Marine Marchande
Un tanker battant pavillon britannique arraisonné par l’Iran dans le détroit d’Ormuz

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Un tanker battant pavillon britannique arraisonné par l’Iran dans le détroit d’Ormuz

Marine Marchande

Les gardiens de la révolution ont arraisonné le 19 juillet un pétrolier battant pavillon britannique dans le détroit d’Ormuz. Il s’agit du Stena Impero, navire de 183 mètres et près de 50.000 tonnes de port en lourd qui, s’il est immatriculé au Royaume-Uni, appartient à l’armateur suédois Stena. Son équipage comprend 23 marins, dont 18 y compris le capitaine seraient indiens (les autres seraient de nationalités philippine, lettone et russe). Conduit au port iranien de Bandar Abbas, le navire a selon Téhéran été arraisonné pour « non-respect du code maritime international » du fait selon les Iraniens qu’il a heurté un bateau de pêche et poursuivi sa route sans s’arrêter. Mais les Occidentaux y voient surtout une réponse iranienne à la décision de la Cour suprême de Gibraltar, quelques heures plus tôt, de prolonger de 30 jours la détention du pétrolier Grace 1, immobilisé depuis le 4 juillet car soupçonné par les autorités britanniques d’être en route pour livrer du pétrole iranien en Syrie, en violation de l’embargo européen à l’encontre du régime de Damas. Londres et d’autres capitales européennes, ainsi que Washington, ont dénoncé l’arraisonnement du Stena Impero et exigé qu’il soit relâché. Pour le chef de la diplomatie britannique, qui récuse la version iranienne expliquant l'arraisonnement du Stena Impero, la situation des deux pétroliers est différente. Selon Jeremy Hunt, le Grace One a été immobilisé « légalement dans les eaux de Gibraltar en violation des sanctions de l'UE. Le Stena Impero a été saisi dans les eaux omanaises en violation flagrante du droit international ».

Les Etats-Unis musclent leur dispositif militaire

Cet évènement s’inscrit dans un contexte de forte détérioration des relations entre les Etats-Unis et l’Iran, étouffé économiquement par les sanctions imposées par Washington et qui menace de reprendre son programme nucléaire si les Européens ne parviennent pas à desserrer l’étau américain. Alors que plusieurs navires de commerce ont fait depuis le mois de mai l’objet d’actes de sabotage ou d’attaques, Donald Trump a affirmé jeudi dernier que le destroyer USS Boxer avait détruit un drone iranien qui s’était trop approché. Une information démentie par Téhéran, dont les forces ont abattu le 20 juin un drone de surveillance Triton de l’US Navy. Alors que celle-ci dispose sur place d’importants moyens, dont un groupe aéronaval emmené par l’USS Abraham Lincoln (avec notamment une quarantaine de F/A-18 à bord), les Etats-Unis ont renforcé ces derniers mois leur dispositif dans la région. Cela s’est en particulier matérialisé par l’arrivée fin juin d’avions de combat furtifs F-22 au Qatar, s’ajoutant aux F-35 envoyés en avril aux Emirats Arabes Unis et aux bombardiers B-52 arrivés au Qatar en mai. Pour la première fois depuis 2003, des unités combattantes américaines sont par ailleurs en train d’être positionnées en Arabie Saoudite, où une unité sol-air et selon la presse américaine 500 soldats sont déployés sur la base aérienne Prince Sultan, près de Ryad, afin de préparer l’arrivée d’escadrons de l’US Air Force.

Appels à la désescalade

Alors que Paris et Berlin appellent à la désescalade, Londres, de son côté, assure que la priorité est « de trouver un moyen de désamorcer la situation » mais le gouvernement britannique, qui juge l’arraisonnement du Stena Impero « inacceptable », doit présenter ce lundi au parlement une série de « mesures » et « options » pour faire face à cette crise. Alors que le président américain a évoqué en juin l’idée de faire escorter le trafic commercial dans le détroit d’Ormuz, le Royaume-Uni avait annoncé le 12 juillet le déploiement anticipé du destroyer lance-missiles HMS Duncan (type 45) dans la région du Golfe, où il devait relever la frégate HMS Montrose (type 23) actuellement sur zone mais avec laquelle il patrouillera temporairement en renfort.

Pour mémoire, le détroit d’Ormuz, mince passage reliant le golfe Arabo-persique et l’océan Indien, est un axe crucial pour le commerce énergétique mondial, puisque 30% du trafic de brut y transite. Un enjeu stratégique sur lequel l’Iran souhaite manifestement peser dans les négociations autour des sanctions économiques dont elle fait l’objet. Cela, de manière plutôt « contrôlée » pour le moment, comme semble en témoigner l’absence de panique sur les cours du pétrole. Ce qui ne signifie pas qu’à force de voir les tensions s’attiser, un embrasement serait à exclure. C’est ce que de nombreux pays, à commencer par les Européens, la Russie et la Chine, souhaitent éviter.