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Vendée Globe : Sept éditions dans le rétro

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Vendée Globe : Sept éditions dans le rétro

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Depuis 1989, tous les quatre ans, des solitaires s'élancent des Sables-d'Olonne pour faire une boucle de 21.638 milles autour du globe... Joies immenses, douleurs, drames, sauvetages, victoires, déceptions, dépassement de soi : toutes les émotions sont démultipliées. C'est ce qui fait le sel du Vendée Globe, devenu une course mythique et magique. Un oeil dans le rétro des sept éditions déjà disputées.

1989-1990 : la grande inconnue
Ils sont treize mercenaires à s'élancer dans l'inconnu un certain 26 novembre 1989. Le principe est simple : un homme, un bateau et l'océan. On part des Sables-d'Olonne, on fait le tour par les trois caps (Bonne Espérance, Leeuwin et Horn) et on revient. 21.638 milles sans assistance. Le premier qui revient a gagné. ça paraît simple mais personne ne sait où il met les bottes ni si les marins vont revenir : une course mais une véritable aventure. Philippe Jeantot en est l'instigateur et il est aussi un concurrent. Mais c'est Titouan Lamazou, après 109 jours et 8 heures, qui ouvrira la palmarès. Dix bateaux couperont la ligne d'arrivée dont trois hors course et trois abandonneront. Une image marquera les esprits : celle de Loïck Peyron qui trouve le bateau de Philippe Poupon couché sur l'eau. Grâce à une amarre, le Baulois réussit à remettre le monocoque du Quimpérois droit. Il filme. La légende est née.

1992-1993 : disparitions et langue recousue
La course n'a pas encore démarré que le drame a frappé. Mike Plant n'est jamais arrivé aux Sables. Il s'est perdu en mer lors du convoyage de son bateau. Malheureusement quatre jours après le départ, le Britannique Nigel Brugess se noyait dans le Golfe de Gascogne. Cette édition ne débute pas sous de bons auspices et pourtant elle sacrera un marin hors-norme : Alain Gautier. Sans météo depuis le cap Horn, le Lorientais réussit à tenir Philippe Poupon à bout de gaffe. Et malheureusement pour ce dernier, il démâte à quelques jours de l'arrivée mais termine 3e derrière Jean-Luc Van den Heede. Bertrand de Broc a lui marqué l'histoire de la course en se recousant la langue tout seul au milieu du Grand Sud. Le Quimpérois ne finira pas son tour du globe et doit abandonné en Nouvelle-Zélande son bateau menaçant de perdre sa quille.

À lire sur le sujet : Les sept éditions en vidéo

1996-1997 : une édition dantesque
Des images du Vendée Globe, il y en a plein évidemment mais celles de Raphaël Dinelli et Thierry Dubois, debout sur leurs bateaux retournés, les pieds dans l'eau attendant les secours ou encore Tony Bullimore qui sort par la trappe de survie devant les sauveteurs australiens alors qu'il n'avait plus donné signe de vie depuis plusieurs jours, en sont forcément. Le premier avait attendu les secours pendant vingt heures balayé par les déferlantes. Et c'est le Britannique Pete Goss, autre concurrent, qui l'avait récupéré. Cette édition, remportée par Christophe Auguin en 105 jours et 20 heures, est surtout marquée par la disparition de Gerry Roufs, qui, pris dans une tempête générant plus de 60 à 70 noeuds de vents et des vagues de 20 m, ne répondit plus ! 

2000-2001 : de l'aventure à la régate... quoique
Baston sur les Sables-d'Olonne : le départ de la quatrième édition est décalé de quatre jours. Qu'à cela ne tienne, à l'heure du départ, c'est le couteau entre les dents que les 24 solitaires s'élancent, Michel Desjoyeaux en tête. Et pas question pour le Forestois de faire dans le sentiment : c'est « un régatier pas un aventurier » comme il le dit lui-même. Pourtant un problème de moteur le contraindra à sortir la boîte à outils pour réussir à atteindre les Sables d'Olonne devant la jeune Britannique Ellen MacArthur (24 ans) qui a tant ému le grand public avec ses images à bord. Images qui ont donné une nouvelle dimension à cette course en solitaire ! Mais pendant que ce duo se disputait la première place, l'Océan Indien a piégé un des favoris, Yves Parlier. Son « Aquitaine Innovation » a démâté. Le solitaire « Géo Trouvetout » ou « MacGyver » selon les générations n'a pas voulu abandonner. Mangeant des algues séchées, fabriquant un four avec les moyens du bord à l'abri de l'ïle Stewart, il a reconstruit un mât pour boucler la boucle en 126 jours devant deux autres concurrents.

