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Vard va construire un navire d’expédition et de recherche

Rosellinis Four-10, filiale à 100% de l’homme d’affaire norvégien Kjell Inge Røkke et de sa famille, a passé commande à Vard d’un grand navire d’expédition et de recherche. Pouvant servir à la fois de yacht pour des croisières privées mais aussi de plateforme destinée à des projets scientifiques de pointe, en passant par des configurations intermédiaires, ce bateau de plus de 180 mètres est livrable en 2020. Il verra sa coque réalisée par le chantier Vard de Tulcea, en Roumanie. Elle sera ensuite remorquée vers Brattvaag, l’un des sites norvégiens du constructeur, pour être équipée et achevée.

 

(© : VARD)

Taillé pour les très longs voyages 

Adoptant le design VARD 6 16, le REV (Research Expedition Vessel), conçu par les bureaux d’études de Vard en collaboration avec le designer norvégien Espen Øino, mesurera 181.6 mètres de long pour 22 mètres de large, 40 mètres de haut et 5 mètres de tirant d’eau. Affichant une jauge de 16.000 GT,  il pourra atteindre la vitesse de 17 nœuds. Le REV disposera de deux générateurs de 2400 kW chacun, deux moteurs électriques de propulsion d’une puissance unitaire de 3200 kW entrainant deux lignes d’arbres dotées d’hélices à pas variable de 4 mètres de diamètre. S’y ajouteront trois propulseurs de 880 kW (un azimutal et deux en tunnel à l’avant et à l’arrière), offrant au navire une excellente manœuvrabilité et une capacité de positionnement dynamique.

L’autonomie, extrêmement importante, sera de 21.120 milles à 11 nœuds (50% de la puissance), le navire ayant des réserves de vivres et d’eau douce suffisantes pour 90 personnes pendant 114 jours. Des voyages encore plus longs peuvent même être organisés en ajoutant des capacités de stockage en conteneurs sur le pont, soit 20 jours supplémentaires. Les soutes à combustible pourront quant à elles contenir 1050 m3 de gasoil.

Trois configurations principales

Le REV pourra être employé en trois configurations principales. Pour des croisières privées, il sera armé par 54 membres d’équipage et pourra accueillir 36 passagers. Dans le cadre de navigations d’expédition, l’équipage sera ramené à 30 personnes, avec une capacité de 24 scientifiques et 36 passagers. Enfin, pour les missions purement dédiées à la recherche, l’équipage sera de 40 personnes, auxquelles s’ajouteront 60 chercheurs.  

 

(© : VARD)

D’importantes capacités scientifiques

Le REV offrira d’importantes capacités pour les travaux océanographiques, les missions d’étude de la faune marine et de l’environnement, y compris en zones polaires, sa coque étant renforcée (Ice 1C). Le navire disposera de deux plateformes pour hélicoptères et drones, ainsi que de nombreuses embarcations de travail. A l’arrière, un vaste pont permettra de stocker des équipements et des conteneurs, abritant eux-mêmes du matériel ou des modules de mission conteneurisés, par exemple un système de déploiement d’ombilicaux reliant des robots au bateau, un centre de commande, des locaux techniques ou des laboratoires complémentaires aux espaces aménagés à l’intérieur du REV. Le pont pourra accueillir 16 conteneurs de 20 pieds sur un niveau ou jusqu’à 31 sur deux rangées.

 

(© : ROSELLINSFOUR-10)

 

La manutention pourra être effectuée par différents moyens de levage, dont une grue de 15 tonnes à 25 mètres. Le navire bénéficiera clairement du savoir-faire de Vard dans l’industrie offshore. Il sera équipé, comme les navires de construction et de maintenance destinés à l’Oil&Gas, d’une moonpool de 7.5 x 5 mètres. Cette ouverture à l’aplomb de la coque permettra de déployer, à l’abri des vagues, des robots télé-opérés, drones et mini-sous-marins. Il y aura à bord un garage pour un ROV et un AUV (avec accès direct à la moon pool et système  LARS de lancement et de récupération automatique), ainsi qu’une salle de contrôle dédiée pour les pilotes et opérateurs mettant en œuvre ces engins. Seaonics, filiale de Vard, a conçu les treuils et câbles en fibres pour le déploiement des véhicules télé-opérés, qui pourront plonger jusqu’à 6000 mètres. Les installations ont été spécialement conçues, souligne le constructeur, pour opérer des équipements lourds en toute sécurité, en tenant compte des très fortes contraintes des mises en œuvre par grande profondeur et dans des environnements difficiles.

