Défense
US Navy : La plus puissante marine du monde peine à se renouveler

Actualité

US Navy : La plus puissante marine du monde peine à se renouveler

Défense

Avec Bernard Prézelin, auteur de Flottes de Combat, nous faisons le point, aujourd'hui, sur la première marine du monde. Deux facteurs importants contrarient actuellement le développement de l'US Navy : d'une part le prix très élevé de la guerre en Irak, d'autre part le coût prévisionnel colossal des nouveaux bâtiments que sont le porte-avions CVN 21, le destroyer DDG 1000 et les frégates Littoral Combat Ships (LCS). Les capacités budgétaires étant relativement limitées, la marine américaine aura beaucoup de mal à conserver une flotte de 300 bâtiments ; au 1er janvier 2008 elle ne comprenait plus que 274 navires, y compris les bâtiments de soutien du Military Sealift Command. L'objectif qu'elle s'est fixée pour 2016 est un total de 313 unités, dont 11 porte-avions nucléaires, 14 sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, 4 sous-marins nucléaires lance-missiles de croisière, 48 sous-marins nucléaires d'attaque, 19 croiseurs lance-missiles, 69 destroyers lance-missiles, 55 frégates, 31 bâtiments amphibies, 12 bâtiments de transport opérationnel prépositionnés et 50 bâtiments auxiliaires de soutien.

Vue du futur CVN 21 (© : US NAVY)
Vue du futur CVN 21 (© : US NAVY)

Les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour les porte-avions car si le proche désarmement en décembre 2008 du dernier porte-avions classique, le Kitty Hawk, va être compensé à la fin de l'année par la mise en service du George H.W. Bush (prévue le 11 novembre), le désarmement de l'Enterprise annoncé maintenant pour 2012 va ramener le nombre de porte-avions en service de 11 à 10, tous nucléaires il est vrai. Ce chiffre ne remontera à 11 qu'en 2016 car la construction du CVN 78 Gerald R. Ford, premier navire du type CVN 21, a pris beaucoup de retard pour des raisons budgétaires et il n'est pas certain que la date prévue pour sa mise en service (décembre 2015) soit bien respectée en raison de la présence à son bord de multiples matériels nouveaux dont la mise au point peut s'avérer plus longue que prévue : nouveaux réacteurs nucléaires, catapultes électromagnétiques, nouveau système d'appontage ; ce dernier sera par la suite étendu aux bâtiments des classes Nimitz et Theodore Roosevelt.

Un SNLE du type Ohio (© : US NAVY)
Un SNLE du type Ohio (© : US NAVY)

Les études relatives aux nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d'engins destinés à remplacer à partir de 2029 les Ohio devraient commencer en 2014. Il n'y a pas urgence en la matière car les missiles stratégiques Trident actuels vont être modernisés à partir de 2011 pour rester opérationnels jusqu'en 2042, date de désarmement prévue pour le quatorzième et dernier Ohio ; la durée de vie de ces SNLE a en effet été portée de 30 à 44 ans, comme du reste celle de leurs quatre sister-ships transformés récemment en sous-marins nucléaires lance-missiles de croisière (154 Tomahawk) et maintenant tous opérationnels (le dernier refondu, le Georgia, a été remis en flotte en décembre 2007). Pour tenir compte de la nouvelle donne stratégique, les SNLE qui étaient répartis pour moitié sur chacune des deux façades maritimes des Etats-Unis le sont maintenant dans la proportion de deux tiers sur la côte Pacifique (Bangor) et un tiers sur la côte Atlantique (King's Bay) afin de prendre en compte les éventuelles menaces chinoise et nord-coréenne.

Le SNA North Carolina (© : US NAVY)
Le SNA North Carolina (© : US NAVY)

Alors que les sous-marins nucléaires d'attaque du type Los Angeles voient leur nombre diminuer en raison de désarmements anticipés effectués à l'échéance du rechargement du coeur nucléaire de certains d'entre eux (17 ont déjà été retirés du service sur un total de 62), les mises en service de leurs successeurs du type Virginia à raison d'un bâtiment par an ne sont pas suffisantes pour compenser les retraits (trois en 2006), d'autant plus qu'un seul Virginia est commandé chaque année ; ce chiffre devrait passer à deux mais seulement à partir de 2012. La mise en service du quatrième Virginia, le North Carolina, est intervenue en mai 2008, alors que celle du cinquième, le New Hampshire, est prévue le 25 octobre 2008. (Le New Mexico, sixième de la série, doit être lancé le 13 décembre 2008, deux mois et demi après la mise sur cale du septième, le Missouri).
Pour compenser le retrait plus rapide des Los Angeles, l'US Navy étudie la faisabilité de construire un nouveau SNA plus petit et donc moins onéreux car il semble de plus en plus difficile pour elle de pouvoir obtenir les 30 Virginia dont elle aimerait disposer à terme. Pour retrouver une compétence en matière de lutte anti-sous-marine en zone littorale, l'US Navy, qui ne dispose plus de sous-marins classiques depuis longtemps, a loué pour une durée de deux années le sous-marin suédois Gotland avec son équipage, type d'activité qu'elle ne peut se permettre avec ses grands sous-marins nucléaires d'attaque ; pour parfaire ses connaissances en la matière elle invite en outre maintenant régulièrement des sous-marins appartenant à des marines latino-américaines amies, celles du Brésil, du Chili, de la Colombie et du Pérou.

