Marine Marchande
Vers un retour en force de CMA CGM

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Vers un retour en force de CMA CGM

Marine Marchande

Bien que sa dette reste élevée et que la restructuration financière du groupe soit toujours en cours, CMA CGM a des raisons d'être optimiste. Comme annoncé par ses dirigeants depuis plusieurs mois, la compagnie française, malmenée par la crise économique, gagne de nouveau de l'argent. Au premier trimestre, elle a, ainsi, dégagé un bénéfice de 270 millions de dollars pour un chiffre d'affaires de 3.2 milliards de dollars (+30% par rapport aux trois premiers mois de 2009). De début janvier à fin mars, les volumes transportés ont été de 2.1 millions d'EVP (Equivalent Vingt Pieds, taille standard du conteneur), en progression de 22% par rapport au premier trimestre 2009 et même de 4% par rapport au premier trimestre 2008, c'est-à-dire avant la crise.

Un résultat historique en 2010 ?

L'EBITDA (résultat avant impôts et taxes), a, d'ailleurs, lui aussi retrouvé un niveau antérieur aux soubresauts de la bourse puis de l'économie, avec 380 millions de dollars au premier trimestre, comparable à celui de la même période de 2008. Bénéficiant des effets cumulés de la reprise des échanges mondiaux et des mesures de rationalisation mises en place l'an dernier, le groupe s'attend même à réaliser, cette année, un EBITDA de 1.8 milliards de dollars, ce qui constituerait pour lui un niveau record. Dans le même temps, la dette a été contenue, soit 5.4 milliards de dollars au 31 décembre 2009, en légère baisse par rapport aux chiffres annoncés l'été dernier. Mieux encore, l'activité redevenant positive et la société générant du cash flow, elle est désormais en mesure de financer ses investissements et prévoit de réduire sa dette de 400 millions de dollars en fin d'année. En redressant la barre, CMA CGM devient également plus attrayante pour les investisseurs. « Les résultats du premier trimestre 2010 sont largement supérieurs aux attentes et démontrent la capacité du groupe à rebondir. CMA CGM est engagée depuis fin 2009 dans un processus de restructuration de son bilan et d'ouverture de son capital à de nouveaux investisseurs. Nous avons reçu plusieurs offres d'industriels et de financiers et nous nous donnons comme objectif de finaliser les négociations avant la fin de l'été 2010 », explique Rodolphe Saadé, Directeur Général Délégué du groupe.

La valorisation évolue considérablement

Pour CMA CGM, la priorité de l'année 2010 reste donc la restructuration financière et l'entrée dans son capital de nouveaux acteurs. Acculés l'an dernier par un contexte extrêmement défavorable, les dirigeants du numéro 3 mondial du transport maritime conteneurisé sont, aujourd'hui, dans une position nettement plus favorable pour négocier. D'une situation où elle était étranglée par sa dette, une trésorerie limitée et le financement des navires commandés avant la crise, CMA CGM, peut être vue trop rapidement comme une proie facile, reprend des couleurs. Certes, le groupe est encore dans une phase de convalescence et l'économie peut réserver de mauvaises surprises. Mais aujourd'hui, avec les résultats annoncés pour 2010, la valorisation du groupe évolue considérablement par rapport à l'an passé. D'où un équilibre à trouver dans les discussions avec les investisseurs potentiels.

Deux nouveaux partenaires attendus, dont le FSI

La direction de CMA CGM estime, dans ce contexte, que l'apport de fonds des futurs investisseurs pourrait prendre la forme d'une émission d'obligations remboursables en actions, sur plusieurs exercices. Concernant l'identité des candidats à l'entrée au capital, Philippe Soulié, Directeur Général du groupe, affirme que des discussions sont en cours avec le fonds souverain du Qatar, Butler Capital Partners et Apollo, un groupe libanais. Allié à Goldman Sachs et Louis Dreyfus Armateurs serait toujours intéressé, bien que son président ait récemment affirmé qu'après avoir étudié le dossier, il avait « arrêté (son) examen ». Au final, deux nouveaux partenaires devraient entrer au capital, dont le Fonds Stratégique d'Investissement (FSI). L'objectif est de boucler le nouveau tour de table cet été.

