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Pêche

Reportage

Une journée à bord du chalutier Roxy

Pêche

Le mois dernier, la rédaction de Pont-l’Abbé du Télégramme a lancé la série « Une journée avec ». L’idée : proposer des reportages grand format à la fois dans l’édition papier Ouest-Cornouaille et sur letelegramme.fr. Après avoir mis à l’honneur les rippeurs de la Communauté de communes du Pays bigouden Sud le temps d’une collecte, nous sommes montés, vendredi au Guilvinec, à bord du chalutier Le Roxy, pour une journée de pêche à la langoustine. Récit.

4 h 15. Le port du Guilvinec sort de sa torpeur. Le bal des chalutiers peut commencer. La saison de la langoustine bat son plein. Un à un, les côtiers prennent la mer. Une vingtaine au total dont le Roxy. À son bord, Kevin Coïc, 34 ans, armateur et Nicolas Le Berre, 29 ans, matelot. Peu de paroles sont échangées. On enfile sa cotte de ciré. Les gestes sont rapides, familiers. Les deux Lesconilois, qui travaillent ensemble depuis cinq ans, ont déjà une solide expérience. Ce vendredi 15 juin, la météo s’annonce bonne. Un peu de houle à prévoir. Il fait nuit noire. Le navire de 14 m met le cap vers « Ratic », une zone de pêche située à 10 milles marins soit environ 20 km. Nicolas prend les commandes pendant que Kevin part dormir dans sa bannette. Pour patienter durant le trajet : une cigarette et un thé.

6 h 15. On ne distingue plus Eckmühl, le majestueux phare qui trône à la pointe de Penmarc’h. Le duo s’active pour mettre à l’eau les chaluts jumeaux. Les filets de pêche vont être tractés pendant trois heures à environ 100 m de profondeur à 3,2 nœuds, soit un peu moins de 6 km/h. « Ce premier trait est important. Les langoustines sortent de leur terrier au lever du jour pour se nourrir. Il ne faut pas se louper », explique Nicolas. L’adrénaline monte d’un cran. « C’est un défi permanent. Il y a aussi une petite compétition entre les bateaux. C’est stimulant », lâche le matelot. L’opération s’achève, c’est à son tour d’aller se reposer.

9 h 15. Les deux marins actionnent le treuil pour relever les chaluts. Les langoustines tombent directement sur des tables. Elles sont triées sur place, entièrement à la main. Un système de goulotte permet de rejeter les juvéniles. « La norme européenne impose une taille minimale de 7,5 cm mais ici on ne pêche rien en dessous de 9 cm afin de préserver la ressource », explique Kevin. Premier bilan : « Pas terrible », commente l’armateur. Une vingtaine de kilos de « demoiselles », quelques poissons et crabes. Les produits sont conservés dans des caisses placées dans un vivier réfrigéré installé sur le pont. On ne traîne pas. Les chaluts sont remis à l’eau. Un banc de marsouins accompagne le navire. Superbe spectacle.

 

12 h 15. La poisse. L’un des chaluts a été déchiré par un gros caillou. Non seulement ce deuxième trait n’est pas plus généreux que le premier, mais il va falloir, en plus, réparer au plus vite les mailles endommagées. C’est Nicolas qui s’y colle. L’opération de ramandage dure quelques minutes. Les goélands rôdent, en bons charognards.

15 h 30. Troisième et dernier trait. Là encore, la déception se lit sur le visage des deux marins-pêcheurs. La table de tri n’est pas remplie. « Ce n’est pas une bonne semaine. Vivement le week-end », soupire Nicolas. « La pêche, c’est souvent aléatoire. Les facteurs de réussite sont nombreux mais la chance fait aussi partie du métier ».

16 h 30. Le Roxy accoste devant la criée du Guilvinec. Sur le belvédère, curieux et touristes observent le retour des marins. À quai, quelques anciens donnent un coup de main pour débarquer la pêche. Résultat du jour : 75 kg de langoustines, de la lotte, de la sole et des merluchons. La consolation, c’est le prix de vente du jour de l’or rose : 11 € le kilo (18,50 € les plus grosses). Mieux qu’en début de semaine (8 €). « On va s’en contenter mais ce n’est pas une belle journée », résume Kévin. « Les dernières années ont été exceptionnelles mais cette année, on revient dans la normalité. Il faut s’y habituer. On a tout de même fait un bon mois de mai ».

17 h. Retour au port. La terre ferme après 13 heures de mer. Mais la semaine n’est pas terminée. Kevin et Nicolas doivent se retrouver samedi matin pour réparer les chaluts. La pêche reprend lundi. La saison, elle, va se prolonger jusqu’à fin août.

Un article de la rédaction du Télégramme