Construction Navale
Vente de STX France : Ce que souhaitent les syndicats et ce dont ils ne veulent pas

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Vente de STX France : Ce que souhaitent les syndicats et ce dont ils ne veulent pas

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Alors que les caméras de télévision se concentrent depuis une semaine sur l’avenir de l’usine Alstom de Belfort, le gouvernement fait face à un autre dossier industriel brûlant. Car si l’attention médiatique s’est relâchée depuis quelques jours, la pression monte autour des chantiers de Saint-Nazaire, dont l'avenir va se jouer très prochainement.

Actionnaire majoritaire de STX France, qui emploie plus de 2600 salariés et fait travailler près de 4000 sous-traitants, le groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding souhaite céder ses parts d’ici la fin de l’année. En coulisses, les grandes manœuvres sont lancées pour la reprise de l’une des entreprises les plus emblématiques de l’industrie française. Avec, à la clé, un dossier très complexe mêlant enjeux économiques, sociaux et politiques, une dimension nationale et internationale, ainsi que des intérêts impliquant une bonne partie de la filière navale française, y compris dans la défense.

Menacés de fermeture il y a seulement quatre ans, les ex-Chantiers de l’Atlantique ont connu un redressement spectaculaire. Le carnet de commandes est désormais plein pour 10 ans, avec 14 paquebots prévus (dont les six plus gros du monde) pour une valeur globale de 12 milliards d’euros, d’autres contrats en perspective et une diversification dans les énergies marines et les services qui monte en puissance.

Si l’activité reste encore trop peu rentable pour attirer des investisseurs en quête de gros profits, la bonne santé de STX France et ses belles perspectives suscitent l’intérêt de plusieurs repreneurs potentiels. A Bercy, on évoquait la semaine dernière deux candidats à la reprise, et il y en a peut-être plus aujourd’hui. Car l’horloge tourne et STX O&S, confronté à de graves difficultés financières et sous le coup d’une procédure de redressement judiciaire au travers de laquelle il joue sa survie, veut céder rapidement ses parts. Le groupe a annoncé qu’il attendait des offres pour le mois d’octobre et qu’il ferait part de sa préférence en novembre. Mais les Coréens ne sont pas seuls dans le processus. L’Etat français, actionnaire à 33.34% de STX France, dispose d’un droit de veto et, au titre notamment de la loi sur la protection des entreprises stratégiques, peut s’opposer à une candidature perçue comme indésirable.

La possibilité d’une revente, après deux changements de propriétaire en 10 ans (d’Alstom à Aker Yards en 2006 et d’Aker Yards à STX en 2008), est évoquée depuis 2014, année où les Coréens ont tenté une première fois, sans succès, de céder les chantiers français. Dès lors, la plupart des syndicats et certains élus locaux avaient plaidé pour l’émergence d’une solution destinée à faire revenir l’entreprise dans le giron national. Mais aucun industriel français ne s’est montré intéressé et l’Etat n’a pas souhaité prendre l’initiative sur ce dossier, préférant attendre la suite des évènements.

Et maintenant que - sans surprise - STX est au pied du mur et doit revendre, il faut dans l’urgence imaginer une solution satisfaisante pour les intérêts de la filière et du pays, et bien sûr la pérennité de l’entreprise et des nombreux emplois qu’elle génère.  

Les Asiatiques et Fincantieri rejetés, DCNS sous conditions et Damen plutôt bien vu

Face à cette situation et aux hypothèses qui circulent actuellement quant aux candidats potentiels, les syndicats des chantiers font des propositions, posent leurs exigences et préviennent le gouvernement qu’il y a des lignes à ne pas franchir. Chacun a ses propres idées et présente logiquement des nuances. Toutefois, certaines grandes tendances se dégagent des discussions que nous avons eues avec les responsables des quatre grandes organisations de STX France. Si la CGT a décidé de ne pas se prononcer sur les repreneurs potentiels et d’axer uniquement son discours sur les aspects sociaux, la CFDT, Force Ouvrière et la CFE-CGC se rejoignent sur certains points importants. Comme on le voit au fil des entretiens, ces trois syndicats rejettent catégoriquement tout repreneur asiatique mais aussi une solution passant par l’Italien Fincantieri. Alors qu’un rapprochement avec DCNS, longtemps perçu comme l’option la plus logique, suscite aujourd’hui une certaine méfiance, l’hypothèse Damen, à l’inverse, est manifestement celle qui suscite le moins d’opposition et qui emporte même, parfois, une adhésion assez nette. 

Voici, par ordre alphabétique des syndicats, les interviews réalisées avec Christophe Morel (CFDT), François Janvier (CFE-CGC), Sébastien Benoît (CGT) et Nathalie Durand-Prinborgne

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