Croiseur du type Ticonderoga (© : US NAVY)
Croiseur du type Ticonderoga (© : US NAVY)

La modernisation des 22 croiseurs lance-missiles du type Ticonderoga a commencé afin d'améliorer leur capacité de défense aérienne, voire leur donner une capacité de défense anti-missile balistique déjà conférée à trois d'entre eux, comme cela a également été fait sur 15 destroyers lance-missiles du type Arleigh Burke Flight 2. Ainsi modernisés ils pourront servir jusqu'en 2021-2029 avant d'être remplacés par 19 nouveaux croiseurs CGX se répartissant en deux groupes : l'un de 14 navires dérivés des destroyers lance-missiles DDG 1000, l'autre de 5 unités plus importantes, spécialisées dans la défense anti-missile balistique et dotées d'une propulsion nucléaire ; cette option demande cependant à être validée.

Le destroyer USS Churchill (© : US NAVY)
Le destroyer USS Churchill (© : US NAVY)

En 2011 devraient être livrés les deux derniers destroyers lance-missiles du type Arleigh Burke Flight II A ; l'US Navy disposera alors avec leurs sister-ships des types Flight I et Flight II d'une belle série homogène de 62 navires de défense aérienne en plus des 22 Ticonderoga ci-dessus. L'USS Sterett a été admis au service actif le 9 août dernier et le Truxtun le sera à la fin de l'année. Les Dewey et Stockdale ont été lancés en janvier et mai, alors que la mise à flot des Gravely et Wayne E. Meyer est prévue à la fin de l'année. 2008 aura vu la mise sur cale des Jason Dunham (avril), William P. Lawrence (septembre) et Spruance (novembre), ainsi que la commande du 62ème destroyer du type Armeigh Burke, le Michael Murphy. On notera que ce bâtiment ne devrait pas être le dernier de la série, contrairement à ce qui était envisagé.

Le DDG1000 (© : US NAVY)
Le DDG1000 (© : US NAVY)

Une fois la classe Arleigh Burke achevée, la marine américaine pourra alors concentrer ses efforts financiers sur la série suivante, celle des DDG 1000. Les deux premières unités du type Zumwalt ont été commandées le 14 février 2008, un troisième et dernier devant être commandé au titre du budget 2009. Les DDG1000 ne pourront, en effet, être construits en grand nombre en raison de leur coût exorbitant. Les prévisions ont été ramenées de 32 à 7 unités et peut être même seulement 3. Leur mise au point risque d'être laborieuse d'autant plus que certains émettent des doutes sur les qualités nautiques de ces bâtiments en raison de leurs formes de coques et de leur surcharge dans les hauts, voire sur leur stabilité. La mise en service des deux premiers destroyers n'est pas attendue avant 2014.

La LCS Freedom (© : US NAVY)
La LCS Freedom (© : US NAVY)

Les limites de l'innovation absolue trouvent un bon exemple avec le développement des bâtiments du type LCS. Ces navires multirôles (lutte antimines, lutte anti-sous-marine et lutte anti-surface, suivant les modules d'équipements interchangeables embarqués) doivent être construits à 55 exemplaires. Les deux prototypes commandés à deux industriels différents ont connu de multiples déboires : augmentation très importante du coût prévisionnel ayant conduit à l'annulation pure et simple de la construction du deuxième prototype commandé à chacun des deux compétiteurs ; incendie lors de la construction à bord du Freedom, prototype monocoque de Lockheed Martin ; problèmes de structures prévisibles sur l'Independence, prototype trimaran de General Dynamics. De ce fait, il paraît bien improbable que l'US Navy reçoive dans des délais convenables ses 55 LCS ; dans cette hypothèse, les frégates du type Oliver H. Perry, dont l'US Navy voulait à une certaine époque se séparer, ont encore quelques belles années de navigation devant elles.
L'admission au service actif de l'USS Freedom est prévue le 8 novembre prochain, le lancement de l'Independence étant intervenu en avril dernier.

