Divers

Actualité

Une symphonie de la mer pour sensibiliser sur le plancton

Divers

L'un est un défenseur infatigable du plancton. L'autre, un compositeur émérite. Le biologiste breton Pierre Mollo et le pianiste brésilien Antonio Santana réunissent leur virtuosité et leur sensibilité dans un projet inédit : la création d'une Symphonie de la mer, associant sons et images. La première, ce sera en juillet, à Port-Louis.

« On peut parler des choses mais quand la musique est là, le message passe plus facilement ». Ce sont les premiers mots qu'ont échangés Pierre Mollo et Antonio Santana. C'était en 2014, à Paris. Le biologiste breton était venu écouter le requiem « Chant de lumière », écrit par le pianiste-compositeur brésilien, en hommage aux 228 victimes du vol Rio-Paris disparu dans l'océan Atlantique, en 2009.

« Il a été très ému à l'écoute de ma musique », se souvient Antonio Santana. Le musicien est, lui, touché par la « grande sensibilité » du scientifique. Pierre Mollo est un infatigable défenseur du plancton. Le protéger, « c'est essentiel si l'on veut survivre », défend le biologiste. « L'homme vit en étroite interaction avec l'océan qui lui apporte une partie de sa subsistance ainsi que les deux tiers de l'oxygène de l'atmosphère, produits par le phytoplancton ».

« Le petit peuple de l'eau »

Pour Pierre Mollo, « la population mondiale a sa part de responsabilité sur la santé de cet écosystème immense et fragile, les activités humaines représentant la principale menace pour les habitants de l'océan ». Livres, films, stages, conférences... Depuis des décennies, le biologiste breton multiplie les interventions pour sensibiliser à « la nécessaire préservation du plancton ». En 2004, il a aussi fondé l'Observatoire du plancton à Port-Louis mettant à portée de microscope du plus grand nombre l'incroyable richesse et diversité du « petit peuple de l'eau ».

Les deux hommes gardent le contact. Découvrent mutuellement leurs univers. La puissance évocatrice de la musique, la vitalité du monde invisible du plancton... « La première fois que j'ai observé une goutte d'eau de mer au microscope, ça a été une révélation », confie Antonio Santana.

« La fragilité du plancton »

En 2016, le biologiste convie le musicien au premier festival Art et plancton organisé à Port-Louis. En concert, le pianiste improvise une musique au gré des images projetées. « Le piano était dans le noir. Je ne voyais pas mes mains. J'ai été entièrement pris par les images... Il y a de la musique dans le plancton ». Quelque chose est né : l'idée d'écrire une symphonie dédiée à la mer.

« L'objectif est de créer une oeuvre originale pour que le grand public prenne conscience de la fragilité du plancton », résume le biologiste qui a trouvé dans la musique un autre moyen de sensibilisation. À Paris, où il habite, Antonio Santana travaille à écrire « une musique forte, pour émerveiller et sensibiliser », explique le pianiste. « L'enjeu est important ». L'océan, peu de compositeurs s'en sont inspirés. « Depuis La Mer de Debussy, on connaît mieux cet élément. On peut en donner une autre idée ».

En une heure, l'oeuvre explorera l'univers marin, des abysses aux eaux claires de surface. Le projet des deux hommes est de projeter des images de plancton en direct pendant que l'orchestre jouera. Pour l'image, le duo s'appuie sur les ressources techniques et scientifiques d'Océanopolis à Brest.

Reste à trouver l'argent nécessaire à une telle réalisation. Pierre Mollo et Antonio Santana ont lancé un financement participatif de 8.000 € (*). « Avec cette somme, nous pouvons réunir un piano, une contrebasse, un violoncelle, une flûte traversière, une harpe, un trombone, des percussions et une soprano », assure le musicien. Qui rêve pourtant d'un véritable orchestre pour cette symphonie.

La première à Port-Louis le 22 juillet

Les deux hommes imaginent aussi un choeur d'enfants pour clore leur ode à la vie maritime. « Les enfants, c'est la vie, la légèreté... Et l'avenir. Mais tout dépendra de l'argent qu'on pourra réunir sur ce projet », reconnaît Pierre Mollo qui lance aussi un appel aux écoles de musique qui souhaiteraient participer au projet.

Les deux hommes envisagent aussi de réaliser une captation vidéo de la première représentation de cette Symphonie de la mer. Ce sera le 22 juillet, à Port-Louis, dans le cadre du 400e anniversaire de la citadelle du pays de Lorient. « Port-Louis, c'est une première pierre. Il faut bien se lancer... En fonction de nos moyens, la symphonie pourra essaimer sur toute la planète ».

Un article de la rédaction du Télégramme

* Le financement est ouvert jusqu'au 29 décembre.