Défense
Une patrouille en Manche sur le PSP Pluvier

Reportage

Une patrouille en Manche sur le PSP Pluvier

Défense

« Bâbord arrière 1 ». La garde du patrouilleur de service public (PSP) Pluvier se tend. L’étrave se dégage du ponton flottant de la base navale de Cherbourg. Plusieurs hommes, dont le capitaine de corvette Laurent Falhun qui commande le bâtiment, surveillent la manoeuvre depuis l’aileron. « Tribord avant 2. Bâbord stop ». Aussières larguées, le Pluvier fait lentement marche avant en direction du Perthuis et s’engage. Le plus grand calme règne en passerelle. L’un des deux pousseurs du port militaire est là, au cas où la manœuvre devienne délicate. Pas de vent, la mer est lisse, et le bateau glisse aisément entre les deux digues. Un marin à l’arrière annonce par radio que le cul est passé. Le patrouilleur vire sur bâbord, devant le hangar de Naval Group, ignorant le sous-marin nucléaire d'attaque Suffren prêt à être mis à l’eau. Le PSP se dirige vers la haute mer. Tout s’est passé comme annoncé lors de la présentation de la manœuvre, quelques minutes plus tôt.

 

 

AEM et DMT

À bord, 26 membres d’équipage pour cette mission de 10 jours. Le Pluvier, entré en service en 1997, est l’un des trois PSP de la base navale de Cherbourg, avec le Flamant et le Cormoran. Long de 53,5 mètres, pour 10 de large, un tirant d’eau de 2,60 mètres et un tirant d’air de 19 mètres, le P678 est propulsé par quatre moteurs : deux moteurs pères de 2700 CV pour filer à 20 noeuds et 2 moteurs fils de 760 CV pour la patrouille à faible vitesse. Il dispose d’un radier lui permettant de déployer une embarcation Hurricane, d’une grue hydraulique, d’un petit semi-rigide, d’une plateforme pour l’hélitreuillage, d’une lance à incendie, d’une moto-pompe, de plongeurs ou encore d’un dispositif anti-pollution, avec des rampes d’épandage.

Autant d’équipements qui en font un bâtiment « multi-tâches », polyvalent. Bras armé du préfet maritime, il est capable, pour la partie Action de l’Etat en mer (AEM), de mener des contrôles des pêches, de surveiller les trafics et les tentatives de traversées clandestines (avec une recrudescence depuis fin 2018), d’être mobilisé pour du sauvetage hauturier, et de remplir des missions de protection de l’environnement. Dans le cadre de la Défense maritime du territoire (DMT), il mène une surveillance sur tout type de menace. Et ce, dans une zone sensible en raison de la densité du trafic maritime, en particulier dans les DST, mais aussi de la présence de plusieurs installations nucléaires (Flamanville, Paluel, Penly, Gravelines).

Exercices et contrôles

L’immense rade artificielle de Cherbourg doublée, la fin de la navigation en eaux resserrées est annoncée. Un instant de répit de courte durée. De la fumée s’échappe du poste du second. C’est un exercice incendie. Il faut enfiler en moins de deux minutes tenues et masques de pompiers lourds et déployer les lances à incendie. En passerelle, au PC sécurité, un directeur de lutte (DDL) coordonne les actions en se conformant à une check-list et en suivant les déplacements des pompiers sur un plan du patrouilleur. Dans la coursive centrale, le directeur d’intervention (DDI) donne les ordres et rend compte de l’efficacité de l’attaque du feu. Une surpression est créée en machine pour chasser la fumée. Mais ça coince : le courant d’air est trop faible, la fumée continue de se répandre. Le navire ralentit et s’oriente mieux pour créer le courant d’air. Enfin, la fumée se dissipe. Reste à s’assurer du refroidissement avec une caméra thermique, de l’assainissement, puis à analyser l’air pour passer en restauration. Un matelot en sueur reprend son souffle à l'extérieur, avant que l’exercice soit débriefé. Il s’agit de rester prêt à toute éventualité et d’améliorer les capacités de réaction, surtout si le bâtiment est loin de sa base. En mai, le Pluvier est d’ailleurs parti en mission longue pour un mois afin de participer à Dynamic Mercy, un exercice Otan de SAR (Search and Rescue), en mer Baltique.

