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Vers une coopération franco-britannique sur la patrouille maritime ?

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Vers une coopération franco-britannique sur la patrouille maritime ?

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Et si la France et la Grande-Bretagne étaient amenées à coopérer en matière de patrouille maritime? La récente décision du gouvernement britannique d'abandonner le programme Nimrod MRA4 prive, en effet, la force de dissuasion nucléaire de la Royal Navy de sa « PATMAR », une composante pourtant essentielle de sa sécurité, et donc de sa crédibilité. Le fait que cette capacité ait été absorbée il y a de nombreuses années par la Royal Air Force, cumulé aux retards et aux surcoûts du nouveau programme Nimrod MRA4, n'a pas permis à la flotte anglaise de sauver des restrictions budgétaires la douzaine d'avions de patrouille maritime devant être mis en service à partir de 2012.
Londres devrait toutefois, rapidement, revoir sa position en matière de PATMAR. Car, ces dernières semaines, la presse anglaise s'est faite l'écho, à plusieurs reprises, de la présence de sous-marins étrangers près des côtes britanniques, et plus particulièrement à proximité de Faslane, la base des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins britanniques. « Grâce à son rayon d'action, ses capacités de détection et son armement, l'avion de patrouille maritime est le principal ennemi d'un sous-marin. Le fait de ne plus en avoir est une incitation, pour un adversaire ou un espion, à devenir plus hardi et pénétrer dans des zones qu'il évitait auparavant. Il peut, ainsi, plus facilement détecter un SNLE lors de sa sortie en patrouille et tenter de le pister », explique un officier.

Prototype du Nimrod MRA4 (© : DCNS)
Prototype du Nimrod MRA4 (© : DCNS)

Mutualiser les moyens

Si la Grande-Bretagne décide finalement de se doter à nouveau d'une PATMAR, peu de choix s'offrent à elle. La marine, ou la RAF, peut acheter sur étagère de nouveaux avions, ce qui limite le choix au P-8-A Poseidon américain ou, pour une capacité inférieure, aux appareils développés par Airbus (type CN295 MPA). Mais cela irait sans doute à contresens de la tendance actuelle des économies budgétaires. Une autre piste peut donc être imaginée au travers d'une coopération avec la France. Alors que Paris et Londres viennent de signer de nouveaux traités de défense et de sécurité, portant notamment, et pour la première fois, sur le domaine nucléaire, une mutualisation au niveau de la patrouille maritime ne serait pas dénuée d'intérêt. D'autant qu'un tel projet bénéficierait de conjonctions favorables au niveau calendaire. En effet, la France doit prochainement lancer le programme de modernisation à mi-vie de ses Atlantique 2, livrés entre 1989 et 1997 (*). En tout, 22 des 27 avions actuellement en parc doivent être rénovés. Quant aux autres, ils pourraient être cédés à une marine étrangère. La France et la Grande-Bretagne pourraient donc s'entendre pour mutualiser ce parc, qui pourrait être éventuellement mis à niveau complètement, et pourquoi pas partager le coût de la modernisation. « On peut ensuite imaginer que les Britannique disposent d'un petit parc, l'ensemble bénéficiant d'une maintenance mutualisée », estime un spécialiste. Bien évidemment, si tel était le cas, il conviendrait de respecter les spécificités (voire les secrets) de chacun, notamment au niveau du savoir-faire dans l'emploi de la patrouille maritime. Le domaine de la dissuasion nucléaire est en effet des plus sensibles. « Rien ne s'oppose à ce que des équipages britanniques soient formés sur ATL2 et mettent en oeuvre par leur propres moyens une partie des avions, y compris sur une base commune avec l'aéronautique navale. La base de Lann-Bihoué, dans le Morbihan, est d'ailleurs très bien placée pour permettre aux appareils d'intervenir au large des côtes françaises, mais aussi du Royaume-Uni. Chacun pourrait conserver son indépendance, tout en profitant de la communalité des matériels et de la maintenance communs dont les coût seraient partagés ». Une telle coopération permettrait, enfin, d'ouvrir la voie à un programme commun permettant de développer un successeur à l'Atlantique 2, dont le retrait est prévu à l'horizon 2030.
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- VOIR NOTRE ARTICLE SUR LA MODERNISATION DES ATL2

ATL2 et sous-marin (© : MARINE NATIONALE)
ATL2 et sous-marin (© : MARINE NATIONALE)

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