Marine Marchande
Une erreur d’entretien courant à l’origine de l’incendie du Boréal

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Une erreur d’entretien courant à l’origine de l’incendie du Boréal

Marine Marchande

Le rapport du Bureau d’Enquête sur les évènements de mer concernant l’incendie du Boréal de la compagnie française Ponant, le 18 novembre dernier, vient de paraître. Pour mémoire, le navire de 142 mètres de long naviguait à proximité des Malouines avec des conditions de mer relativement difficiles, quand un feu s’est déclaré à la machine. Le feu s'est rapidement propagé, notamment via les nappes de câbles. Plus de quatre heures ont été nécessaires à l’équipage pour venir à bout des flammes, et ce malgré le fonctionnement des systèmes de sprinklers et de brouillard Hi FOG. Le Boréal, fonctionnant sur son seul groupe de secours dès l’incendie déclaré, a dû être mouillé puis évacué alors qu’il dérivait vers la côte des Malouines. L’ensemble des 347 personnes à bord a pu rejoindre l’île, grâce notamment à l’intervention de la Royal Navy et à l’assistance de L’Austral, venu se porter au secours de son sistership. Personne n’a été blessé dans ces opérations menées dans des conditions compliquées. Le navire, toujours privé de l’intégralité de sa propulsion, a ensuite été remorqué à Punta Arenas au Chili puis chargé vers l’Europe à bord d’un navire semi-submersible. Réparé par Fincantieri, il a repris du service en mai. 

Le remplacement d'une cartouche filtrante

Les enquêteurs se sont, selon leur méthodologie habituelle, penchés sur la chronologie des évènements ayant mené à l’incident intervenu juste après minuit, peu de temps après la relève de quart. L’officier mécanicien, lors de sa ronde, remarque que l’indicateur de colmatage d’un des quatre groupes Wärtsilä 8L20 du navire est passé au rouge et que le groupe, le DG 4 en l’occurrence, semble dégager une odeur d’échappement inhabituelle. Cet indicateur est le témoin de la nécessité de changement de la cartouche filtrant le combustible avant son injection dans le moteur. Ces cartouches sont changées très régulièrement, plusieurs fois par jour lorsqu’il y a un changement de combustible (notamment le passage de fuel HFO vers diesel MDO, qui provoque un décalminage).

L’officier permute sur l’élément de réserve (ce qui a pour effet de faire immédiatement repasser l’indicateur en blanc), passe au PC Machine, à l’atelier où il prend la pièce de rechange et revient quelques minutes plus tard avec l’intention de changer la cartouche en question. Il commet là une erreur puisqu’au lieu de changer la cartouche du DG4 qu’il avait isolé, il se dirige vers celle du DG3, qui elle n’est pas isolée et donc sous pression.

Une boule de feu et une propagation rapide

Il commence à dévisser le couvercle du filtre duplex et constate une fuite de combustible alors que trois écrous sont à peine desserrés. Il a tout juste le temps de se baisser et de s’écarter en voyant une boule de feu à proximité du coude d’échappement de la turbosoufflante. Il prévient immédiatement le PC Machine, qui a déjà constaté une chute de charge des DG3 et 4 et une surcharge des DG1 et 2 qui compensent visiblement. L’officier de quart au PC stoppe immédiatement les DG1 et 2, les DG3 et 4 suivent, le groupe de secours se met en route. Aucun des groupes ne va redémarrer, stoppant net l’alimentation des deux moteurs électriques de propulsion et l’approvisionnement en énergie du bord. L’évacuation est ordonnée peu de temps après, le chef mécanicien informant rapidement le commandant de la difficulté de la situation.

Le BEA estime que l’erreur humaine, liée à la confusion entre les deux groupes, est le facteur déterminant de l’incident mais pointe néanmoins des points techniques qui ont eu un rôle aggravant dans l’enchaînement des évènements. Ainsi, Il relève notamment l’absence de détrompeur sur le couvercle des filtres et « un embrasement rapide qui pourrait être dû à une saturation de l’atmosphère par un brouillard de HFO à proximité d’une surface portée à haute température ». Il estime que ce dernier pourrait être dû à une mauvaise tenue des capotages calorifugeages des groupes Wärtsilä. Ces derniers ont été améliorés dans leurs nouvelles versions. 

 

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