 

 

L’équipage engloutit son premier repas à bord, tandis qu’en passerelle une équipe de quart recherche un bateau de pêche que le CNSP, le centre national de surveillance des pêches, basé à Etel, souhaite voir contrôlé. Il a été localisé. Un second-maître s’adresse au pêcheur par VHF : « Ici le patrouilleur de service public Pluvier, nous allons effectuer un contrôle », dit-il avant de lui demander s’il accepte que des contrôleurs montent à bord. Le fileyeur obtempère de bonne grâce. A la poupe, la porte hydraulique du radier est ouverte, le Hurricane mis à l’eau. Une opération délicate quand la mer est agitée. Le second, formé contrôleur des pêches, et le second-maître, en formation, grimpent sur le fileyeur. Son patron et deux matelots s’y affairent à trier roussettes, araignées et soles. Le contrôle est détendu. Le second examine la documentation du pêcheur, vérifie les engins de pêche (notamment la taille des mailles et le marquage) et contrôle les espèces et leur taille. Tout est en règle. Un récépissé tamponné lui est délivré. Un second bateau contrôlé n’aura pas son permis de navigation à jour. Il devra rester au port, jusqu'à ce qu’il soit en règle. Le contrôle des pêches occupe une large part des missions du Pluvier. En août dernier, il avait aussi dû selon le commandant « marquer sa présence pour éviter une montée des tensions » entre pêcheurs britanniques et français, lors de la « guerre de la Saint-Jacques » en baie de Seine.

 

 

Plusieurs casquettes

La journée s’achève et le Pluvier fait route vers Saint-Vaast-la-Hougue, pour une nuit au mouillage. Il faudra récupérer une pièce le lendemain matin après une avarie sur un moteur qui a nécessité de l’arrêter un temps. Un matelot machine quitte le poste en passerelle pour descendre faire sa ronde. « C’est sympa sur un petit bateau, on est plus responsabilisé, on fait un peu de tout », sourit-il.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Plus tôt, le commandant Falhun, qui se félicite du « bon état d’esprit de son équipage, expliquait : « Il faut être polyvalent ». Et de prendre, au hasard, l’exemple du capitaine d’armes, chargé de la discipline à bord. « Il est également pilote d’Hurricane, tireur de 12,7mm, moniteur de sport, chef de l’équipe d’alarme lors d’un exercice de sécurité, chef du secteur armes, et également adjoint officier de garde quand le bateau est à quai ». Ainsi, « chaque personne a plein de casquettes à bord. D’ailleurs, dès que quelqu’un doit s’absenter, cela a un impact sur nos actions. Chaque personne est unique. On fait plein de missions différentes et au final cela en fait une affectation intéressante et appréciée. Les marins ont tendance à vouloir rester ».

 

Le commandant Falhun. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Le commandant Falhun. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Actuellement, le Pluvier compte environ 130 jours d’absence de son port base chaque année. Mais ce sera bientôt beaucoup plus. Les PSP vont en effet passer en double équipage. Le Flamant ouvrira la marche à la rentrée. Une nouvelle organisation qui vise à augmenter le nombre de jours en mer et à améliorer la vie des marins, en leur donnant plus de visibilité sur leurs programmes, avec des rotations de quatre mois. Les équipages en charge du bâtiment partiront en mer, quand ceux libérés pourront prendre leurs permissions et en profiter pour se former.

Protection de l'environnement

En passerelle, on scrute les environs. Le Pluvier est entré dans une zone Natura 2000. En 2018, la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord a inauguré des contrôles environnementaux en mer. Dans le secteur, 30 à 40 % du littoral côtier est classé en aire marine protégée. « Nous sommes dans la zone baie de Seine occidentale », explique l’officier de pont supérieur en ouvrant un classeur. Il contient des consignes du Cacem, le centre d’appui pour le contrôle de l’environnement marin, également basé à Etel. « Nous, on rend compte », reprend l’OPS. « On nous dit ce qu’on doit vérifier. Par exemple, que personne ne débarque aux îles Saint-Marcouf ».

 

Mouillage. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Mouillage. (© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

Rien à signaler, de ce côté là, aujourd’hui. Le Pluvier mouille 120 mètres de chaîne devant le petit port et le soleil décline sur le plan d’eau. Les marins profitent de cette soirée détendue et d’une nuit de sommeil au mouillage, tandis qu’un marin veille. Le Pluvier reste d’alerte, mais la nuit est calme. Juste avant le jour, le marin de quart inscrira en passerelle les horaires de marée et l’éphéméride, avant de donner le branle-bas pour lancer une nouvelle journée de patrouille.

 

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

Marine nationale