Un plan d'économies drastique

Face à la crise traversée à partir du second semestre 2008, le groupe a mis en place un plan d'économies qui lui a permis de réduire ses coûts de 800 millions de dollars. CMA CGM a, en premier lieu, fermé les lignes qui n'étaient plus rentables. Ainsi, une trentaine de services ont été supprimés, sur les 200 que la compagnie exploitait en 2008. Sur un plan opérationnel, la flotte a adopté, partout où cela était possible, la « super eco speed », c'est-à-dire la réduction au maximum de la vitesse des navires. Cette mesure a permis d'enregistrer des économies significatives en matière de consommation de carburant, tout en permettant d'absorber la capacité des navires disponibles, en affectant des bateaux supplémentaires sur chaque ligne. En parallèle, CMA CGM a signé des accords de partenariat avec différentes compagnies maritimes pour diminuer les risques, des accords étant également négociés avec les opérateurs de terminaux pour tenir compte des baisses de volumes.
Dans le même temps, l'armement n'a pas renouvelé l'affrètement d'une partie des navires arrivant en fin de charte et, pour ceux dont la charte a été renouvelée, les tarifs ont été négociés à la baisse. La flotte s'est par conséquent réduite, passant de 395 navires (dont 98 en propriété) en 2008 à 352 navires (dont 85 en propriété) au 31 décembre 2009. La flotte de conteneurs s'est également contractée, avec 1.757 million d'EVP (Equivalent Vingt Pieds, taille standard du conteneur) en 2008 contre 1.705 million d'EVP en fin d'année dernière.

Annulation d'une douzaine de commandes

En matière de constructions neuves, 42 nouveaux porte-conteneurs étaient en commande fin 2009. Les négociations avec les chantiers ont permis de réduire ce nombre d'une douzaine d'unités. Les annulations ont principalement touché les petits navires, moins intéressants en termes d'économies d'échelles. Certaines acquisitions ont, de plus, été repoussées à des dates ultérieures, lissant ainsi les entrées en service et les investissements.
Cette année, une dizaine de porte-conteneurs devraient entrer en flotte, dont quatre géants de 13.800 EVP identiques au CMA CGM Christophe Colomb, livré fin 2009. On assiste donc à une reprise du développement, facilitée par le fait que le groupe peut, de nouveau, financer la livraison des navires. L'amélioration de la santé financière de CMA CGM est, d'ailleurs, perceptible dans le fait que la compagnie ne « courre » plus après la rallonge promise par les banques en début d'année. Et, de fait, les relations semblent s'être détendues avec ses créanciers. « Sur les 500 millions attendus, 80 ont été versés en février 2010. Depuis janvier, notre cash flow d'exploitation positif fait que le besoin des 420 millions devient moins imminent. Nous continuons d'entretenir avec les banques coordinatrices un dialogue de très bonne qualité », explique-t-on au siège du groupe.

Les efforts vont se poursuivre en 2010

Après avoir réalisé un chiffre d'affaires de 10.5 milliards de dollars en 2009 (contre 15.1 milliards en 2008), CMA CGM entend donc, cette année, renouer avec ses plus hauts niveaux historiques. « Dans un marché qui retrouve depuis quelques mois une dynamique positive, CMA CGM entend conforter sa position de leader du secteur et s'est fixé pour cela deux priorités : la poursuite de l'adaptation de sa flotte et le nécessaire renforcement de sa structure financière. La direction du groupe se consacre aujourd'hui pleinement à l'atteinte de ces objectifs et je suis très confiant dans la capacité de CMA CGM à les concrétiser, en lien étroit avec ses partenaires », explique Philippe Soulié.
L'armement va poursuivre l'optimisation de ses services, le développement de nouveaux partenariats, ou encore le lancement de nouvelles lignes sur les marchés porteurs. « Le marché est particulièrement fort en Chine où nous avons 60 bureaux et où la pénurie d'équipements est telle que nous en sommes conduits à rechercher des conteneurs ». Cette embellie se traduira, en juin, par le lancement du service FAL 5 entre l'Asie et l'Europe. Cette ligne phare, exploitée conjointement avec Maersk Line, alignera 10 géants de plus de 13.000 boites, dont 5 de CMA CGM.
La rationalisation des coûts va également se poursuivre en 2010, avec l'entrée en flotte de nouveaux navires plus performants et la restitution de navires affrétés. De même, certaines chartes d'affrètement, arrivant à terme cette année, seront renégociées. Pour 2010, CMA CGM prévoit, également, de renforcer ses services aux clients. Le réseau d'agence devrait s'étendre, alors que l'augmentation de la flotte de conteneurs réfrigérés est prévue, tout comme la généralisation de l'e-commerce.
Après la tempête qui a fait vaciller le navire CMA CGM, c'est donc une année de renouveau qui est attendue. L'armement français espère que la livraison de son nouveau siège, à Marseille, en sera le symbole. Pas moins de 2000 collaborateurs, actuellement répartis sur 7 sites, prendront place, à l'automne, dans l'imposante tour dominant le port phocéen.

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