2004-2005 : duel et mauvais jeu de quilles
Décidément, les duels sont légion sur cette course longue de près de trois mois. Cette fois-ci, c'est un duel sud-finistérien qui tiendra les passionnés en haleine : Riou contre Le Cam. Deux hommes qui ne se sont pas quittés tout du long. Mais à la fin, pour sept heures seulement, c'est le bateau orange qui franchit la ligne en premier dans la nuit noire des Sables-d'Olonne. « Vincent Le Terrible » a eu raison du « Roi Jean ». Trois concurrents dont Roland Jourdain n'arriveront pas jusqu'en Vendée : en cause les quilles dont les fixations lâchent... Un jeu de quilles qui n'a pas fait rire les skippers inquiets de ce problème récurrent.

2008-2009 : rien ne sert de courir...
41 heures de retard à l'allumage et nombreux observateurs avaient déjà imaginé que c'était fini pour Michel Desjoyeaux, qui, contraint de revenir aux Sables réparer quelques heures seulement après le départ, avait perdu près de deux jours sur ses camarades. Mais c'était sans compter sur ce talentueux marin et une météo favorable qui lui permit de revenir jouer aux avant-postes, prendre les commandes de la course et dérouler jusqu'à son deuxième sacre. Il est le seul à avoir remporté deux Vendée Globe. Yann Eliès et Jean Le Cam n'ont pas eu cette chance. Le premier, qui s'est fracturé le fémur au milieu de nulle part, a dû attendre dans la douleur et sous le regard bienveillant de Marc Guillemot qui a joué les Saint-Bernard en attendant que les secours arrivent, pendant deux longs jours. Le second a chaviré avant le Cap Horn. C'est Vincent Riou qui le récupère abîmant son 60 pieds. Le lendemain, ils démâtent ! Riou sera finalement reclassé 3e, sa place avant le sauvetage de Jean : une histoire d'amitié est née. Douze bateaux terminent la course sur trente...

2012-2013 : plus vite que Phileas Fogg
Le tour du monde en moins de 80 jours : une magnifique idée de Jules Verne, une réalité pour François Gabart, qui non seulement sera le plus jeune vainqueur du Vendée Globe (29 ans) mais aussi le plus rapide (78 jours 2 heures) mettant six jours de moins que Michel Desjoyeaux. Il achève ce tour du monde avec seulement trois heures d'avance sur son dauphin, Armel Le Cléac'h -pour la deuxième fois deuxième-. Un duel intense qui a duré... 78 jours ou presque. Comme à son habitude ce tour du monde en solitaire sans assistance et sans escale a fait des déçus à l'image des quatre abandons précoces (Kito de Pavant, Louis Burton, Jérémie Beyou et Samantha Davies) ou la malencontreuse histoire de Bernard Stamm, qui s'arrêtant pour réparer est contraint de s'amarrer à un bateau scientifique russe car son ancre chasse. Un marin voulant l'aider monte à bord : c'est la disqualification... ou encore celle de Jean-Pierre Dick, troisième, qui perd la quille de son monocoque à moins de 1.000 milles de la délivrance.
Cette circumnavigation est impitoyable : le vainqueur est beau, les larmes coulent à flots et il faut avoir le coeur bien accroché. La huitième édition est à l'aube de son départ et il y a fort à parier que les lignes qu'elle va écrire seront pleines de sel.

Les 7 vainqueurs
1989-1990 : Titouan Lamazou (Ecureuil d'Aquitaine II) en 109 jours 8 h 48'50''
1992-1993 : ALain Gautier (Bagages Superior) en 110 jours 2 h 22'35''
1996-1997 : Christophe Auguin (Geodis) en 105 jours 20 h 31'
2000-2001 : Michel Desjoyeaux (PRB) en 93 jours 3h 57'32''
2003-2004 : Vincent Riou (PRB) en 87 jours 10 h 47'
2008-2009 : Michel Desjoyeaux (Foncia) en 84 jours 3 h 9'
2011-2012 : François Gabart (Macif) 78 jours 2 h 16'

Un article de la rédaction du Télégramme