de formation de Summit (© ANNIE-LAURE PETIT)

Au centre de formation de Summit (© ANNIE-LAURE PETIT)

 

Pour les capitaines des remorqueurs, au moment de l'ouverture du nouveau canal, l'heure était à l'attente teintée de quelques inquiétudes. « Cela fait deux ans que nous demandons de connaître les procédures d'urgences et de sécurité. Mais nous n'avons rien eu. Les process sont éprouvés en temps réel chaque jour », affirme Ivan de la Guardia, secrétaire général du syndicat des capitaines de remorqueurs et des officiers de pont.
Les remorqueurs permettaient jusqu'ici d'amener le bateau dans l'écluse où il était alors pris en charge par les locomotives. Désormais, il y a un remorqueur à l'avant, un autre à l'arrière et ils restent dans l'écluse. « Avec deux semaines de tests seulement, la formation a été trop courte et est arrivée trop tard. On ne sait pas combien de temps il faut pour stopper un neopanamax. Alors, forcément, il y en a qui pensent aux accidents ».

 

(© ACP)

        

Un reportage d'Annie-Laure Petit