 

 

Le navire, qui disposera aussi d’un carottier permettant de réaliser des prélèvements (carottes de 18 mètres de long pour 80 cm de diamètre) à 6000 mètres de profondeur, pourra mettre à l’eau, à l’arrière, un chalut pélagique pour l’étude de la biomasse, avec des filets sélectifs pouvant être déployés jusqu’à 3000 mètres. Il sera en outre doté d’importants moyens d’écoute fixes ou remorqués, avec sonars et sondeur multifaisceaux fournis par Kongsberg, ainsi que des hydrophones pour le suivi sonore des mammifères marins.    

 

 

Récupération des déchets plastiques

Le REV sera, par ailleurs, équipé d'un système expérimental de récupération des déchets plastiques, qui constituent l'une des principales pollutions constatées en mer. Un nouveau type d’incinérateur sera mis en place, permettant de brûler tous types de matériaux (sauf le verre et le métal), y compris le plastique collecté, sans émission nocive. Cela permettra de solutionner la problématique de l'encombrement et du débarquement des déchets, tout en contribuant par la récupération de chaleur à alimenter les circuits d'eau chaude et donc limiter le recours aux générateurs. 5 tonnes de plastique pourront être quotidiennement traitées à bord. 

 

Système de récupération des déchets plastiques (© : ROSELLINSFOUR-10)

Batteries lithium-ion pour une navigation silencieuse

On notera que la propulsion électrique permettra d’améliorer les performances des senseurs sous-marins et la qualité des données recueillies. Surtout que le REV sera équipé d’un parc de batteries lithium-ion de 3 MW permettant d’alimenter pendant un temps les moteurs électriques et d’évoluer de manière parfaitement silencieuse à la vitesse de 2 nœuds, en particulier dans le cadre d’opérations d’échantillonnage de la biomasse. Les relevés sonar seront, quant à eux, effectués à une allure de 11 nœuds.  

De gros efforts pour réduire l’impact environnemental

Selon Rosellinis Four-10, d’importants efforts ont été réalisés afin de réduire la consommation énergétique et l’emprunte environnementale de ce navire, qui répond à la règlementation Marpol Tier III et est classé par DNV GL. Il bénéficie d’un dessin de coque optimisé pour réduire au maximum la résistance à l’avancement, tout en intégrant différents équipements tels que des systèmes de récupération de chaleur sur les moteurs (équipés de filtres à particules) et incinérateurs pour la production d’eau (30 m3 par jour) et l’air conditionné, qui sera également alimenté à l’eau de mer lorsque la température de celle-ci sera inférieure à 10 degrés. Les espaces intérieurs seront quant à eux éclairés grâce aux dernières technologies de LED, encore moins gourmandes en énergie. Le REV sera aussi équipé du système SeaQ Green Pilot, développé par Vard Electro afin de permettre à l’équipage de mieux manager la consommation énergétique du navire selon son environnement et les configurations d’emploi.

Un bateau mis à disposition des chercheurs

Kjell Inge Rokke dit vouloir « offrir » ce navire à la science et le mettre gracieusement à disposition de différents organismes en Norvège. Un partenariat a déjà été annoncé avec le WWF Norway, chargé de participer à l’élaboration d’un futur programme de recherche, qui devrait par exemple traiter des conséquences de l’activité humaine et du réchauffement climatique sur les océans.

Un homme d’affaire controversé 

Cette spectaculaire opération de philanthropie de la part du milliardaire norvégien est vue par certains observateurs comme une tentative de redorer son blason auprès de l’opinion publique. Kjell Inge Røkke est en effet très controversé dans son pays natal, où la gestion de ses affaires, considérée parfois comme opportuniste et expéditive, a souvent été critiquée. Devenu l'une des plus grosses fortunes de Norvège, notamment grâce au secteur maritime, l'homme affirme vouloir, aujourd'hui, « redonner », et s'est lancé dans différents projets, dont la création d'une fondation destinée à aider des jeunes à financer leurs études supérieures. On l’a brièvement connu en France lorsqu’Alstom avait cédé en 2006 les chantiers nazairiens à l’une de ses filiales, Aker Yards, que Kjell Inge Røkke avait constitué suite au rachat de nombreux chantiers en difficulté (dont Saint-Nazaire, repris pour 50 millions d’euros seulement), qui avaient ensuite redémarré à la faveur de l’explosion de l'économie maritime et d’une bulle spéculative. Sentant le vent tourner, il avait progressivement baissé sa participation dans le groupe, dont sa holding s'était totalement désengagée fin 2007, réalisant une très belle plus-value. Reposant sur un capital complètement éclaté, Aker Yards était devenu une proie facile que le groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding a eu vite fait, pendant l'hiver 2007/2008, de conquérir à la faveur d'une OPA à la bourse d'Oslo. Une reprise à prix d’or, STX déboursant plus de 800 millions de dollars pour s’offrir le groupe, mais une opération désastreuse puisque menée juste avant la crise et l'effondrement des commandes de navires.

 

Vard