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Une course sans assistance, vraiment ?

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Une course sans assistance, vraiment ?

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Une course en solitaire, sans escale et sans assistance. Voilà comment est présenté le Vendée Globe. S'il n'y a rien à redire sur les deux premiers termes, le troisième, «sans assistance», pose problème. De plus en plus connectés avec la terre, les marins sont-ils trop assistés ?

Que dit le règlement ?
Pour faire simple, qu'une course à la voile se dispute toujours sans assistance. Et cette règle internationale (article 3.1.1) est valable aussi bien sur une régate qui dure 40 minutes aux Jeux Olympiques que sur un tour du monde de trois mois. « On ne doit rien apporter au solitaire, pas un conseil, pas un outil, pas une voile, pas même un paquet de nouilles, explique Michel Desjoyeaux. Si un skipper est aidé, il enfreint les règles et est mis hors course. »

Y a-t-il des exceptions ?
Oui, c'est le cas sur la Route du Rhum, notamment pour les multicoques où l'aide extérieure, sur l'aspect météorologique et stratégique, est autorisée. « Le routage est toujours interdit... sauf lorsqu'il est autorisé », ajoute Desjoyeaux. Sur le Vendée Globe, les règles ont été assouplies. Elles précisent qu'en cas « d'avarie nécessitant des réparations afin qu'un bateau puisse finir la course, le marin pourra recevoir des conseils de la part de son équipe à terre. Mais les réparations devront être effectuées intégralement par le skipper lui-même ». Un exemple : le moteur, utilisé pour produire l'énergie du bord, tombe en panne. L'équipe à terre peut, à distance, aider le solitaire à le réparer. C'est ce qui avait permis à Desjoyeaux de remporter l'édition 2000-2001 malgré un alternateur cassé.

En cas de blessure ?
Le conseil médical à distance, « par téléphone, mail, visio-conférence ou autre », est autorisé. En 1992-1993, on se souvient de Bertrand de Broc, aidé par Jean-Yves Chauve, le docteur de la course, lui expliquant par télex comment se recoudre la langue. Il y a huit ans, par téléphone satellite, Chauve avait assisté Yann Eliès, victime d'une grave blessure (fracture du fémur) dans l'océan Indien. Marc Guillemot, venu à la rescousse, lui avait lancé des médicaments à bord pour calmer la douleur.

Ce qu'ils en pensent
Jacques Caraës (directeur de course) : « L'assistance extérieure est difficile à contrôler. On a demandé que l'assistance technique se résume uniquement à des conseils, technique ou informatique, mais, qu'en aucun cas, les moyens informatiques ne devaient prendre la main sur le bateau en direct par une équipe à terre. On sait que c'est possible de le faire mais on n'a aucun moyen de le contrôler. La voile est un sport avec des valeurs et des gens de valeur qui respectent les clauses et les règlements. Tous ont signé une décharge sur l'honneur qui ne vaut pas grand-chose dans la réalité, mais j'espère que ça ne débordera pas. Si ça triche et qu'on l'apprend, alors là, ça peut faire très mal... ».

Michel Desjoyeaux (double vainqueur du Vendée Globe) : « Ici, le marin peut " appeler un ami ", comme cela se fait à la télé pour avoir une information qui va lui permettre de réparer son bateau. Mais c'est toujours lui et lui seul qui répare, qui met les mains dans la colle. Lors des dernières éditions, si l'assistance technique avait été interdite, on ne serait pas à 50 % de bateaux à l'arrivée mais à 25 %. Après, est-ce qu'appeler sa maman ou sa femme pour s'entendre dire des mots doux est une aide extérieure ? On peut dire que oui. Recevoir des signaux satellites pour alimenter le GPS, c'est aussi une forme d'assistance extérieure. Les marins ont accès à internet à bord mais ils ne sont pas téléguidés pour autant. Bien sûr qu'on peut tricher, notamment sur la météo, mais je n'imagine pas un routeur prendre le risque de détruire sa réputation en aidant un skipper. Il y a aussi une autre solution : revenir au sextant ».

Un article de la rédaction du Télégramme