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Vinga : Chasseur de mines et de sous-marins

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La guerre des mines est l’une des grandes spécialités de la marine suédoise, qui évolue dans une zone où les engins explosifs datant des deux guerres mondiales restent légion. Malgré les actions de dépollution conduites depuis des décennies, on estime ainsi à 50.000 le nombre de mines encore présentes au fond de la Baltique. Autant de menaces potentielles dans une mer particulièrement fréquentées, où le trafic maritimes représente jusqu’à 4000 navires transitant simultanément, sans oublier le développement de projets impliquant des travaux sous-marins, comme l’éolien offshore, les câbles de télécommunications ou encore les gazoducs.

La Suède a très tôt développé des capacités en matière de mines maritimes, d’abord liées à leur emploi comme moyen défensif et offensif, afin de protéger ses côtes d’une éventuelle agression ou perturber les mouvements maritimes de ses ennemis. Concomitamment, le royaume a acquis des compétences très pointues dans la neutralisation de cette menace, avec des solutions nationales parmi les plus complètes au monde, allant des navires spécialisés aux robots sous-marins, en passant par le développement de drones de surface.

 

Le Vinga à la base navale de Karlskrona

Le Vinga à la base navale de Karlskrona (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Une flotte de 9 chasseurs-dragueurs et des drones de surface

Le mouillage de mines reste une compétence de la marine suédoise mais celle-ci est aujourd’hui surtout focalisée sur leur neutralisation, comme en témoigne la conversion en 2007 du grand mouilleur Carlskrona en bâtiment de commandement. La composante guerre des mines de la flotte s’articule désormais autour de deux classes de bateaux, à la fois chasseurs et dragueurs : les cinq Koster, unités de 47.5 mètres et 360 tonnes de déplacement en charge mises en service entre 1986 et 1992, les ainsi que les quatre petits Sparö (36 mètres, 200 tpc) datant de 1996/97. S’y ajoutent une demi-douzaine de drones de surface (SAM 1 à SAM7), conçus pour les missions de dragage.

C’est à bord de l’une des unités du type Koster, le Vinga, que nous vous emmenons aujourd’hui. Avec l’un de ses sisterships, l’Ulvön, ainsi que le Sturkö du type Sparö, ils forment le 33ème escadron de guerre des mines, basé à Karlskrona, au sud du pays.   

 

Le Sturkö et derrière lui le Vinga dans la base navale de Karlskrona

Le Sturkö et derrière lui le Vinga dans la base navale de Karlskrona (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Refondu avec 4 de ses 7 sisterships

Initialement, les chasseurs et dragueurs de mines de la classe Koster étaient au nombre de sept. Les Landsort et Arkholma ont néanmoins été désarmés en 2010. Les autres ont bénéficié d’une refonte à mi-vie leur permettant de poursuivre leurs missions au cours de la prochaine décennie et de voir leurs capacités accrues avec l’intégration d’équipements plus modernes.

 

Les anciens  Landsort et Arkholma désarmés à Karlskrona

Les anciens  Landsort et Arkholma désarmés à Karlskrona (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Construit comme ses sisterships à Malmö, le Vinga a été mis à l’eau en août 1987 et réceptionné par la marine suédoise en novembre de la même année. Ce bâtiment de 310 tonnes lège est équipé de quatre moteurs diesels Scania et deux propulseurs azimutaux Voith-Schneider, avec une vitesse maximale de 14 nœuds et une autonomie de 2000 milles à 12 nœuds.

Résilience face aux explosions sous-marines

Disposant d’une coque en composite (CVR), amagnétique, le Vinga et a été conçu pour pouvoir résister à de fortes explosions sous-marines survenant à proximité. Une capacité indispensable lors des opérations de dragage, pour lesquelles le bâtiment est équipé. Le matériel, conçu pour activer le système de mise à feu des mines, est dans ce cas remorqué à seulement 400 mètres derrière le bâtiment.

