Défense
Une corvette à bord de l'Almak

Reportage

Une corvette à bord de l'Almak

Défense

« Gouvernez au 210 ». La voix n’est pas encore très assurée mais le regard est concentré sur les amers qui défilent en rade de Lorient. Le quart à bord de l’Almak, bâtiment de formation maritime de Navocéan (coentreprise entre Piriou et DCI), est assuré par un jeune élève officier qatari. « Il occupe la fonction 1, celle de chef de quart. Il travaille avec deux autres élèves, un à la barre et l’autre qui fait des relèvements et des points sur la carte ».

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Le commandant Jean-Pierre Cuny est à la tête de l’Almak depuis la sortie de ce dernier des chantiers Piriou en septembre 2013. Il a déjà vu défiler plusieurs bordées d’élèves officiers étrangers, formés en France par DCI Navfco. « Nous avons eu des Saoudiens, des Libyens, des Qataris, qui étudient à l’Ecole Navale dans le cadre du CENOE (cours de l’Ecole Navale pour les officiers étrangers). Ici c’est la partie pratique, ils viennent se former à la navigation côtière pendant des corvettes d’une semaine ».

 

L'Almak en mer (PIRIOU)

L'Almak en mer (PIRIOU)

 

En tout, les élèves officiers en effectuent neuf lors de la formation. Celle-ci dure trois ans : la première année est consacrée à l’apprentissage de la langue française et une remise à niveau dans les matières scientifiques. Les élèves étrangers – une trentaine toutes années confondues – entrent ensuite en première année à l’Ecole Navale puis effectue l’année d’aspirant. « Pendant ces trois ans, nous accompagnons chaque élève scolairement et personnellement. Nous sommes particulièrement attentifs à ce qu’ils trouvent leurs marques dans un pays étranger dont ils ne connaissent rien en arrivant », détaille Bruno Nielly, directeur de DCI-Navfco. Logement en famille d’accueil, suivi personnalisé, livret d’accompagnement,  la formation à la Française est reconnue et appréciée. « Nous avons des partenariats solides avec l’Arabie Saoudite et le Qatar. La formation initiale des officiers de ces deux pays représente 40% de notre activité ». Le reste étant des formations plus ponctuelles, à l’occasion de la livraison d’un navire, ou en réponse à des besoins spécifiques.

 

L'amiral Bruno Nielly (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

L'amiral Bruno Nielly (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

La passerelle de l’Almak est grande et lumineuse. Le fauteuil du commandant a été retiré pour offrir plus de place aux élèves qui tournent autour de la table à carte. A bord de l’Almak, on apprend une navigation classique. Les élèves relèvent des amers grâce aux alidades postés sur chaque aileron. Le cap est tracé avec la règle de Cras « sur une carte papier », insiste le commandant. « Il nous arrive d’occulter une partie de l’électronique de navigation pour que le fonctionnement manuel entre bien dans les habitudes des élèves ».

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

L’équipage de l’Almak est composé de huit marins de commerce, même si certains d’entre eux ont eu une carrière dans la Royale. Pour chaque corvette, un instructeur de l’Ecole Navale est également présent pour assurer la présence militaire. « Tu peux monter en allure, regarde, on est clair, là ». Les lieutenants du bateau effectuent le quart avec les élèves. Et se prennent au jeu de la pédagogie, en détaillant chaque manœuvre ou en expliquant les régimes des deux moteurs Baudoin du bord. « Nous sommes tous des marins », sourit le commandant Cuny. « A nous de leur apprendre comment naviguer en sécurité et en confiance ». Pour cela, le commandant a une méthode : « la préparation. Je leur demande d’arriver au quart en ayant déjà regardé la météo, la route et les cartes. Ils travaillent dans la salle de classe, sur une console, de manière à arriver parés à la passerelle ».

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Les conditions d’apprentissage sur l’Almak sont agréables : le bateau a une capacité de 16 passagers, mais les corvettes dépassent rarement la douzaine d’élèves. « Il faut qu’ils puissent tous faire beaucoup de quart à la mer et tourner à tous les postes », rappelle Bruno Nielly. Les élèves sont logés en cabine double, le bateau dispose d’un stabilisateur anti-roulis. On est bien loin des mythiques bâtiments écoles de la Marine nationale, sur lesquels les élèves officiers étrangers effectuaient leurs corvettes avant l’Almak.

 

La salle à manger et salle de cours des élèves (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La salle à manger et salle de cours des élèves (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Nous sommes très content d’avoir fait le pari de construire notre propre bateau », dit Bruno Nielly. « Il va naviguer entre 35 et 36 semaines par an, auquel il faut rajouter des périodes d’entretien. Mais nous l’avons voulu polyvalent et ce dès sa conception. Il peut donc recevoir des passagers supplémentaires, comme des plongeurs puisque nous sommes équipés pour mener des exercices avec les commandos. La Marine nationale est un partenaire naturel mais nous dialoguons avec d’autres instances, comme par exemple l’agence des aires marines protégées, avec qui nous pourrions travailler pour la surveillance du parc marin de l’Iroise. Il y a beaucoup de possibilités. » 

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

DCI