La LCS Independence (© : US NAVY)
La LCS Independence (© : US NAVY)

Le nombre de bâtiments spécialisés dans la guerre des mines a été quasiment réduit de moitié avec le retrait du service des douze chasseurs de mines du type Osprey pourtant très récents, pour les transférer à des marines étrangères, celles de l'E´ gypte, de la Grèce, de la Lituanie, de Taïwan et de la Turquie. Certes l'US Navy n'a jamais affectionné les bâtiments de taille modeste et n'a jamais porté un intérêt réel à la guerre des mines mais le fait de tout miser sur les LCS en version lutte anti-mines peut se révéler bien imprudent tant que ces nouveaux bâtiments et les nouveaux matériels qu'ils mettront en oeuvre n'auront pas fait leurs preuves. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le nouveau Congrès s'est ému de ces désarmements et transferts et a pour le moment bloqué ceux concernant la Lituanie, Taiwan et la Turquie, souhaitant conserver les Osprey en réserve en attendant la mise au point des LCS anti-mines. En 2009, les Kingfisher et Cormorant doivent être versés à la Lituanie, les Oriole et Falcon à Taiwan, ainsi que le Shrike à la Turquie.

Le LHA 6 (© : US NAVY)
Le LHA 6 (© : US NAVY)

Les forces amphibies conservent la faveur de l'US Navy et bien évidemment celle du Marine Corps. Le huitième et dernier porte-hélicoptères d'assaut du type Wasp, le Makin Island, bénéficie d'améliorations substantielles par rapport à ses prédécesseurs. Il devait être admis au service actif fin 2008 mais cette date pourrait être reportée à l'été 2009. Il remplacera le Saipan, du type Tarawa, désarmé en 2007. Pour commencer à remplacer les autres Tarawa, un nouveau type de porte-hélicoptères d'assaut, le LHA 6, a été commandé en 2007. Premier de la série, l'USS America doit être mis sur cale en décembre aux chantiers Northrop Grumman de Pescagoula. Par rapport aux LHD Wasp et aux LHA Tarawa, le LHA 6 aura des capacités aéronautiques accrues, au détriment des capacités amphibies toutefois, car il sera dépourvu de radier. Les transports de chalands de débarquement de nouvelle génération, qui constituent la classe San Antonio, commencent enfin à entrer en service avec un retard de près de trois années. Trois sont maintenant opérationnels, les San Antonio, New Orleans et Mesa Verde. La livraison du quatrième de la série, le Green Bay, est prévue le 24 janvier 2009. Neuf au total doivent être construits, le dernier rejoignant l'US Navy en 2014. De ce fait, les vénérables Austin âgés d'une quarantaine d'années ont commencé à être désarmés ; l'un d'entre eux a été transféré à la marine indienne en 2007 ; deux autres ont été proposés au Mexique qui ne semble pas manifester un grand enthousiasme pour accepter ces navires très anciens.

Le San Antonio (© : US NAVY)
Le San Antonio (© : US NAVY)

Dans la catégorie des bâtiments auxiliaires, il faut retenir que seulement deux bâtiments sont encore sous les couleurs de l'US Navy, les bâtiments bases de sous-marins Emory Land et Franck Cable, mais pour très peu de temps car ils vont être transférés prochainement au Military Sealift Command comme l'ont été avant eux les autres navires auxiliaires de soutien de l'US Navy : transports de munitions, ravitailleurs de combat, pétroliers- ravitailleurs et bâtiments de renflouement.

Le ravitailleur Lewis and Clark (© : US NAVY)
Le ravitailleur Lewis and Clark (© : US NAVY)

Le MSC va d'ailleurs pouvoir retirer du service une partie de ces bâtiments, les transports de munitions et les ravitailleurs de combat car ils commencent à être avantageusement remplacés par une nouvelle classe de navires, les transports-ravitailleurs polyvalents du type Lewis and Clark dont cinq unités sont d'ores et déjà opérationnelles et neuf autres en construction ou prévues. Le Robert E. Peary est entré en service en 5 juin 2008, alors que les des Amelia Earheart et Carl Brashear sont intervenus en avril et septembre. La mise sur cale du huitième bâtiment, le Wally Schirra, s'est déroulée le 14 avril dernier.
_______________________________________________

L'US NAVY EN DETAILS SUR FLOTTES DE COMBAT 2008