 

 

Explosion à proximité d'un bâtiment du type Koster

Explosion à proximité d'un bâtiment du type Koster (© : SAAB)

 

Malgré les évolutions technologiques et des matériels de plus en plus performants, la résilience face aux chocs sous-marins demeure qui plus est un atout face à une menace diffuse et furtive, laissant une probabilité non négligeable de voir le bâtiment entrer involontairement dans une zone minée.  

 

Simon Malmkvist, officier opération du Vinga

Simon Malmkvist, officier opération du Vinga (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« Particulièrement adapté aux zones littorales »

Long de 47.5 mètres pour une largeur de 9.6 mètres, son tirant d’eau n’est que de 2.4 mètres, ce qui lui permet d’évoluer dans les très petits fonds bordant la côte très découpée et les archipels de la Suède. « Ces bâtiments chassent les mines en Baltique avec beaucoup d’efficacité. Ils sont très manœuvrant grâce à leurs deux propulseurs et particulièrement adaptés aux zones littorales, notamment leur sonar et leurs robots », explique Simon Malmkvist, officier opération du Vinga, armé par un équipage de 29 marins, dont 6 officiers.  

Le programme de refonte des cinq Koster toujours en service a été attribué en 2005 à Atlas Elektronik. Cela, il faut le rappeler, à une époque où les Suédois croyaient encore à une grande alliance dans le naval militaire avec les Allemands, qui avaient repris Kockhums la même année, avant que le gouvernement impose un retour dans le giron national via Saab en 2014.

 

Principes du dragage et de la chasse aux mines depuis une unité du type Koster

Principes du dragage et de la chasse aux mines depuis une unité du type Koster (© : SAAB)

 

Nouveau sonar et robots sous-marins

Atlas a équipé les Koster, Kullen, Vinga, Ven et Ulvön d’un nouveau système intégré de guerre des mines, les bâtiments étant après modernisation remis en service entre décembre 2008 et août 2010. Ils ont notamment reçu un sonar de coque HMS-12M, optimisé pour la détection de mines.

S’y ajoute un sonar à immersion variable mis en œuvre par un robot télé-opéré (ROV). Celui-ci, de la famille Double Eagle de Saab, est mis à l’eau depuis la plage arrière. Il va ensuite évoluer vers l’avant du bâtiment. Son câble est alors connecté à un dispositif situé sur la proue, sur bâbord. « Quand nous sommes en chasse, nous avançons entre 4 et 6 nœuds et le câble du ROV a tendance à partir vers l’arrière. Ce système permet de stabiliser le câble et d’éviter par exemple qu’il se prenne dans les propulseurs. Le ROV va agir comme un sonar déporté, sur l’avant du bâtiment. Il permet de repérer les mines plus tôt qu’avec le seul sonar de coque ».

 

Robot de la famille Double Eagle équipé d'un sonar

Robot de la famille Double Eagle équipé d'un sonar (© : SAAB)

 

 

Le dispositif de maintien du câble des Double Eagle à l'avant du Vinga

Le dispositif de maintien du câble des Double Eagle à l'avant du Vinga (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un concept qui réduit les risques mais offre également, en faisant plonger le robot plus ou moins profondément, la possibilité de scanner les fonds sous plusieurs angles et, de là, augmenter la capacité de détection des mines grâce à l’imagerie recueillie. On notera que les chasseurs de mines français, équipés du même type de robot dans les années 2000, n’avaient pas ce système de déploiement et de maintien du câble sur l’avant, ce qui engendrait d’importantes contraintes opérationnelles, ayant finalement conduit à abandonner le SPIV en 2014.

