Histoire Navale
Une cagnotte en ligne pour sauver l’ex-canot de sauvetage Yvon Salaün 

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Une cagnotte en ligne pour sauver l’ex-canot de sauvetage Yvon Salaün 

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L’Association pour la Conservation des Anciens Canots de Sauvetage en appelle à la générosité du public pour réparer l’Yvon Salaün, qui nécessite de lourds travaux après avoir talonné le 12 septembre dernier sur un rocher en baie de Morlaix. Construit à Fécamp en 1955, ce bateau commandé à l’époque par les Hospitaliers sauveteurs bretons (qui ont fusionné en 1965 avec la Société centrale de sauvetage des naufragés pour donner naissance à la SNSM) a porté secours à de très nombreuses personnes pendant ses 43 années de service à Portsall, dans le nord du Finistère. L’Yvon Salaün, nommé en hommage à un ancien matelot pêcheur portsallais passé en Angleterre dès le 19 juin 1940 pour rejoindre la France Libre, est une pièce unique du patrimoine maritime français. Long de 14.5 mètres pour une largeur de 4.3 mètres, « c’est le plus grand canot de sauvetage jamais réalisé en bois et qui navigue toujours », explique à Mer et Marine André Orlac’h, président de l’association, qui compte une dizaine de membres, pour moitié d’anciens sauveteurs en mer. Une équipe qui a méticuleusement conservé et entretenu l’Yvon Salaün depuis 1998, lui permettant de continuer à naviguer plutôt que de terminer à la casse ou, comme cela était prévu à l’époque, finir en ornement sur un rond-point. Cela, sans jusqu’ici demander quoi que ce soit. « C’est la première fois en 23 ans que nous demandons de l’aide, jamais de subventions, nous avons toujours été autosuffisants, on se débrouillait avec nos cotisations et des dons provenant de l’utilisation du bateau pour des manifestations nautiques ou au profit de Comités d’entreprises ».

Mais cette fois, le coût des travaux est trop lourd. En talonnant il y a deux mois, l’Yvon Salaün a souffert de gros dommages. L’accident a occasionné des voies d'eau et des dégâts importants au niveau de la coque et des quilles anti-roulis, qui ont nécessité sa mise au sec immédiate. « On pourra faire nous-mêmes certains travaux, ce qui permet de réduire la facture, par exemple la peinture et de la ferronnerie, mais on ne peut pas réparer la coque, qui a un bordé croisé trois plis en acajou avec des rivets en cuivre ». Le canot a, suite à l’accident, été installé sur le terre-plein du port de Roscoff, en attendant d’être remis en état par le chantier finistérien 7 Vents, de Saint-Pol-de-Léon. Le vénérable bateau étant classé Monument historique depuis 2016, le ministère de la Culture a validé le chantier qui va assurer les réparations, et assumera la moitié du coût des travaux. Mais la facture s’élève à 60.000 euros, laissant environ 30.000 euros à la charge de l’association, qui n’en a pas les moyens. « C’est hors de portée financièrement pour nous. Nous avons donc, pour la première fois, demandé des subventions aux collectivités locales, départementales et régionales mais, à ce jour, personne ne nous a répondu », indiquait le 12 novembre André Orlac’h. Parallèlement, l’association a heureusement lancé une cagnotte en ligne sur le site HelloAsso. Le public est ainsi invité à participer au financement de la remise en état de l’Yvon Salaün, sachant que chaque don d’au moins 50 € est déductible à 66 % des impôts sur le revenu.

- Accéder à la page de la cagnotte en ligne sur le site HelloAsso

Ce dimanche, on enregistrait une cinquantaine de donateurs pour près de 6000 euros collectés. « Nous espérons que cela va continuer et que l’on va pouvoir sauver le bateau et lui permettre de reprendre la mer. Ce serait un juste retour des choses pour un canot qui a passé plus de 40 ans à sauver des vies et qui, depuis sa mise en retraite du sauvetage, a été très actif et contribue en de nombreuses occasions à la représentation de la SNSM ». Parmi les clubs nautiques de la baie de Morlaix, la mobilisation s’organise également. « À chaque fois qu’on a besoin d’eux, ils sont là. Ce sont des bénévoles dévoués ; il faut les aider », a commenté auprès de nos confrères du Télégramme Marc Jégou, du Yacht-club de Morlaix. Son association sera solidaire. D’autres clubs feront de même. Et si le grand public s’y met, la survie d’un élément majeur du patrimoine maritime breton sera assurée et les travaux de réparation pourront, comme prévu, débuter en décembre afin que la belle silhouette de l’Yvon Salaün puisse reprendre la mer l’année prochaine.

 

(© MICHEL FLOCH)

(© MICHEL FLOCH)

 

Une retraite très active depuis 1998

Depuis sa reprise par l’association, l’Yvon Salaün a été très actif dans la baie de Morlaix et dans tout l'ouest de la Bretagne. Il a participé aux grands rassemblements de vieux gréements à Brest (2000, 2004, 2008, 2012 et 2016), aux fêtes maritimes de Douarnenez, Ploumanac'h et Terre et Mer en baie de Morlaix. Il a assuré la sécurité et accompagné de nombreuses régates, 22 fois sur le Télégramme Tresco Trophée, trois Solitaires du Figaro, les Courses de l'EDHEC, la Transat mini 6,50 et il a été affrété cinq fois par la SNSM de Saint-Malo pour les départs de la Route du Rhum... Il sert aussi régulièrement de bateau comité pour les clubs de voile de la baie de Morlaix et participe aux fêtes organisées par différentes stations de la SNSM en proposant des balades en mer, sans oublier les Journées du Patrimoine. L’Yvon Salaün propose également des sorties en mer pour les entreprises de la région et a également réalisé des promenades pour des jeunes handicapés des Genêts d'Or.