 

La plage arrière du Vinga

La plage arrière du Vinga (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

ROV pour l’identification et la destruction des mines

Sur le Vinga, les ROV de la famille Double Eagle sont également utilisés pour l’identification et la destruction des mines. Le robot, qui dispose à cet effet de caméras et d’un bras articulé, peut transporter une charge explosive, la déposer à proximité de l’engin à détruire et s’éloigner de celui-ci avant la mise à feu. Comme le sonar déporté, le robot est aussi mis à l’eau depuis la plage arrière et conduit sa mission avec un câble relié à l’avant du bâtiment, le système d’enroulement et de déroulement de l’ombilical étant cette fois situé sur le roof, devant la pièce d’artillerie principale.

 

Le robot sous-marin Double Eagle Mk II avec devant une charge anti-mine

Le robot sous-marin Double Eagle Mk II avec devant une charge anti-mine (© : MER ET MARINE - VG)

 

 

Le ROV de destruction de mines SeaFox

Le ROV de destruction de mines SeaFox (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Pour la destruction des mines, le Vinga est également équipés de ROV SeaFox. Ces engins télé-opérés, conçus par Atlas Electronik, sont des consommables. Dotés de caméras, ils sont conçus pour se faire exploser avec la mine grâce à une charge creuse. Enfin, malgré le développement des systèmes autonomes, le bâtiment embarque toujours une équipe de plongeurs-démineurs. Dans un certain nombre de cas, les drones ne peuvent en effet pas encore remplacer les interventions humaines. Les plongeurs disposent à bord de locaux pour leur matériel et d’une embarcation pneumatique sur le pont. « Certains bâtiments du type Koster sont aussi équipés d’un caisson de décompression mais ce n’est pas notre cas ».

Central opération

Le contrôle des robots s’effectue dans un Central opération situé derrière la passerelle. Complètement modernisé à l’occasion de la refonte du bâtiment, ce local comprend une demi-douzaine de consoles double-écrans. « Les consoles permettent de piloter les ROV et c’est également ici que toutes les informations recueillies par les senseurs du bâtiment sont traitées ». Les écrans diffusent ainsi l’imagerie sonar, les vidéos des robots ou encore la situation tactique aérienne et en surface. Trois consoles sont également installées en passerelle afin de reproduire la situation tactique.

 

La passerelle du Vinga

La passerelle du Vinga (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Carré officier du Vinga

Carré officier du Vinga (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Equipé comme un patrouilleur

La rénovation à mi-vie des Koster a d’ailleurs également concerné les moyens de surveillance et de détection. A ce titre, les cinq bâtiments ont reçu un nouveau mât supportant notamment un radar de veille Terma en plus du radar de navigation. Une nouvelle conduite de tir Arte 726 a par ailleurs été ajoutée pour l’artillerie principale, constituée d’un canon Bofors de 40mm, auquel s’ajoutent de mitrailleuses de 12.7 et 7.62mm.  Cela fait du Vinga et de ses sisterships, en plus de la guerre des mines, de véritables patrouilleurs.

 

 

Le canon de 40mm, la conduite de tir Arte 726 et le radar Terma

Le canon de 40mm, la conduite de tir Arte 726 et le radar Terma (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Lutte anti-sous-marine côtière

Ces bâtiments sont même utilisés par la marine suédoise dans la lutte anti-sous-marine côtière. « Nos moyens sonars, qui ont une capacité de détection pouvant aller jusqu’à 2500 mètres, nous permettent de pouvoir réaliser de lutter contre les sous-marins en zone littorale, en particulier dans les eaux peu profondes des archipels. Et nous avons non seulement la capacité de détecter des sous-marins, mais également de les attaquer ». Pour cela, le Vinga embarque des charges de profondeur, cinq étaient à poste sur la plage arrière lorsque nous avons visité le bâtiment. Très rustiques, ces armes cylindriques sont disposées sur un rail qui peut également, si besoin, servir au mouillage de mines.

 

Déploiement de mines depuis un bâtiment du type Koster

Déploiement de mines depuis un bâtiment du type Koster (© : SWEDISH ARMED FORCES)

Charges anti-sous-marines

Charges anti-sous-marines sur le pont du Vinga (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

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